Les aliments concentrés simples

Les aliments concentrés simples sont constitués ou issus des grains ou graines de végétaux tels que les céréales (orge, avoine, maïs), les légumineuses (pois, féverole, lupin, soja) et/ou oléagineux (lin, arachide, tournesol...). Apportés en complément du fourrage, ils permettent d'augmenter la valeur énergétique et protéique de la ration journalière, notamment des chevaux à forts besoins nutritionnels (croissance, travail intensif). Cependant, l'excès de concentrés peut entraîner des désordres métaboliques importants entraînant notamment coliques et fourbure. Ainsi, le type de concentrés, la quantité, le mode de distribution seront judicieusement choisis en fonction du stade physiologique, de l'activité et de la santé de l'animal.

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Niveau de technicité :
Poignée d'orge aplatie
Sommaire

Caractéristiques des principaux aliments concentrés simples

Comme chez tous les herbivores, le tube digestif du cheval est optimisé principalement pour la digestion microbienne des fourrages dans le gros intestin. Les aliments concentrés incorporés à la ration sont principalement digérés par la voie enzymatique dans l'instestin grêle situé en amont du gros intestin dans le tube digestif.

Les aliments concentrés, et en particulier les céréales composées principalement d'amidon, représentent une source d'énergie élevée. Cependant, leurs teneurs en protéines, minéraux et oligo-éléments sont variés, nécessitant souvent de mélanger plusieurs aliments pour équilibrer la ration quotidienne en fonction du type de fourrage apporté. Par exemple, les légumineuses (graines ou fourrage déshydraté) peuvent être associées à des sons pour équilibrer le rapport Ca/P.

avoine germéeorge aplatiemaïs floconné

 

 

 

 

 

 


Aussi, un aliment minéral vitaminé (AMV) devra être incorporé si les apports en minéraux et vitamines sont déficitaires par rapport aux besoins de l'animal.

Composition des principaux concentrés simples
Aliments concentrés simplesEnergie en UFC*/kg brut d'alimentProtéines en g MADC*/kg brut d'alimentCalcium (Ca) et Phosphore (P)Nutriments caractéristiques, vitamines et oligo-élémentsEquilibre de la ration

Graines de céréales (orge, avoine, maïs, blé, riz, seigle, triticale)

0,87 à 1,16 UFC

  • Riches en énergie
  • Riches en amidon (sauf l'avoine)
  • Pauvres en cellulose (sauf l'avoine)
 

55 à 102 g MADC

  • Pauvres en protéines digestibles
  • Pauvres en acides aminés indispensables (AAI)
 
 
  • Bien pourvues en P (mais P phytique non absorbé au cours de la digestion)
  • Pauvres en Ca
 
 
  • Bien pourvues en vitamine B
  • Pauvres en vitamines A et D
 
Besoin de complémenter en protéines, Ca, P (en moindre mesure) et en AMV

Sous-produits de céréales (sons = enveloppes du blé ou maïs de meunerie, riz, remoulage et farine)

0,77 à 1,10 UFC

  • Moins énergétiques
  • Teneur en cellulose élevée
  • Teneur en amidon plus faible
 

106 -116 g MADC

Valeur azotée élevée

 
  • Bien pourvus en P
  • Pauvres en Ca
 

Bien pourvus en Mg (sauf le maïs)

Pas plus de 30% dans la ration, sinon augmente le déséquilibre Ca/P de la ration
Fourrages déshydratésPulpes de betterave

0,86 UFC

  • Riches en fibres hautement digestibles
  • Pauvres en amidon et sucres solubles
 
29 g MADC 
  • Très riche en Ca
  • Pauvre en P
 
-A équilibrer avec une céréale ou/et un son pour augmenter la teneur en P de la ration totale
Luzerne déshydratée

0,57 à 0,70 UFC

  • Riches en fibres
  • Sans amidon
 

86 à 146 g MADC

  • Teneur élevée en AAI
  • Riche en lysine
 

Très riche en Ca

Graines de légumineuses/protéagineux (fèverole, lupin, pois, fèves)

0,92 à 0,96 UFC

Riches en énergie

161 à 257g MADC

  • Très riches en protéines
  • Equilibrées en AAI
 
 
  • Bien pourvues en Ca et P (lupin, lin)
  • Pauvre en Ca (févrole)
 
 
  • Pauvres en AAI soufré
  • Lupin très riche en manganèse (Mn)
 
Doivent être distribuées en complément des céréales car le rapport MADC/UFC des protéagineux est très élevé, entraînant un excès d'azote (protéines) de la ration si les quantités de légumineuses distribuées sont importantes (sollicitation excessive du foie et des reins).
Sous-produits d'oléagineux (tourteau de soja, de lin, d'arachide, de tournesol, de colza, coprah, palmiste)

0,52 à 0,91 UFC

  • Riches en énergie
  • Pas d'amidon dans les tourteaux
 

119 à 413 g MADC

  • Très riches en protéines
  • Equilibrés en AAI
 

Bien pourvus en Ca et P

Pauvres en AAI soufré

Huiles végétales (colza, maïs, soja)

2,96 UFC

Très riches en énergie

Pas de protéines apportées

Pas de minéraux apportés

Huile de colza, tournesol ou soja riche en acides gras essentiels (AEG : omégas 3 et 6)

Très digestibles à raison de 10 à 15% de la ration

* UFC = Unité Fourragère Cheval, représentant la valeur énergétique d'un aliment

* MADC = Matières Azotées Digestibles Cheval, représentant la valeur protéique (apport de protéines totales) d'un aliment

Valeurs alimentaires de quelques céréales, légumineuses et huiles

D'après les tables INRA, 2010
AvoineOrgeMaïs grainSon de bléFéveroleTourteau de soja (48)Huiles
Matière sèche MS (%)88,186,786,486,686,187,6100
Cellulose brute CB (%)12,84,62,29,287680
UFC (g/kg brut)0,870,991,120,770,950,832,96
MADC (g/kg brut)6971571122093830
Ca (g/kg de MS)1,10,70,41,41,73,90
P (g/kg de MS)3,23,42,69,95,57,10

Mode et ordre de distribution

Fractionnement de la ration

Pour bien nourrir son cheval, la distribution des céréales doit se faire de façon fractionnée afin d'éviter un trop fort désordre dans le gros intestin. Le mélange des différentes céréales avec la distribution de fourrages dans la ration journalière permet d’équilibrer l’apport des éléments nutritifs. La ration doit contenir au moins de 15% de cellulose brute pour assurer une bonne hygiène digestive.

Ordre

On favorisera l'ordre des repas suivants : fourrages puis concentrés. Cela évitera le balayage des concentrés par le fourrage vers le gros intestin. En effet, la digestion des concentrés doit être privilégiée dans l'intestin grêle.

A quel moment distribuer le concentré par rapport à l'exercice physique ?

Il est préférable de distribuer la ration de concentrés au minimum 2 heures avant le travail, voire 4 à 6 heures avant une compétition importante (course, endurance, concours complet). En effet, l'exercice peut générer une diminution du volume sanguin en raison d’un mouvement des fluides vers le tractus digestif, compromettant le fonctionnement du coeur et la thermorégulation.

Lors d'un travail intense, l'apport de sucres et amidon dans la ration juste avant l'exercice entraîne une décharge d'insuline (2h après) qui empêche ensuite le cheval de mobiliser le glycogène musculaire et les réserves de graisses dont il a besoin pour alimenter les muscles pendant l'exercice. Cela entraînera une fatigue plus rapide lors d'efforts intenses.

Cependant, le jeûne avant l'épreuve n'est pas bon non plus, puisqu'il prédispose aux ulcères (augmentation de l'acidité dans l'estomac). Des études précisent aussi que les stéréotypies (tics à l'appui) peuvent être reliées à des problèmes d'ulcères.

Ainsi, de petites quantités de fourrage (1-2 kg, voire plus) distribuées 1-3h avant l'exercice sont bénéfiques. Elles ont des effets minimes sur la disponibilité des substrats et l’oxydation au cours d’un exercice soutenu.

Après l'épreuve, le foin est distribué à volonté et une ration riche en amidon sera distribuée de préférence 2 à 4 heures après, ne dépassant pas 0,3% du poids vif du cheval.

Quantités maximales de céréales pouvant être apportées par repas (+/- 50g)

Aliment% d'amidonQuantité maximale à apporter par repas (kg)
Avoine36,0≈ 2,750
Blé tendre60,5≈ 1,650
Son de blé19,8≈ 0,550
Maïs64,1≈ 1,550
Orge52,2≈ 1,900
Triticale59,9≈ 1,650

Poids moyens des différentes céréales par litre

Les concentrés ayant tous un poids volumique (ou densité) différent, il est nécessaire de bien tenir compte du tableau ci-dessous lorsque l'on définit une ration en litres.

AlimentVolume (L)Poids (kg)
Blé10,75
Maïs10,70
Orge entière10,62
Avoine entière10,50
Maïs floconné10,35
Orge aplatie ou floconnée10,35

Il est essentiel de peser régulièrement (à chaque nouvelle livraison par exemple) la mesure servant à la distribution. De plus, il est important de ne pas substituer une céréale par une autre céréale à volume égal. Un litre d’avoine est par exemple 2 fois moins énergétique qu’un litre de maïs.

Préparation des aliments

Toutes les céréales peuvent être distribuées entières. Cependant, pour les grains les plus durs (maïs, blé, orge), il est préférable de les aplatir ou les concasser, en particulier pour les chevaux âgés. La digestibilité dans l'intestin grêle (digestion enzymatique) est améliorée lorsque les grains sont transformés (aplatissage, concassage, trempage, cuisson...).

Mélanges de fibres hachées avec les concentrés

L’ajout de fourrage haché dans la ration de concentrés permet de ralentir l’ingestion et d'augmenter la production de salive, améliorant le pouvoir tampon dans l'estomac, afin de limiter les risques de bouchons oesophagiens chez les chevaux gloutons et autres troubles digestifs (coliques, ulcères...).

Excès d'amidon et index glycémique de la ration

Lorsque des quantités importantes de céréales sont distribuées par repas, une partie de l'amidon non digéré dans l'intestin grêle se retrouve dans le gros intestin où il va fermenter. Ce processus de fermentation va entraîner des désordres métaboliques par acidification, en provoquant des coliques et de la fourbure. A terme, il peut aussi réduire la sensibilité à l'insuline (régulatrice de la glycémie dans l'organisme), les animaux devenant alors insulino-résistants, caractéristiques des chevaux atteints du syndrome métabolique équin. Des excès énergétiques dans la ration de poulains en croissance peut contribuer au développement de maladies ostéo-articulaires comme l'ostéochondrose.

L'index glycémique représente le taux de glucose libéré suite à la digestion d'aliments qui entraînent une glycémie (taux de glucose dans le sang) élevée et une décharge d'insuline au moment du repas. L'insuline a pour rôle de maintenir l'équilibre du taux de glucose contenu dans le sang, en le faisant consommer à l'issue de la digestion par les tissus de l'organisme (muscles, tissus graisseux...) et en diminuant sa production par le foie. 

L'alimentation de chevaux à forts besoins énergétiques (chevaux de compétition de haut niveau) conduit à augmenter la part de sucres solubles digérés rapidement dans l'intestin grêle (sous forme de céréales, amidon) au détriment de sucres lents présents dans les fourrages et digérés principalement dans le gros instestin. Ainsi, les régimes riches en glucides solubles ont un index glycémique élevé. 

L'index glycémique est variable selon les aliments et selon les individus.

Variabilité de l'index glycémique en fonction du type d'aliments et des animaux (d'après Cerdan, 2012)
Index glécémique basIndex glycémique élévé
Type d'aliment 
  • Foins
  • Aliments riches en fibres (son de riz, son de blé, pulpes de betterave, coques de soja)
  • Huiles
 
 
  • Céréales : avoine > maïs > orge 
  • Céréales concassées > céréales entières
  • Céréales traitées thermomécaniquement (floconnage, extrusion, granulation, cuisson) > céréales non traitées
 
Type d'animaux pour un même aliment 
  • Adulte
  • Jument en lactation
  • Cheval à l'entraînement
 
 
  • Jeune poulain
  • Cheval obèse
  • Jument gestante
  • Cheval sédentaire
 

Une ration avec un index glycémique bas est à privilégier.

Les glucides constituent la source d'énergie la plus importante pour couvrir les besoins du cheval fournissant notamment un travail intense. Une ration avec un index glycémique élevé sera privilégiée pour le travail de courte durée et de forte intensité. Une ration avec un index glycémique bas sera adaptée pour le travail d'endurance.

Toutefois, l'incorporation d'huiles (en complément ou en les substituant aux céréales) est un excellent moyen d'apporter de l'énergie sans l'inconvénient des aliments riches en amidon. L'huile sera privilégiée pour les chevaux réalisant un travail d'endurance.

Pour éviter tout excès d'amidon, il est conseillé de ne pas dépasser l’équivalent de :
    ► 2kg d’orge/repas ou
    ► 2g d'amidon/kg de poids vif/jour
    ► 1g d'amidon/kg de poids vif/repas

Exemple: La concentration en amidon de l'orge est de 602 g/kg MS (avec 86,7% de MS). Ainsi, 2 kg de MS d'orge contiennent 1,2 kg d'amidon et 2 kg de MS d'orge correspondent à 2,3 kg bruts, soit à 6 litres maxi (à une densité d'orge de 400 g/L).

Ce qu'il faut retenir

  • L'apport de fourrages est indispensable dans la ration journalière.
  • Distribuer des concentrés aux chevaux qui en ont réellement besoin.
  • Attention aux excès d'amidon !
  • Eviter les repas volumineux, préférer les petits repas fractionnés.
  • Equilibrer le rapport Ca/P.
En savoir plus sur nos auteurs
  • Pauline DOLIGEZ Ingénieur de développement IFCE
  • Laetitia MARNAY-LE MASNE IFCE
Bibliographie
  • CERDAN C., 2012. L'index glycémique des aliments dans l'alimentation des chevaux. Thèse pour obtenir le grade de docteur vétérinaire, directeur de thèse : Dr N. PRIYMENKO, Université Paul-Sabatier, Toulouse.
  • HARRIS P.A., 2006. Impact de la nutrition et des pratiques d'alimentation sur les chevaux, leur comportement et leur bien-être. EAAP Antalya 2006, session 11, Effect of management and housing on horse welfare, 17 pages.
  • MARTIN-ROSSET et coord., 2012. Nutrition et alimentation des chevaux. Edition QUAE, 200 pages.
  • WOLTER R., BARRÉ C. et BENOÎT P., 2014. L'alimentation du cheval. Edition France agricole, 3ème édition.
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 31 05 2020
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