Diagnostic prairial

Le diagnostic prairial ou diagnostic floristique des prairies consiste à faire l'inventaire des espèces végétales présentes sur la pâture. Il permet de déterminer le mode d'entretien et/ou de rénovation de la prairie pour répondre aux exigences de production de l'exploitant. Après avoir analysé les pratiques d'utilisation, il s'agit de caractériser le profil de la prairie et de choisir les lieux de prélèvements des végétaux. Une reconnaissance des différentes espèces en nombre et en variétés est alors réalisée. Le diagnostic prairial aboutit à une préconisation sur l'entretien et le mode d'exploitation de la parcelle pour valoriser l'herbe en tenant compte des objectifs d'utilisation.

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par Pauline DOLIGEZ - | 09.10.2017 |
Niveau de technicité :
Diagnostic prairial
Sommaire

Qu'est-ce que le diagnostic prairial ?

Le diagnostic prairial est une méthode servant à déterminer le nombre d'espèces composant la prairie. En général, on distingue trois grandes familles d'espèces prairiales :

  • Les espèces peu productives, non consommées, voire toxiques :
    • Plantes diverses non-légumineuses et non-graminées

Voici des exemples de déterminations floristiques réalisées par Leconte et al. (2015). Dans certains haras, les prairies conduites en pâturage libre sont fortement dégradées (avec une moyenne de 48% de plantes diverses).

Prairies normandes (exploitation toutes espèces)

Haras du Pays du MerleraultNord - EstPlaine 61
TypeMoyenneHaras nationalHaras privéHaras privéHaras privé
Année2002 à 20102010200820042014
Nombre de parcelles40611202011
Total graminées54,558,555,842,671,5
Total légumineuses12,110,06,79,07,4
Total plantes diverses33,531,537,548,521,1

 

Pourquoi réaliser un diagnostic prairial sur les pâtures utilisées par les chevaux ?

Les herbages pâturés uniquement par les chevaux présentent des caractéristiques souvent décrites : zones surpâturées, zones de refus, sols nus dûs au piétinement sur les zones d'affouragement ou de passage.

Le comportement de sélection de zones d'alimentation nuit à la végétation prairiale en induisant :

  • L'envahissement des zones surpâturées par des plantes à rosette indésirables, non consommées et sans intérêt fourrager (pâquerette, pissenlit, plantain, pâturin annuel...). 
  • Et en parallèle, la colonisation des zones de refus par des espèces à grand développement (houlque, dactyle, plantes diverses...). Ces espèces pourraient être consommées, mais elles sont délaissées et affectées à des zones de défécation.

Quelle production recherche-t-on pour les surfaces herbagères des chevaux ?

Surfaces de valorisation de l'herbe pour alimenter le cheval

L'herbe et les fourrages peuvent couvrir 90 à 100% de la ration alimentaire des chevaux à forts besoins lorsque le couvert végétal est offert en quantité et en qualité. Pour ces animaux au pâturage ou en période d'alimentation avec des fourrages conservés, une prairie riche en espèces végétales à fort indice de qualité fourragère (valeur nutritive et capacité à produire élevées) est recherchée.

Le diagnostic floristique permet d'orienter les pratiques d'entretien et de rénovation, afin de préserver la qualité du fond prairial.

Surfaces utilisées pour la détente des chevaux ou pour l'hivernage

Pour ces zones dites « paddocks », le couvert végétal n'est pas ou plus utilisé pour alimenter le cheval. Il est davantage considéré comme un lieu d'exercice ou une zone de détention en plein air. Y maintenir une surface en herbe productive et non dégradée par les adventices (mauvaises herbes) ou plantes indésirables (non consommées) est illusoire. 

Pour ces surfaces, si l'on souhaite maintenir une surface de broutage, il s'agira de maintenir un couvert en herbe en traitant les mauvaises herbes (chimiquement ou par la fauche) pour éviter leur invasion et l'apparition de zones de sols totalement nues. Attention, le sur-semis, s'il est répété tous les ans, peut représenter un investissement important. Il faut alors plutôt envisager de stabiliser le paddock avec un matériau inerte si l'utilisation comme surface de détente est la priorité, plutôt que de s'acharner à maintenir un couvert vert qui se transformera en bourbier l'hiver.

Le sur-semis avec des espèces agressives (à développement rapide) comme le ray-grass d'Italie et le repos sont les seules mesures à envisager pour limiter la détérioration totale par le piétinement.

Comment se réalise un diagnostic floristique ?

Quand et où le pratiquer ?

Le diagnostic sera réalisé de préférence au printemps, lorsque les graminées sont mieux repérables.

Analyse de l'exploitation de la prairie

Dans un premier temps, il s'agira d'observer l'aspect général du couvert végétal et du sol. L'historique décrivant les pratiques de fertilisation, d'exploitation (fauche ou pâturage) et de modes d'utilisation (temps de présence et chargement en animaux) sera relevé, ainsi que les objectifs d'exploitation de la parcelle.

Modalités de prélèvement de la flore

Quadrat utilisé pour le diagnostic prairialLes méthode d'échantillonnage pour prélever le couvert végétal à déterminer sont nombreuses :

  • Méthode des « quadrats » (cf. photo ci-contre)
  • Mètres carrés ou poignées ou « station » qui correspond à une unité dominante de la parcelle d'environ 10 ares. Pour la station, une 30aine de poignées seront prélevées, équivalentes à 25 cm2 de surface. Dans chaque poignée, on note l'abondance de chaque espèce et on détermine le genre et l'espèce.

Outils du GNIS (Groupement national Interprofessionnel des Semences)

Le Gnis met à disposition une fiche décrivant comment observer la flore en place contenant :

  • La grille de diagnostic floristique
  • La clé de détermination des graminées
  • La fiche classement des espèces

Bilan du diagnostic

Le diagnostic permet d'estimer la part de chaque espèce dans la biomasse étudiée. Les pourcentages de fréquence, abondance, dominance sont calculés par espèce. Les espèces sont recensées selon leur indice de qualité fourragère et les espèces indicatrices de milieu. Cette analyse, généralement réalisée par un conseiller, amène à faire réfléchir l'exploitant sur la façon dont il conduit la pâture. Le diagnostic floristique aboutit à dégager les pratiques d'entretien et/ou de rénovation appropriées aux modes d'exploitation envisagés de la prairie.

Classification des espèces fourragères

Indice de qualité fourragère

Les espèces végétales sont qualifiées par un indice de qualité fourragère. L'indice intègre à la fois la valeur nutritive de l'espèce et sa capacité à produire. La classification fourragère différencie alors les espèces comme suit : BONNES, MOYENNES ou MEDIOCRES.

Exemples non exhaustifs d'espèces classées selon leur indice de qualité fourragère (d'après Hubert et Pierre, 2003)
Espèces d'indice bon à très bonEspèces d'indice moyenEspèces d'indice médiocre à nulle
Graminées

Fléole des prés, ray-grass anglais, ray-grass italien, dactyle, fétuque élevée, fétuque des prés, pâturin commun, pâturin des prés

Agrostis stolonifère, agrostis des chiens, chiendent, vulpin des prés, avoine pubescente, avoine jaunâtre, fétuque rouge, houlque laineuse

Flouve odorante, brome mou, crételle, fétuque ovine, glycérie flottante, houlque molle, pâturin annuel

Légumineuses

Lotier corniculé, lotier des marais, minette, trèfle violet, trèfle Blanc

Gesse des prés, trèfle porte fraises, trèfle douteux, vesce cracca

Bugrane
Diverses--

Achillée millefeuille, plantain lancéolé, pissenlit...

Plantes indicatrices du milieu

L'indice « écologique » (selon Devries, cité par Hubert et Pierre, 2003) synthétise le comportement des espèces prairiales par rapport au milieu. L'indice est très élevé lorsque la plante se développe dans un milieu particulier.

MilieuEspèces végétales
Bonne fertilité du sol

Ray-grass anglais, pâturin des prés, fléole des prés...

Supporte les sols pauvres

Pâturin des prés, houlque molle, achillée millefeuille, cardamine des prés...

Affinité pour l'humidité

Glycérie flottante, agrostis des chiens, carex nigra...

Supporte l'acidité du sol

Houlque laineuse, cardamine, flouve odorante, achillée millefeuille...

Résiste aux coupes

Ray-grass anglais, pâturin des prés, pâturin commun, crételle, pâturin annuel, trèfle blanc, pâquerette vivace...

Résiste au pâturage

Ray-grass anglais, fétuque des prés, dactyle, crételle, vulpin des prés, agrostis des chiens, trèfle blanc, achillée millefeuille, pâquerette vivace...

Ce qu'il faut retenir

Quel que soit le type d’animal, il faut toujours assurer l’équilibre entre la production fourragère et les besoins des herbivores en adaptant le chargement tout au long de la saison.

Les chevaux créent une hétérogénéité spaciale qu’il faut en permanence corriger par une fertilisation localisée sur les zones surpâturées, associée si possible à un pâturage mixte, et en broyant les refus minimes ou en récoltant en foin les refus conséquents.

Une prairie médiocre peut avec le temps parvenir à un niveau de productivité satisfaisant, en complétant éventuellement l’amélioration douce par un sursemis. Ces techniques préservent la végétation en place. La composition botanique des prairies permanentes ou temporaires peut ainsi être préservée pour assurer leur longévité.

En savoir plus sur nos auteurs
  • Pauline DOLIGEZ Ingénieur de développement IFCE
Bibliographie
  • Site du gnis 
  • DECAMPS C., 2007. Diagnostic en prairie. Journée reconnaissance de flore organisée à Libramont le 10 avril 2014.
  • HUBERT F., PIERRE P., 2003. Guide pour un diagnostic prairial. Deux outils en un, Chambre d'Agriculture des Pays de Loire.
  • LECONTE D., 2011. Améliorer les herbages des haras, un mythe ? Equ'idée n°74, printemps 2011 - édition Haras nationaux.
  • LECONTE D., 2015. De la biodiversité à la gestion des prairies des haras. Equ'idée, juillet 2015 - édition Haras nationaux.
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 08 08 2020
Fiche réalisée avec nos partenaires
Chambre d'agricultureFEADER NormancieRégion Normandie
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