La filière équine suédoise

Pays forestier, la Suède possède une filière équine bien développée et structurée sur le modèle français, qui attache une importance toute particulière au bien-être des équidés. La pratique de l'équitation et les sports équestres (surtout le CSO et le dressage) y sont très répandus. La Suède, c'est aussi LE pays européen des courses de trot.

1

par Aline DECOUTY - Astrid ENGELSEN - | 02.01.2017 |
Niveau de technicité :
course de trot attelé
Sommaire

Contexte agricole

Principales donnéesSuèdeFrance
Superficie (km2 - 2012)450 295549 190
Population (106 habitants - 2013)9,565,6
Densité (habitants/km2 - 2014)21,6118,0
PIB (Md€ - 2013)5522 033
PIB/habitant (€ - 2013)40 90031 144
Part de l'agriculture dans le PIB (% - 2014)1,42,0
Surface arable (% territoire - 2013)6,433,4
Terres agricoles (Mha - 2013)7,552,5
Aides PAC perçues (M€ - 2012)1 0089 855
Surface forestière (% du territoire - 2015)68,931,0
Echanges agroalimentaires (M€ - 2015)5,58
S vers F
5,21
F vers S

Un pays fortement boisé

La Suède dispose de la plus grande forêt d’Europe occidentale. Elle couvre près de 69% de son territoire. Sa production annuelle de bois est l’une des premières du monde. De nombreuses exploitations sont mixtes et combinent agriculture et exploitation forestière. L’élevage équin fait partie de ces systèmes.

Proche de l’autosuffisance

La production agricole annuelle assure quasiment l’autosuffisance, bien que seuls 9% du territoire soient véritablement mis en valeur. L’utilisation intense des engrais et la mécanisation permettent d’obtenir des cultures de qualité, malgré la pauvreté du sol et une courte saison propice à la végétation.

Développement durable et bien-être au cœur des préoccupations

L’agriculture durable et biologique est très développée. Le secteur équin est aussi concerné avec des programmes d’élevage axés sur le respect des normes environnementales et avec le souci d’avoir un impact minimal sur l’environnement.

Organisation des acteurs de la filière équine

Le modèle suédois est proche du système français. Le pays est doté d’une Fondation nationale dédiée à la cohésion et la promotion du cheval : HNS (Nationella Stiftelsen för Hästhållningens Främjande). Créée en 1992, elle est le principal interlocuteur entre la filière équestre et l’état. HNS a une responsabilité stratégique, financière et structurelle dans le secteur du sport. Elle gère aussi les installations nationales de Flyinge, Strömsholm et Wangen, et soutient la recherche par l’intermédiaire de la Fondation norvégienne de la recherche équine (SHF).

La solidarité entre les courses et le reste de la filière est la plus forte d’Europe, avec 14% des financements qui lui sont dédiés (8% en France). Un contrat est conclu entre l’état suédois, l’association du trot (Svenska Travsportens Centralförbund ou STC) et le Jockey-club (Svensk Galopp) pour le financement de HNS. Les fonds en provenance des courses financent cette structure nationale à hauteur de 5,1 millions d’euros par l’intermédiaire d’ATG (AB Trav och Galopp, équivalent du Paris Mutuel Urbain français). Le budget est ensuite réparti comme suit :

  • 3,4M€ pour des programmes éducatifs (programme universitaire et formation professionnelle)
  • 0,6M€ pour le programme jeunesse (sensibilisation aux courses de chevaux et à l’équitation)
  • 0,6M€ pour des projets de développement
  • 0,5M€ versés aux établissements nationaux pour l'entretien et le développement de biens immobiliers

Les courses hippiques ont chacun leur maison mère : Svensk Galopp est la fédération des courses de galop et STC celle du trot. L’ATG est l’organisme qui prélève les paris sur les hippodromes et la LRF (Lantbrukamas riksförbund) la fédération des éleveurs.

Trois autres organismes importants du monde équin suédois sont à mentionner : la Svenska Hästavelsförbundet (SH) qui est l’organisme d’élevage pour les races équines autres que pur-sang et trotteurs ; la Svenska Ridsportförbundet (SvRf) qui assure la promotion des compétitions équestres et fait office de syndicat et la Sveriges lantbruksuniversitet (SLU) qui est l’organisme de recherche et d’information sur la santé équine. La SLU dépend de la Swedish University of Agricultural Sciences.

Industrie et production équine

L’industrie équine pèse 20 milliards d’euros soit 0,34% du PIB de la Suède. Elle génère 4 milliards de recettes fiscales et emploie 10 000 ETP directs. Ces recettes sont liées aux taxes suédoises sur l’industrie équine, dont 1,2 milliards proviennent des paris hippiques.

Les retombées indirectes sont estimées à 26 milliards d’euros et 18 000 postes supplémentaires.


On compte un emploi direct pour dix chevaux. Les courses sont le plus gros pourvoyeur d’emplois avec 2 700 ETP dans les deux spécialités confondues. Le Trot représente 60% de la contribution.


La population équine est l’une des plus denses d’Europe, avec 28 chevaux pour 1 000 habitants. En 2015, le cheptel équin était de 340 000 équidés.

L’élevage de pur-sang est le 7ème d’Europe, avec 421 équidés dont 220 poulinières et 23 étalons. L’élevage de trotteurs est le 2ème d’Europe en nombre. La Suède a la particularité d’élever à la fois des trotteurs à « sang chaud » et des trotteurs à « sang froid ». En 2015, pour les trotteurs à sang chaud, ce sont 3 826 poulinières qui ont été saillies, soit 14% de l’effectif européen. Les étalons représentent 11% avec 219 chevaux, et les foals 14% avec 2 700 naissances. Pour les trotteurs à sang froid, l’élevage suédois se classe derrière la Finlande et la Norvège, avec 599 poulinières, 58 étalons et 420 foals, soit 20% de l’effectif européen. Pour les deux races, un recul du nombre de naissances est observé avec une diminution de 14,34% (3,91% en France) sur la période 2010-2015. Le nombre d’éleveurs a lui aussi diminué avec 1 814 éleveurs de trotteurs recensés (7 500 en France).

La Suède a fait un travail de prospection sur l’avenir de sa filière en 2020. L’objectif est de poursuivre la croissance observée, avec la perspective de 20 000 équidés supplémentaires qui génèreraient 1 000 emplois supplémentaires.

Utilisation des équidés

Filière course

Les courses sont un évènement en Suède. En 2011, ce sont 2,1 millions de visiteurs qui se sont rendus sur un hippodrome. Les trois évènements principaux : Göteborg Horse Show, Stockholm International Horse Show et Falsterbo Horse show, attirent chaque année 180 000 visiteurs chacun. Les courses hippiques sont le troisième sport le plus télévisé après le football et le hockey.

Quelques chiffres sur les courses de galop : 1 400 pur-sang et 50 pur-sang arabes (seulement quelques courses réservées), 80 jours de courses/an et 7 166 courses dont 2 258 d’obstacles.

La population suédoise joue beaucoup aux jeux d’argent : 36 milliards d’euros par an, dont 10 milliards sur les courses hippiques. Seulement 3% dans le galop. Les jeux en ligne sont aussi prisés et pèsent 4 milliards. L’Etat a un intérêt double : il prélève 11% des enjeux et ATG verse annuellement une provision de 38 millions d’euros pour la Fondation Nationale (NS). Cet organisme a pour vocation d’organiser et de promouvoir l’élevage, le développement, la formation et le bien-être des équidés. 5 millions d’euros sont alloués à la Swedish Equine Research pour la recherche, entre autres pour prévenir les blessures et maladies des chevaux.

Les prélèvements sur les paris hippiques en Suède : Sur 100€, 70€ de retour parieurs | 11,3€ pour l’Etat | 10,7€ pour ATG et 8€ pour les allocations des courses.

Avec ses 32 hippodromes, la Suède est le 4ème pays européen le mieux doté en infrastructures de courses, notamment dans le trot.

Il est LE pays européen des courses de trot. Outre les paris hippiques, la discipline est populaire, comme en atteste les 13 188 propriétaires de trotteurs à l’entraînement (4 211 en France) et les 3 392 drivers amateurs (1 221 en France).


Filière sport

L’équitation est le second sport pratiqué après le football en nombre de licenciés. D’un point de vue de la compétition, l’équitation se classe aussi au 2ème rang, après la gymnastique, avec 26 000 compétiteurs. Le saut d’obstacles est la discipline la plus pratiquée en concours (74% des départs), suivi du dressage (23%).

La fédération équestre suédoise compte 220 000 membres, dont près de 85% sont des femmes et 100 000 ont moins de 25 ans. En 2014, elle répertorie également 886 clubs sur le territoire national et 40 000 chevaux ayant une licence active pour la compétition.

La Suède est particulièrement vigilante au bien-être animal. Etre propriétaire d’un cheval n’est pas un acte anodin ; la fédération équestre sensibilise ses adhérents aux exigences que cela implique. Un manuel et des consignes sont publiés. Le coût moyen d’entretien d’un cheval est estimé à 18 000€ par an si on le met en pension.

La pratique de l’équitation de loisirs est très répandue en Suède. La population est proche de la nature et le cheval est perçu comme un moyen de s’en rapprocher. Il ne s’agit pas de changements sociétaux nouveaux, mais bien d’un lien historiquement fort à la ruralité et aux milieux forestiers très présents en Suède.

Réglementation

Une règlementation souvent mal adaptée au secteur du cheval

Une problématique importante soulevée par les socioprofessionnels suédois est le fait que la législation peine, dans de nombreux domaines, à prendre en compte la spécificité du secteur du cheval. Lorsque des exploitants équins cherchent à s’installer et à construire en zone agricole, ils sont désavantagés par rapport aux exploitations qui élèvent d’autres espèces d’animaux de rente, car ils doivent faire des démarches supplémentaires et ne reçoivent pas de financements de la PAC. Concernant l’imposition, et notamment les règles relatives à la TVA, ils ne bénéficient pas pleinement des avantages offerts au secteur agricole ni des taux réduits réservés à certains sports. Dans de nombreux pans de la législation, les entrepreneurs équins considèrent que les règles qui leur sont applicables sont un frein ou un obstacle à leur compétitivité.

Des lourdeurs administratives importantes

Elles sont dues à la mise en œuvre du règlement européen sur le passeport équin. L’opinion générale parmi les socioprofessionnels suédois est que le nouveau règlement sur le passeport équin a été conçu trop hâtivement et sans suffisamment de consultation des parties intéressées. La mise en application de ces nouvelles règles européennes en Suède a été rendue particulièrement difficile par une interprétation très stricte de l’autorité nationale compétente. Cette dernière a en effet estimé que la nouvelle obligation d’enregistrement des équidés admis en Suède pour une durée supérieure à 90 jours devait également s’appliquer aux animaux importés avant 2016 et l’entrée en vigueur du règlement n°2015/262. Cela a entraîné une charge de travail très conséquente pour les organisations émettrices de passeports, certaines d’entre elles ayant reçu entre 5 000 et 10 000 demandes de régularisation pendant les derniers mois de l’année 2015.

Une législation en transition dans le domaine des paris hippiques

Une enquête gouvernementale est en cours pour envisager un nouveau cadre juridique du secteur des jeux d’argent. Le système actuel de monopole est mis à rude épreuve par la concurrence d’entreprises illégales et les pressions de l’Union Européenne, qui prône une plus grande libéralisation dans ce domaine. L’objectif est la mise en œuvre d’un marché régulé où tous les opérateurs rivaliseraient dans des conditions équitables.

Une forte normativité en termes de bien-être des équidés

Il existe une loi spécifique à la détention des équidés, qui impose des règles strictes. Il s’agit par exemple de superficies minimales pour la taille des boxes et stabulations, ou d’obligations de sortie quotidienne des chevaux et de contact social. Cette règlementation est actuellement en cours de révision.

En savoir plus sur nos auteurs
  • Aline DECOUTY
  • Astrid ENGELSEN
Bibliographie
  • Ministère de l’agriculture
  • Données Banque Mondiale
  • UET Annual Report
  • Hâsten i Sverige 2014
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 14 07 2020
Cette fiche vous a-t-elle été utile ?