Bien choisir son aliment du commerce

L’offre en aliments du commerce pour chevaux est de plus en plus diversifiée sur le marché. Pas moins de 22 grandes marques sont dénombrées sur le marché français, chacune proposant en moyenne 20 aliments différents, auxquels s’ajoutent également des fabricants indépendants (coopératives…). D’une marque à l’autre, d’un aliment à l’autre, les prix sont très variables. De quoi s’y perdre ! Voici quelques connaissances de base et éléments de réflexion pour bien choisir son aliment.

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Niveau de technicité :
coût de la ration
Sommaire

Quels critères prendre en compte dans le choix de l’aliment du commerce ?

Le choix d’un aliment du commerce dépend de nombreux critères, dont la plupart sont relatifs au cheval lui-même :

  • L’état corporel : il s’évalue grâce à l’estimation de l’état d’engraissement de l’animal au moyen de la notation d’état corporel et de son poids à l’aide d’une bascule ou à partir de mesures du périmètre thoracique et de la hauteur au garrot. Une surveillance régulière de ces paramètres permet d’ajuster la ration pour éviter toute perte/prise de poids.
  • L’âge : à chaque âge correspondent des besoins bien précis et donc un aliment adapté (du foal au cheval sénior).
  • Le stade physiologique : une jument en début de gestation n’aura par exemple pas les mêmes besoins qu’une jument en début de lactation.
  • L’activité physique : d’un niveau d’activité intense (course, disciplines olympiques…) à un travail occasionnel (petites balades…) en passant par le loisir amateur, l’aliment doit être adapté à la nature et l’importance de l’effort (intensité, durée et répétition de l’activité physique).
  • La race : un poney, un pur-sang, un cheval de selle ou un percheron ont des comportements et métabolismes alimentaires différents (vitesse d’ingestion, digestibilité et valorisation des aliments variables selon la rusticité des races).

Le cheval est un herbivore. Il faut rappeler que le fourrage doit constituer la base de la ration journalière des équidés quelle que soit leur race, activité, âge ou stade physiologique. Mon cheval a-t-il vraiment besoin d’un apport de concentrés ? C’est la première question à laquelle il est nécessaire de répondre. En effet, selon la nature et la qualité nutritive du fourrage apporté, un aliment concentré ne sera peut-être nécessaire que lorsque les besoins nutritionnels sont élevés (croissance, gestation, lactation, travail intense).

Quelles informations fournit l’étiquette de l’aliment ?

Le règlement (CE) n°767/2009 définit les règles d’étiquetage pour les marchandises destinées à l’alimentation animale. Ce règlement précise que les matières premières destinées à l’alimentation animale, lorsqu’elles sont mises sur le marché, doivent être accompagnées d’un document reprenant a minima les mentions obligatoires d’étiquetage. Le bon de livraison peut constituer le document d’étiquetage (référence : lettre Coop de France, N° r2017-02).

Les mentions obligatoires indiquées sont :

  • Le terme « Matière première pour aliment des animaux »
  • La dénomination de la matière première
  • Le nom ou la raison sociale et l’adresse de l’exploitant
  • Le numéro de référence du lot
  • La quantité nette
  • Les déclarations obligatoires, en lien avec la dénomination de la matière première
  • La teneur en eau
  • La teneur en cendres insolubles dans l’acide chlorhydrique si elle dépasse 2,2% pour les matières premières

L’étiquette ne doit pas être confondue avec la fiche « produit » fournie en parallèle. Sur la fiche « produit », le fabriquant est libre de mentionner l’argumentaire et les conseils de distribution qu’il souhaite mettre en avant pour l’aliment.

Principaux constituants d’un aliment du commerce

Les granulés se composent de :

  • Fourrages (luzerne, foin de graminées, paille…)
  • Céréales (avoine, orge, maïs, blé…)
  • Graines de légumineuses (fèverole, lupin, pois)
  • Sous-produits de graines d’oléagineux (tourteaux soja, lin, arachide, tournesol, colza, coprah…)
  • Coproduits de transformation (sons, drêches, farines basses, remoulage, mélasses, poudre de lactosérum…)
  • Matières grasses (huile de lin…)
  • Fruits (caroube, marcs de pommes, poires, raisins, pulpes fraîches de fruits)
  • Sous-produits d’origine animale (lait écrémé, lactose...)
  • Minéraux, vitamines, oligoéléments et autres additifs

Tourteau de sojaPoignée d'orge aplatie

 

 

 

 

Différentes présentations de concentrés du commerce

Les fabricants d’aliments granulent les aliments pour combiner les différents ingrédients (farine de céréales, farine de protéines, minéraux) et obtenir un aliment uniforme. Il est souvent plus appétent que certains constituants s’ils étaient distribués seuls (comme le soja). 

La granulation consiste à broyer en petites particules les différents constituants, à les mélanger et les chauffer à la vapeur. Puis ils sont pressés à travers des matrices donnant la forme et la taille du granulé (ou pellet). La chaleur provoque la gélatinisation de l’amidon, le rendant plus sensible aux enzymes digestives de l’intestin grêle. Ainsi, il est plus disponible comme source d’énergie pour les chevaux (procédés d’extrusion, de floconnage…).
 

PrésentationGranulés (ou pellet, désignation anglophone) de 5 à 6 mm ou bouchons de 10-12 mmFloconné / floconné fibré
CaractéristiquesTaux de cellulose souvent plus élevé (fibres) lorsque les pellets sont de plus grande tailleUne partie des matières premières sont encore identifiables (fibres, céréales aplaties…)
Intérêt(s) 
  • Aliment uniforme, souvent plus appétent que certains constituants s’ils étaient distribués seuls (soja)
  • Durée de conservation plus longue
  • Forme dense et uniforme. Le stockage en sacs ou en vrac prend moins de place par rapport aux floconnés.
 
 
  • Teneur en matières grasses souvent plus élevée, rendue possible par la présentation en mélange
  • Contient des céréales soumis à des traitements thermiques (popping, extrusion, expansion) plus digestibles dans l’intestin grêle
  • Permet l’apport de plus grandes quantités de matières grasses
 
Inconvénient(s) 
  • Les granulés de petite taille sont ingérés rapidement
 
 
  • Plus cher car processus de fabrication plus coûteux
  • Notion d’appétence très subjective jugée par l’homme
 

Granulés classiques pour chevauxMix (composé de granulés, floconnés et extrudés) pour chevaux

Les différents types d’aliments

Il existe trois grandes catégories d’aliment : l’aliment complémentaire de fourrages, l’aliment complémentaire de céréales et l’aliment minéral vitaminique (AMV).

Aliment complémentaire de fourrages

Un aliment complémentaire de fourrages permet de corriger une ration de base constituée principalement de fourrages.

Aliment complémentaire de céréales

Lorsque la ration de base se compose principalement de fourrages et de céréales, un aliment enrichi en protéines, lipides, calcium, oligo-éléments et vitamines permet de combler les déficits, notamment en protéines et minéraux, engendrés par l’apport des céréales.

Aliment minéral vitaminé (AMV)

Anciennement désigné sous l’appellation de compléments minéraux vitaminés (CMV), l’aliment minéral vitaminé (AMV) est défini à partir du moment où la teneur en cendres brutes est supérieure à 40% (voir sur l’étiquette de l’aliment). Ce type d’aliment apporte principalement :

  • Des minéraux majeurs : Ca, P, Mg, Na
  • Des oligo-éléments : Fe, Cu, Zn, Se
  • Des vitamines : Vit A, Vit D et Vit E

L’AMV est nécessaire à la couverture des besoins en minéraux, oligo-éléments et vitamines, quel que soit le type de cheval. Pour des chevaux d’élevage, il sera intéressant de corriger les déficits éventuels en oligo-éléments (Cu, Zn, Se) qui sont les plus connus lorsque la ration est constituée essentiellement d’herbe ou de fourrages. Pour les chevaux au travail, un AMV corrigeant le déficit en Ca des céréales sera davantage utilisé.

Les aliments concentrés du commerce sont déjà complémentés en minéraux et vitamines. Il est donc inutile, et même déconseillé, de sur-complémenter. L’excès en fait la toxicité !
En revanche, ne pas oublier de mettre une pierre à sel en libre-service, au box comme à l’extérieur ! Surtout chez les chevaux de sport qui perdent de grandes quantités de sels minéraux par la transpiration lors d’efforts physiques importants/prolongés. Il faudra alors les complémenter en électrolytes.

Notions de valeurs énergétique et protéique

Energie

En France, la valeur énergétique d’un aliment est exprimée en Unités Fourragères Cheval (UFC) (référence Inra 2011).

Comparaison de valeurs énergétiques lorsque la valeur UFC n'est pas mentionnée
Exemple 1 : Quel est l’aliment le plus énergétique parmi ces 3 aliments ?
Composition Aliment 1Aliment 2Aliment 3
% cellulose brute (CB)82010
% matières grasses (MG)1048
% matières azotées totales (MAT)121212

Réponse : L’aliment 1, car il est très riche en matières grasses par rapport aux aliments 2 et 3. Sa teneur en cellulose brute (taux de fibres) est faible, donc il est sûrement plus riche en sucres et amidon que les aliments 2 et 3.

Se référer au taux de cellulose brute (CB) et de matières grasses (MG) :
•    Plus le taux de CB est faible (<12%), plus l’aliment est énergétique
•    Plus le taux de MG est élevé, plus l’aliment est énergétique

Comparaison de valeurs énergétiques lorsque la valeur UFC est mentionnée
Exemple 2
CompositionGranulé basique « club »
Entrée de gamme pour chevaux à faible activité physique, riche en fibres 
Granulé « sport »
Pour chevaux de compétition fournissant un effort plus intense
UFC / kg brut0,60 à 0,800,90 à 1,02
Taux de cellulose brute (%)>12<12
Taux de matières grasses (%)<3,5>3,5
Quelles matières 1ères fournissent de l’énergie ?
  • Essentiellement les céréales : amidon
  • Les matières grasses (huiles, graines de lin…) : acides gras
  • Les fourrages : acides gras volatiles (AGV)

Attention à ne pas dépasser 200 g d’amidon/100 kg de poids vif/jour ou 100 g d’amidon/100 kg de poids vif/repas → au-delà : problèmes digestifs !

Protéines

En France, la valeur protéique d’un aliment se traduit par la quantité (en grammes) de Matières Azotées Digestibles Cheval (MADC) (référence Inra 2011).

CompositionGranulé basique « club »
Entrée de gamme pour chevaux à faible activité physique
Granulé « élevage »
Pour chevaux à forts besoins protéiques
MADC (g/kg brut)65 - 80100 - 135
Taux de cellulose brute (%)> 128 à 13

Les chevaux de sport ont des besoins protéiques plus élevés lorsqu’ils sont en croissance. La contribution des protéines pour la couverture des besoins au cours de l’effort est encore discutée au sein de la communauté scientifique. Les protéines pourraient représenter 5 à 15% de l’énergie utilisée au cours d’un effort extrême. Mais dans la plupart des cas, les chevaux au travail reçoivent des rations généralement excessives en protéines.

Quelles matières 1ères fournissent des protéines ?
  • Les tourteaux (de soja, colza…)
  • La luzerne
  • Les graines de légumineuses (pois, féverole)
  • Le lait en poudre

Ces ingrédients vont amener des acides aminés ainsi que des acides aminés essentiels (lysine, méthionine…) que le cheval n’est pas capable de synthétiser.

La mention des UFC et grammes de MADC sur l’étiquette n’est pas obligatoire. La plupart du temps, les fabricants les mentionnent soit sur l’étiquette, soit sur la fiche « produit ». Les valeurs sont, en général, données pour 1 kg brut d’aliment. Il faut alors les convertir en kg de matière sèche lors du calcul de ration.

Quel aliment choisir pour mon cheval ?

La ration : un principe d’équilibre

La ration : un principe d’équilibreDe quel type d’aliment ai-je besoin ?

De quel type d’aliment ai-je besoin

Mesurer ce que je distribue

Mesure à grains pour chevauxEn général, une mesure à grains pleine correspond à 2 litres. Cependant, chaque aliment a sa propre densité (nombre de g/L). Il faut toujours mesurer au préalable l’équivalent en grammes ou kilos d’une mesure. On considère que :

  • Une mesure à grains de granulés classiques peut varier de 600 à 700 g/L
  • Une mesure à grains de floconnés peut varier de 450 à 650 g/L

 

Critères de choix de l’aliment liés à l’exploitation

Le choix d’un aliment dépend aussi des capacités de stockage des aliments (cellule, réserve…) et du budget de chacun. Ces deux paramètres sont étroitement liés.

Une grande capacité de stockage offre en effet la possibilité d’acheter à des prix plus intéressants lorsque l’aliment est livré en big bags ou en vrac. A l’inverse, le coût des aliments sera plus élevé lorsque l’approvisionnement concerne de petites quantités conditionnées.

Comparer le coût de 2 granulés

Pour comparer le coût de deux aliments par exemple, il est plus judicieux de faire une comparaison sur le prix de l’UFC plutôt que sur le prix du kilo. De même, pour un aliment « élevage » cette fois-ci, il est plus intéressant de raisonner sur le prix du gramme de MADC.

Comment faire ?

Il suffit de diviser le prix du kilo d’aliment (en €/kg) et la valeur alimentaire considérée (en UFC/kg brut pour l’énergie ou g MADC/kg brut pour les protéines) :

  • Prix au kilo brut / Quantité UFC par kg brut = €/UFC
  • Prix au kilo brut / Quantité g MADC par kg brut = €/g MADC

Exemple : comparaison de prix de 2 aliments

€/kgUFC/kg brut€/UFC
Aliment 1 Hapygrain0,540,750,72
Aliment 2 Magicfloc0,701,010,69

L’aliment 2 est certes plus cher que l’aliment 1, mais il est aussi plus riche en UFC. La comparaison du coût à l’UFC montre que l’aliment 2 est en réalité plus intéressant.

Ce qu’il faut retenir

L’aliment du commerce doit être adapté à l’activité de chaque cheval. De manière générale, les fourrages doivent toujours constituer la base de la ration. L’aliment du commerce vient complémenter le fourrage lorsque celui-ci est déficitaire en énergie (cheval au travail) ou en protéines (croissance, lactation).

Valeurs moyennes d’aliments du commerce, à titre indicatif :
•    Aliment « club » : CB > 12% | UFC = 0,75 | 75 g de MADC 
•    Aliment « élevage » : CB = 8-13% | UFC = 0,8 | > 100 g MADC 
•    Aliment « sport » : CB = 8- 13% | UFC > 0,85 | 90 g de MADC

Les quantités à distribuer conseillées sur les étiquettes d’aliment sont à titre indicatif, un calcul de ration individualisé est vivement recommandé en fonction du type d’activité et de l’état d’engraissement.

FRACTIONNER les repas, surtout si le granulé est riche en amidon et la ration journalière volumineuse : minimum 3 repas/jour (jusqu’à 5 si ration volumineuse).

Eviter les repas de plus de 4 litres.

Comparer le coût des aliments en se basant sur le prix de l’UFC ou du gramme de MADC.

En savoir plus sur nos auteurs
  • Alexandre KEMPFER Formateur élevage - IFCE
  • Pauline DOLIGEZ Ingénieur de développement IFCE
  • Nelly GENOUX Ingénieur agronome - IFCE
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 07 07 2020
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