Les aliments concentrés simples

Les aliments concentrés simples sont constitués ou issus des grains ou graines de végétaux tels que les céréales (orge, avoine, maïs), les légumineuses (pois, fèverole, lupin, soja) et/ou oléagineux (lin, arachide, tournesol...). Apportés en complément du fourrage, ils permettent d'augmenter la valeur énergétique et protéique de la ration journalière notamment des chevaux à forts besoins nutritionnels (croissance, travail intensif). Cependant l'excès de concentrés peut entraîner des désordres métaboliques importants entraînant notamment colique et fourbure. Ainsi, le type de concentrés, la quantité, le mode de distribution seront judicieusement choisis en fonction du stade physiologique, de l'activité et de la santé de l'animal.

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par Pauline DOLIGEZ - Laetitia MARNAY - | 09.11.2015 |
Niveau de technicité :
Poignée d'orge aplatie
Sommaire

Caractéristiques des principaux aliments concentrés simples

Comme chez tous les herbivores, le tube digestif du cheval est optimisé principalement pour la digestion microbienne des fourrages dans le gros intestin. 
Les aliments concentrés incorporés à la ration sont principalement digérés par la voie enzymatique dans l'instestin grêle situé en amont du gros intestin dans le tube digestif.

Les aliments concentrés, et en particulier les céréales composées principalement d'amidon, représentent une source d'énergie élevée. Cependant, leurs teneurs en protéines, minéraux et oligo-éléments sont variés nécessitant souvent de mélanger plusieurs aliments pour équilibrer la ration quotidienne en fonction du type de fourrage apporté. 

Avoine germéeOrge aplatieMaïs floconné

 

 

 

 

 

 


Aussi, un Complément Minéral Vitaminé (CMV) devra être incorporé si les apports en minéraux et vitamines sont déficitaires par rapport aux besoins de l'animal.

Composition des principaux concentrés simples
Aliments concentrés simplesEnergie en UFC*/kg brut d'alimentProtéines en g MADC*/kg brut d'alimentCalcium (Ca) et Phosphore (P)Vitamines et oligo-élémentsEquilibre de la ration

Graines de Céréales

(orge, avoine, maïs, blé, riz, seigle, triticale)

0,87 à 1,16 UFC

Riche en énergie

Riche en amidon (sauf l'avoine)

Pauvre en cellulose (sauf l'avoine)

55 à 102 g MADC

Pauvre en protéines digestibles

Pauvre en acides aminés Indispensables (AAI)

Pauvre en Ca

Bien pourvu en P (mais P phytique non absorbé au cours de la digestion)

Bien pourvus en vitamine B

Pauvre en vitamine A et en vitamine D

Besoin de complémenter en protéines, en Ca, en P (en moindre mesure) et en CMV

Sous-produits 

(sons : enveloppes du blé ou maïs de meunerie, riz, remoulage et farine)

0,77 à 1,10 UFC

Moins énergétique

Teneur en cellulose élevée

Teneur en amidon plus faible

106 -116 g MADC

Valeur azotée élevée

Pauvre en Ca

Bien pourvu en P

Bien pourvu en MgPas plus de 30% dans la ration, sinon augmente le déséquilibre Ca/P de la ration

Graines de légumineuses 

(protéagineux, fèverole, lupin, pois, fèves)

0,92 à 0,96 UFC

Riche en énergie

161 à 257g MADC

Très riche en protéines

Equilibrées en AAI

Pauvre en Ca et P

Pauvre en AAI soufré

Lupin très riche en Manganèse (Mn)

Doivent être distribués en complément des céréales car le rapport MADC/UFC des protéagineux est très élevé. Distribuées en quantité importante elles peuvent entraîner un excès d'azote (protéines) de la ration (sollicitation excessive du foie et des reins)
Sous-produits d'oléagineux (tourteau de soja, de lin, d'arachide, de tournesol, colza, coprah, palmiste)

0,52 à 0,91 UFC

Riche en énergie

Pas d'amidon dans les tourteaux

119 à 413 g MADC

Très riche en protéines

Equilibré en AAI

Bien pourvu en Ca et P

Pauvre en AAI soufré

Huiles végétales (colza, maïs, soja)

2,96 UFC

Très riche en énergie

Pas de protéines apportées

Pas de minéraux apportés

Huile de colza, tournesol ou soje : riche en Acides Gras Essentiels (AEG : oméga-3 et 6)Très digestibles à raison de 10 à 15% de la ration

*UFC: Unité Fourragère Cheval représentant la valeur énergétique d'un aliment
*g MADC: quantité de Matière Azotée Digestible Cheval, représentant l'apport de protéines totales d'un aliment

Valeurs alimentaires de quelques céréales, légumineuses et huiles

D'après les tables INRA, 2010
AvoineOrgeMaïs grainSon de bléFéveroleTourteau de soja (48)Huiles
Matière Sèche (%)88,186,786,486,686,187,6100
Cellulose brute (%)12,84,62,29,28768
UFC (g/kg brut)0,870,991,120,770,950,832,96
Ca (g/kg brut)1,10,70,41,41,73,9
P (g/kg brut)3,23,42,69,95,57,1

 

Mode et ordre de distribution

Fractionnement de la ration

La distribution des céréales doit se faire de façon fractionnée pour éviter un trop fort désordre dans le gros intestin. Le mélange de ces différentes céréales avec la distribution de fourrages dans la ration journalière permet d’équilibrer l’apport des éléments nutritifs. Voir bien nourrir son cheval
La ration doit contenir au moins de 15% en cellulose brute pour assurer une bonne hygiène digestive.

Ordre

On favorisera l'ordre des repas suivants : fourrages puis concentrés. Cela évitera le balayage des concentrés par le fourrage vers le gros intestin. En effet, la digestion des concentrés doit être privilégiée dans l'intestin grêle.

A quel moment distribuer le concentré par rapport à l'exercice physique ?

Il est préférable de distribuer la ration de concentrés au minimum 2 heures avant le travail, voire 4 à 6 heures avant une compétition importante (course, endurance, concours complet). En effet, l'exercice peut générer une diminution du volume sanguin en raison d’un mouvement des fluides vers le tractus digestif, compromettant le fonctionnement du coeur et la thermorégulation.

Cependant, le jeûne avant l'épreuve n'est pas bon non plus, puisqu'il prédispose aux ulcères (augmentation de l'acidité dans l'estomac). Des études précisent aussi que les stéréotypies (tics à l'appui) peuvent être relier à des problèmes d'ulcères.

Ainsi de petites quantités de fourrage (1-2 kg, voir plus) distribuées 1-3 h avant exercice sont bénéfiques. Elles ont des effets minimes sur la disponibilité des substrats et l’oxydation au cours d’un exercice soutenu.

Après l'épreuve, le foin est distribué à volonté et une ration riche en amidon sera distribuée de préférence 2 à 4 heures après, ne dépassant pas 0,3% du poids vif du cheval.

Quantités maximales de céréales pouvant être apportées par repas (+/- 50g)

Aliment% d'amidonQuantité maximale à apporter / repas
Avoine36,0 %≈ 2,750 kg
Blé tendre60,5 %≈ 1,650 kg
Son de blé19,8 %≈ 0,550 kg / jour
Maïs64,1 %≈ 1,550 kg
Orge52,2 %≈ 1,900 kg
Triticale59,9 %≈ 1,650 kg

Poids moyens des différentes céréales par litre

Les concentrés ayant tous un poids volumique (ou densité) différent, il est nécessaire de bien tenir compte du tableau ci-dessous lorsque l'on définit une ration en litres.

AlimentVolume (litre)Poids (kg)
Avoine entière10,50
Blé10,75
Maïs10,70
Maïs floconné10,35
Orge entière10,62
Orge aplatie ou floconnée10,35

 

Il est essentiel de peser régulièrement (à chaque nouvelle livraison par exemple) la mesure servant à la distribution. De plus, il est important de ne pas substituer une céréale par une autre céréale à volume égal, par exemple, un litre d’avoine est 2 fois moins énergétique qu’un litre de maïs.

Préparation des aliments

Toutes les céréales peuvent être distribuées entières. Cependant, pour les grains les plus durs (maïs, blé, orge), il est préférable de les aplatir ou les concasser, en particulier pour les chevaux âgés. La digestibilité dans l'intestin grêle (digestion enzymatique) est améliorée lorsque les grains sont transformés (aplatissage, floconnage, ...). Voir préparation des aliments

Mélanges de fibres hachées avec les concentrés

L’ajout de fourrage haché dans la ration de concentrés permet de ralentir l’ingestion, augmenter la production de salive améliorant le pouvoir tampon (estomac), limitant ainsi les risques de bouchons oesophagiens chez les chevaux gloutons.

Excès d'amidon et index glycémique de la ration

Lorsque des quantités importantes de céréales sont distribuées par repas, une partie de l'amidon non digéré dans l'intestin grêle se retrouve dans le gros intestin où il va fermenté. Ce processus de fermentation va entraîner des désordres métaboliques par acidification en provoquant des coliques et de la fourbure.

Il peut aussi à terme réduire la sensibilité à l'insuline (régulatrice de la glycémie dans l'organisme), les animaux devenant alors « insulino-résistants », caractéristiques des chevaux atteints du Syndrome Métabolique Equin. Des excès énergétiques dans la ration de poulains peut contribuer au développement de maladies ostéo-articulaires comme l'ostéochondrose.

L'index glycémique représente le taux de glucose libéré suite à la digestion d'aliments qui entraînent une glycémie élevée (taux de glucose dans le sang) et une décharge d'insuline au moment du repas. L'insuline a pour rôle de maintenir l'équilibre du taux de glucose contenu dans le sang, en le faisant consommer à l'issue de la digestion par les tissus de l'organisme (muscles, tissus graisseux, etc.) et en diminuant sa production par le foie. 

L'alimentation de chevaux à forts besoins énergétiques (chevaux de compétition de haut niveau) conduit à augmenter la part de sucres solubles digérés rapidement dans l'intestin grêle (sous forme de céréales, amidon) au détriment de sucres lents présents dans les fourrages et digérés principalement dans le gros instestin. Ainsi les régimes riches en glucides solubles ont un index glycémique élevé. 

L'index glycémique est variable selon les aliments et selon les individus.

Variabilité de l'index glycémique en fonction du type d'aliments et des animaux (d'après Cerdan C. 2012)
Index glécémique basIndex glycémique élévé
Type d'aliment 
  • Foins
  • Aliments riches en fibres (son de riz, son de blé, pulpes de betterave, coques de soja)
  • Huiles
 
 
  • Céréales : avoine > maïs > orge 
  • Céréales concassées > céréales entières
  • Céréales traitées thermomécaniquement (floconnage, extrusion, granulation, cuisson) > céréales non traitées
 
Type d'animaux pour un même aliment 
  • Adulte
  • Jument en lactation
  • Cheval à l'entraînement
 
 
  • Jeune poulain
  • Cheval obèse
  • Jument gestante
  • Cheval sédentaire
 

 

Une ration avec un index glycémique bas est à privilégier. Ce type de ration sera particulièrement adaptée pour le travail d'endurance. Toutefois, l'incorporation d'huiles (en complément ou en les substituant aux céréales) est un excellent moyen d'apporter de l'énergie sans l'inconvénient des aliments riches en amidon. L'huile sera privilégiée pour les chevaux réalisant un travail d'endurance.

Les glucides constituent la source d'énergie la plus importante pour couvrir les besoins du cheval fournissant notamment un travail intense.

Une ration avec un index glycémique élevé sera privilégiée pour le travail de courte durée et de forte intensité.

Pour éviter tout excès d'amidon, il est conseillé de ne pas dépasser l’équivalent de :

  • 2kg d’orge/repas ou
  • 2g d'amidon/kg de poids vif/repas

Et pour les animaux sensibles aux ulcères, il est conseillé de ne pas dépasser :

  • 2g d'amidon/kg de poids vif/jour
  • 1g d'amidon/kg de poids vif/repas

Exemple : la concentration en amidon de l'orge est de 602g/kg MS* (avec 86,7% de MS),

  • Ainsi 2 kg de MS d'orge contient 1,2 kg d'amidon
  • Et 2 kg de MS d'orge correspond à 2,3 kg bruts, soit (à 400g/litre la densité de l'orge) à 6 litres maxi

 

Ce qu'il faut retenir

  • L'apport de fourrages est indispensable dans la ration journalière
  • Distribuer des concentrés aux chevaux qui en ont réellement besoin
  • Attention aux excès d'amidon
  • Eviter les repas volumineux, préférer les petits repas fractionnés
  • Equilibrer le rapport Ca/P pour les rations à base de céréales
En savoir plus sur nos auteurs
  • Pauline DOLIGEZ Ingénieur de développement Ifce
  • Laetitia MARNAY Ifce
Bibliographie
  • Cerdan C., 2012. L'index glycémique des aliments dans l'alimentation des chevaux. Thèse de Doctorat Vétérinaire, ENV-Université de Toulouse.
  • Harris P.A. 2006, Impact de la nutrition et des pratiques sur le comportement et le bien-être des chevaux, équ’idée - novembre 2014 - article 2, issu de EAAP "Impact of Nutrition and Feeding practices on equines, their behaviour and welfare".
  • Martin Rosset, coord. 2012. Nutrition et alimentation des chevaux. Edition QUAE.
  • Wolter R.M., Barré Ch., Benoît Ph., 2014. L'alimentation du cheval. Edition France agricole, 3ème édition.
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 19 04 2019
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