La filière équine au Royaume-Uni

Le Royaume-Uni se caractérise par une grande diversité de races autochtones, notamment de poneys. Chaque comté avait une race équine qui lui était caractéristique. C'est aussi le berceau de la race Pur-sang anglais. Les courses de galop y sont très présentes à la fois dans la culture et dans l’économie nationale.

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par Aline DECOUTY - Astrid ENGELSEN - | 02.01.2017 |
Niveau de technicité :
Course de galop
Sommaire

Contexte agricole

M = million(s) | Md = milliard(s)
Principales données1Royaume-UniFrance
Superficie (km2 - 2014)243 610549 190
Population (106 habitants - 2015)65,165,6
Densité (habitants/km2 - 2015)264118
PIB (Md€ - 2014)2 5772 033
PIB/habitant (€ - 2014)39 70231 144
Part de l’agriculture dans le PIB (% - 2014)0,72
Surface arable (Mha - 2013)6,218,4
Terres agricoles (Mha - 2013)17,129,1
Aides PAC perçues (M€ - 2012)4 0359 855
Surface forestière (Mha – 2015)3,116
Echanges agroalimentaires bi-latéraux (M€ - 2015)22 582
GB vers F
5 579
F vers GB

Ce qu’il faut retenir

Un libéralisme marqué

Traditionnellement opposé à la régulation des marchés et aux soutiens directs à l’agriculture, le Royaume-Uni se distingue par son choix de renforcer significativement les soutiens octroyés à l’innovation et au développement rural. Même en cas de crise sévère, le pays préfère mobiliser des outils financiers et chercher de nouveaux marchés à l’export.

Une balance commerciale déficitaire

La France est le 2ème client du Royaume-Uni et son 3ème fournisseur. Le pays est très dépendant des importations ; son taux d’autosuffisance alimentaire est de 62%. Les productions végétales sont peu développées en raison des contraintes climatiques et topographiques.

Des exploitations agricoles concentrées

20% des exploitations britanniques utilisent les trois quarts de la surface agricole utile du pays et sont orientées vers les productions animales. Le secteur agricole emploie 1,4% de la main d’œuvre du pays du fait de sa haute mécanisation et forte concentration. 1 exploitation sur 5 s’étend sur plus de 100 ha; la taille moyenne étant de
81 ha (62 ha en France) et de 305 ha pour les 20% les plus grosses. Cela explique en partie l’hostilité des britanniques au plafonnement des aides PAC.

Organisation des acteurs de la filière équine

Le gouvernement britannique est attentif à la filière équine. Son système de tutelle est proche de l’organisation irlandaise : pas d’organisme de centralisation, des associations de races qui gèrent les naissances des races britanniques et deux ministères qui financent la filière : le Department of Culture, Media, Sport (DCMS) et le Department for Environment, Food & Rural Affairs (DEFRA). Au financement courant s’ajoute, selon les années, des plans de financements supplémentaires. Cela a notamment été le cas lors des Jeux Olympiques de Londres en 2012.

La Grande-Bretagne avait un organisme qui gérait une base de données spécifique aux équidés : la National Equine Database (NED)3. Celui-ci avait un contrat de mission et était financé par le DEFRA. La NED centralisait les informations émanant des studbooks concernant les chevaux nés ou résidant au Royaume-Uni avec un passeport britannique. En 2012, le DEFRA a stoppé ce contrat de mission. En 2016, 54 studbooks et 14 organismes sont autorisés à éditer des passeports, ils sont regroupés au sein du PIO (Passport Issuing Organisations). La complexité réside dans le fait que certains studbooks ne sont plus habilités à éditer des passeports et ont transféré la mission à un autre. Par exemple, le Lippizzaner National Studbook édite les passeports pour la Gypsy Cob Society.

British Horseracing Authority et British Equestrian Federation

La Bristish Horseracing Authority (BHA) et la British Equestrian Federation (BEF) sont les principaux interlocuteurs du gouvernement. L’un centralise les courses hippiques, l’autre le sport-loisirs ; ils permettent ainsi de déterminer une politique et des actions.

Pour les courses hippiques, la BHA est en charge de la réglementation des courses et de son application. Ses principales missions sont l’élaboration du calendrier de course, la détermination des valeurs handicaps des chevaux, la régulation des opérations de course, la délivrance des licences aux professionnels et les aspects médicaux. Une place importante est accordée à la surveillance du bien-être des chevaux.

Le Horserace Betting Levy Board (HBLB) est l’organisme centralisateur des prélèvements issus des enjeux sur les courses hippiques. Les contributions sont définies par le gouvernement et viennent des bookmakers, majoritaires en Grande-Bretagne, et du Tote. Son budget 2015-2016 était de 82,5 millions d’euros4, reversé à 90% à la filière course principalement pour les allocations (61,2 millions d’euros). Les 10% restants sont répartis entre le soutien à l’élevage et aux formations de la filière (vétérinaire-management). La forme actuelle du HBLB doit être réformée en 2017.

Pour le sport-loisirs, la BEF établit la stratégie de la filière équestre. Fondée en 1972, elle regroupe 15 organismes membres et 4 associés, et défend les intérêts des cavaliers, éleveurs et gérants de structures équestres. Elle est reconnue par la FEI pour la partie compétitions internationales. Cette structure a aussi en charge la répartition des fonds alloués par le gouvernement à la filière équestre. La stratégie du BEF est expansionniste et tend à convertir un maximum de public à l’équitation. Sa devise actuelle est « More people, more horses, more places, more medals5 ».

La British Horse Industry Confederation (BHIC) est un organisme chapeau qui permet d’unifier la filière équine autour d’une seule voix. BHIC est le seul organisme qui rassemble sport, courses et élevage pour les représenter auprès des instances politiques et porter le lobbying. La BHIC a publié en 2014 The manifesto of the horse qui met en évidence les retombées de la filière pour le pays et le soutien dont elle a besoin.

Production équine

Le Royaume-Uni se caractérise par une grande diversité de races autochtones, notamment de poneys. Chaque comté avait une race équine qui lui était caractéristique. C’est aussi les berceaux de race du plus grand et du plus petit des équidés : le Shetland et le Shire.

 

Le cheptel équin est estimé à 900 000 équidés6. Ce chiffre reste une estimation car aucune base de données ne centralise le nombre de chevaux présents sur le sol britannique. Ce chiffre global comporte 34 400 chevaux affiliés aux sports équestres et 77 300 équidés participants à des épreuves de loisirs7 (polo, horseball, jeux…).


Seul le cheptel Pur-sang est connu précisément avec 8 282 juments, 206 étalons et 4 328 poulains pour l’année 2014 ; auxquels s’ajoutent les 13 000 chevaux à l’entrainement. La Grande-Bretagne est le berceau de la race Pur-sang, avec ses trois principaux chefs de race : The Darley Arabian, Godolphin Arabian et Bierley Turk.

Utilisation des équidés

Filière course

Les courses de galop sont très présentes en Grande-Bretagne, à la fois dans la culture et dans l’économie nationale. Avec ses 59 hippodromes, ce sont 10 090 courses et 1 336 point-to-point8 qui se sont courues en 2014. Les courses sont un loisir britannique très populaire. Signe fort de l’attachement à cette discipline, la reine mère est régulièrement présente sur les hippodromes et propriétaire de chevaux de course.

Les liens entre l’Irlande et la Grande Bretagne sont historiques, particulièrement dans le secteur des courses. La tenue du studbook pur-sang est commun aux deux pays et géré par Weatherbys. Les deux pays sont complémentaires, l’Irlande « élève » et la Grande-Bretagne « entraîne » ; ce sont plus de 13 000 chevaux qui sont déclarés à l’entraînement, répartis dans 761 structures, pour le compte de 7 931 propriétaires.

Une particularité de l’Angleterre est la gestion des hippodromes. Comme en Irlande, elle est planifiée comme un centre de profit avec, en plus des courses, des offres de sponsoring et de location d’espaces très dévelop-pées.

En 2015 :
► 206 étalons
► 8 282 poulinières
► 4 328 foals
► 3 516 chevaux exportés
► 7 931 propriétaires actifs
► 13 848 chevaux à l’entraînement
► 761 entraineurs
► 7 320 emplois directs
► 1,17 M€ contributions économie nationale

Filière sport

Toutes les disciplines sont pratiquées en Grande-Bretagne. Concernant les disciplines olympiques, le saut d’obstacles et le concours complet ont la préférence des britanniques. La chasse à courre ou Fox Hunting est le sport national, bien que controversé par les associations de protection des animaux. Cette pratique date du XVème siècle et reste très répandue en milieu rural. Cette discipline culturelle illustre les liens forts entre l’Irlande et le Royaume-Uni, puisque la majorité des chevaux utilisés étaient issus d’un croisement avec les Irish Draught, chevaux irlandais. Aujourd’hui, elle est majoritairement une voie de reclassement pour les chevaux de concours complet et de courses hippiques.

La pratique de l’équitation classique est plutôt élitiste en Grande-Bretagne, bien que depuis 2005 un plan de stratégie de la filière équine tende à démocratiser sa pratique et la rendre financièrement plus accessible. Les JO de 2012 ont largement contribué à renforcer cette volonté nationale.

Pourtant, en 2015, une étude a montré que 96% des pratiquants licenciés9 sont cavaliers « pour le plaisir ». Leur nombre a chuté, passant de 3,5 millions de cavaliers en 2011 à 2,7 millions en 2015. Cette régression impacte majoritairement les pratiquants réguliers qui avancent comme principales raisons le coût et la facilité d’accès aux infrastructures. La carte ci-contre illustre l’inégale répartition des propriétaires de chevaux sur le territoire, avec des espaces à fortes concentrations, et d’autres très ruraux dépourvus d’infrastructures d’accueil.

En marge des circuits classiques proposés par la BEF, des entreprises privées ciblent ces équitants passionnés qui se détournent. C’est le cas de la Equine Sports UK, spécifiquement dédiée aux cavaliers non affiliés à un centre équestre ou un circuit de compétition. Ils organisent leurs propres championnats et jouent la carte de l’équitation plaisir : esprit convivial, entre amis et en famille, le week-end. Les entreprises de tourisme équestre sont aussi très développées et allient pratique de l’équitation et enseignement scolaire. Les offres de Horse Riding Holidays10 sont nombreuses et segmentées en fonction du public cible et de l’enseignement souhaité. Ces formes d’équitation sont en pleine expansion au Royaume-Uni.

Réglementation

Le cheval considéré comme animal de compagnie

Le Royaume-Uni est le seul pays de l’étude où le cheval est considéré de manière unanime comme un animal de compagnie. Depuis plusieurs années, les socioprofessionnels de la filière équine et les autorités gouvernementales s’interrogent sur l’opportunité de réintégrer les équidés dans la catégorie d’animaux agricoles. S’il ne semble pas y avoir de consensus sur cette question parmi les acteurs anglais, une étude menée par l’assemblée d’Irlande du Nord a permis de recenser les potentiels avantages du passage à un statut agricole. Il s’agirait, notamment, de faciliter l’installation des exploitants équins en zone rurale et l’accès à des subventions agricoles, de diminuer les pressions fiscales et d’améliorer le système de traçabilité des équidés.

Une exemption des leçons d’équitation de la TVA

Les équidés étant en-dehors du champ agricole sont logiquement exclus des taux particuliers de TVA destinés aux produits agricoles. En revanche, l’administration fiscale britannique considère l’équitation comme une discipline pouvant être enseignée à l’école et exonère dès lors son enseignement de l’imposition à la TVA. Pour qu’une prestation d’équitation puisse entrer dans le champ de cette exonération, il convient qu’elle soit dispensée par un professeur indépendant, ce qui explique que de nombreux centres équestres soient constitués sous la forme de partenariats plutôt que de sociétés.

Une imposition des opérateurs de paris étrangers

Depuis 2014, la nouvelle loi sur le secteur des paris et jeux d’argent impose aux bookmakers installés à l’étranger d’obtenir une licence et de se soumettre à l’imposition pour la part de leurs activités réalisées sur le territoire britannique ou avec un parieur résidant habituellement au Royaume-Uni.

Une démarche de précurseur en matière de bien-être des équidés

La législation britannique impose un devoir de diligence aux personnes en charge d’animaux. Les standards minimaux pour satisfaire à cette obligation, en ce qui concerne la détention d’équidés, sont détaillés dans des codes de bonnes pratiques gouvernementaux, qui n’ont pas force de loi mais sont un indicateur puissant pour les juges. Les représentants de la filière équine ont été associés à la rédaction de ces codes, ainsi que dans la stratégie pour le bien-être et la santé des équidés mise en œuvre à l’échelle nationale depuis 2007.

Les recueils de bonnes pratiques publiés au Royaume-Uni sont source d’inspiration pour les autres pays européens. Le compendium du National Equine Welfare Council a notamment été repris par le Ministère de la Santé italien.

L’association World Horse Welfare (WHW), qui est la plus active en matière de bien-être des équidés au Royaume-Uni, adopte une approche pragmatique et innovante en matière de protection des animaux. Elle s’appuie sur des études scientifiques et cherche à travailler avec l’ensemble des parties prenantes pour adopter des solutions réalisables et bénéfiques sur le long terme. La dernière étude réalisée par WHW en 2016 dresse un portrait détonnant des priorités actuelles en matière de bien-être au Royaume-Uni (par exemple : sensibiliser les détenteurs aux problèmes de comportement des équidés et à leurs causes potentielles, lutter contre l’obésité, mieux anticiper la fin de vie en sachant donner la mort lorsque cela est nécessaire), qui tranche avec la vision populaire de la maltraitance relayée par les médias.

En savoir plus sur nos auteurs
  • Aline DECOUTY
  • Astrid ENGELSEN
Bibliographie

1 - Sources Ministère de l’agriculture, « Alim’agri » relations internationales (BEPI/DGPE)

2 - Sources douanes France

3 - Source www.horsetalk.co, « Britain to lose its National Equine Database »

4 - Source HBLB business plan 2015-2016

5 -" Plus de personnes, plus de chevaux, plus d’infrastructures, plus de médailles

6 - Source NES, « horses in Great Britain” 2013

7 - Source ILPH affiliated sports/unaffiliated sports

8 - BHA, british racing statistics 2014

9 - National Equestrian Survey, 2015

10 - « Vacances à cheval » : concept de classe verte qui allie pratique de l’équitation et enseignement adapté au niveau des clients. Le public est majoritairement des enfants, des adolescents et des étudiants.
 

Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 20 05 2019
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