Autisme : comprendre et prendre en compte les particularités de la personne autiste

La pratique de la médiation équine pour des personnes autistes implique de bien comprendre les particularités de comportement et de fonctionnement liées à l’autisme. Cette fiche abordera les principales données à prendre en considération ainsi que les objectifs spécifiques pour les séances.

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par Dr Laurence HAMEURY - | 01.04.2020 |
Niveau de technicité :
Enfant en fauteuil roulant caressant un percheron
Sommaire

Les troubles du spectre autistique

L’autisme est un syndrome qui se caractérise, dès le plus jeune âge et tout au long de la vie, par des altérations des fonctions de communication et d’adaptation sociale.

Ces troubles sont partagés par des personnes très différentes selon leur degré de sévérité, mais aussi du fait de leur association éventuelle à d’autres pathologies. C’est pourquoi on parle actuellement de troubles du spectre autistique, en raison de la grande diversité des profils cliniques, allant de l’autisme de haut niveau, type Asperger, à des formes avec handicap très sévère associant des troubles autistiques majeurs à un retard mental important.

Le degré de handicap et l’évolution sont évidemment très différents selon la forme clinique. Les premiers signes sont maintenant bien connus. Ils permettent un dépistage et une prise en charge de plus en plus précoces chez l’enfant.

Quelques chiffres : La fréquence de ces troubles du spectre autistique est en augmentation. On considère actuellement qu’il existe un cas pour 100. En France, il y a environ 700 000 personnes autistes, dont 100 000 enfants. Les garçons sont plus souvent touchés que les filles (3 à 4 garçons pour 1 fille).

L’autisme : un trouble neuro-développemental

Les avancées scientifiques ont montré que les anomalies intellectuelles, sensorielles et comportementales observées dans l’autisme étaient liées à des altérations du développement et du fonctionnement de réseaux neuronaux. Ces anomalies sont à l’origine des manifestations cliniques de l’autisme.

Une origine multifactorielle

La recherche a récemment permis de nombreuses avancées dans la compréhension des mécanismes associés à l’autisme.

L’imagerie médicale a permis de mettre en évidence des anomalies cérébrales chez certains patients, notamment dans les régions du cerveau impliquées dans le langage et la cognition sociale, et dans la réactivité cérébrale au changement.

La biologie moléculaire a conduit à l’identification de nombreux gènes dont l’altération semble amener à une plus grande susceptibilité à l’autisme. Ces gènes sont impliqués dans des processus biologiques divers, mais certains participent à la formation du système nerveux et la synthèse de substances chimiques indispensables au bon fonctionnement du cerveau.

L’autisme se situe dans un large ensemble de troubles neuro-développementaux.

Les signes de l’autisme

L’autisme se caractérise par un déficit de la communication et des interactions sociales, associé à un caractère restreint et répétitif des comportements et des intérêts.

Difficultés de communication

Les difficultés de communication touchent le secteur verbal ainsi que le secteur non-verbal. Elles se manifestent par un retard et des particularités du langage, affectant la compréhension et l’expression, associés à des difficultés de compréhension et d’utilisation de moyens non-verbaux de communication (gestes, mimiques, postures). La personne autiste peut donc avoir du mal à décoder les consignes ou à exprimer ses besoins.

Particularités sensorielles

Des particularités sensorielles sont associées, de type hyposensorialité (hyporéaction aux stimuli sensoriels) ou hypersensorialité (hyperréactivité aux stimuli sensoriels). Elles sont liées aux troubles de l’intégration et de la modulation sensorielle. Les personnes autistes sont gênées lorsque l’environnement est trop bruyant ou surchargé en stimulations de toutes sortes (comme dans un supermarché). Elles peuvent alors avoir une perception douloureuse et des difficultés à différencier les sons et décoder le langage.

Dans le domaine visuel

Dans le domaine visuel, la personne autiste a des difficultés à établir un contact par le regard, à explorer visuellement l’environnement. Elle porte une grande attention aux détails.

Au niveau du fonctionnement intellectuel

Le fonctionnement intellectuel est marqué par une hétérogénéité des capacités et un déficit de certaines fonctions telles que :

  • L’attention
  • L’association (difficulté à traiter plusieurs informations en même temps)
  • L’intentionnalité
  • L’imitation
  • La relation moyen-but
  • La planification des actions
  • L’organisation spatio-temporelle
  • La résolution de problèmes
  • Le raisonnement
  • La représentation mentale

Ces difficultés sont variables et plus ou moins importantes d’une personne à une autre. Les compétences peuvent s’exprimer de façon variable, en fonction de différents facteurs, et en particulier des conditions d’environnement.

D’autre part, les personnes autistes manquent de stratégies adaptatives et ont du mal à gérer les changements.

Au niveau émotionnel

Au niveau émotionnel, les difficultés à exprimer et réguler les émotions, ainsi qu’à comprendre les émotions d’autrui, peuvent entraîner des réactions comportementales (peur, colère, agressivité, inhibition).

Des difficultés motrices

Certaines difficultés motrices sont susceptibles de gêner la personne autiste lors des séances de médiation équine, telles que les difficultés de régulation du tonus et de coordination.

Le traitement des informations se fait différemment chez la personne autiste. De ce fait, elle perçoit le monde autrement et est très sensible à l’environnement.

Parcours de soin et parcours de vie de la personne autiste

Actuellement, l'autisme est considéré non seulement comme une pathologie de l'enfant, mais comme un trouble neuro-développemental de la « vie entière ».

Actuellement, l’autisme ne se guérit pas, mais une prise en charge adaptée améliore les capacités à interagir et à s’adapter, ainsi que les apprentissages. La prise en charge est pluridisciplinaire, individualisée et évolutive. Elle s’appuie sur des interventions thérapeutiques, éducatives, pédagogiques et sociales, ainsi que sur l’intégration sociale, scolaire et professionnelle.

Comment favoriser les progrès ?

Dans un environnement calme et adapté

L’environnement doit être calme afin que la personne autiste soit dans les meilleures conditions pour mettre en œuvre ses compétences :

  • Adapter l’environnement
  • Ne pas surcharger (en bruit, en langage, en demandes)
  • Ajuster les demandes aux capacités
  • Laisser le temps pour l’intégration des consignes et la réalisation
  • Respecter la variabilité de la mise en œuvre des compétences
  • Respecter la difficulté aux changements tout en favorisant l’acceptation de petits changements progressifs
  • Détecter les difficultés motrices

Solliciter et valoriser les compétences

  • Solliciter l’attention
  • Rechercher le contact par le regard, exercer l’orientation du regard et la poursuite oculaire
  • Exercer toutes les modalités sensorielles
  • Exercer l’imitation de gestes et l’utilisation de gestes à visée communicative
  • Stimuler les échanges vocaux et verbaux
  • Réguler le comportement, favoriser et encourager la stabilité
  • Encourager les initiatives
  • Aider à planifier les actions, à résoudre des problèmes, à mettre en œuvre un moyen pour accéder à un but, à associer les informations
  • Faciliter le repérage dans le temps et l’espace
  • Développer la conscience du corps, l’adaptation posturale
  • Améliorer la confiance en soi et l’estime de soi, amener à l’apaisement, réassurer, encourager la réussite
  • Favoriser le partage des émotions
  • Entraîner les capacités de tolérance et d’adaptation aux changements

Ce qu’il faut retenir

L’autisme est un trouble neuro-développemental, d’origine multifactorielle, qui s’exprime précocement et de façon variable selon les individus.

La personne autiste présente des particularités dans son fonctionnement sensoriel, intellectuel et émotionnel. Elle est très sensible aux conditions d’environnement.

L’intervenant en médiation équine pour personnes avec autisme doit comprendre ces difficultés, s’y ajuster, mais aussi prendre en compte les compétences existantes et les valoriser.

En savoir plus sur nos auteurs
  • Dr Laurence HAMEURY Pédopsychiatre retraitée, praticien hospitalier au Centre Universitaire de Pédopsychiatrie du CHU de Tours de 1980 à 2011
Bibliographie
  • BARTHÉLÉMY C. et BONNET-BRILHAULT F., 2012. L’autisme de l’enfance à l’âge adulte. Lavoisier, 205 pages.
  • HAMEURY L., 2010. L’enfant autiste en thérapie avec le cheval. Connaissances et Savoirs, 10 pages.
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 30 05 2020