L'if à baies : plante toxique

Espèce arbustive très prisée dans les parcs et jardins, l’if à baies est un conifère pourtant bien connu pour sa toxicité, souvent mortelle, aussi bien pour l’homme que pour de nombreuses espèces animales. Chez les équidés, l’if représente la première cause d’intoxications végétales. Aujourd’hui, bien que la présence de l’arbre/arbuste dans les prairies demeure assez rare, les chevaux s’intoxiquent principalement en ingérant des résidus de taille laissés à leur portée…

 

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Niveau de technicité :
rameau d'if à baies
Sommaire

Comment reconnaître l’if à baies ?

if à baiesL’if commun ou if à baies (Taxus baccata) est un conifère non résineux de la famille des Taxacées, à feuillage touffu et persistant. Cet arbre/arbuste peut atteindre jusqu’à 15-20 mètres de haut et présente une longévité exceptionnelle (spécimens âgés de plus de 1000 ans).

 


Les feuilles

 

Allongées, aplaties et molles, les feuilles de l’if à baies sont des aiguilles lancéolées (à bout pointu) non piquantes, de 2 à 4 cm de longueur. De couleur vert foncé sur le dessus et vert plus pâle en-dessous, elles sont disposées en spirale. Les rameaux de l’année sont souples et d’un vert assez clair.

 

Les fruits

 

Le fruit est une enveloppe mucilagineuse charnue, ouverte au sommet, de couleur rouge vif et sucrée – appelée « arille » – renfermant une graine noire. Les arilles sont la seule partie non toxique de la plante.

 

Le tronc et l'écorce

 

Le tronc, d’où partent des branches à quelques centimètres du sol, est court et noueux. Il peut mesurer jusqu’à plus de 4 mètres de diamètre chez certains vieux spécimens. Assez fine et écailleuse, l’écorce est généralement de couleur brune à brun rougeâtre, parfois très foncée voire pourpre.

 


jeunes feuilles d'if à baiesif à baiestronc d'un vieil if à baies

 

Milieu de vie de l’if à baies

if à baiesOriginaire d’Europe et d’Amérique du nord, l’if commun est très répandu en France. La plupart des spécimens à l’état naturel ayant été abattus, on le retrouve aujourd’hui quasi exclusivement dans les parcs et jardins, notamment sous forme arbustive, comme plante d’ornement (arbustes taillés, haies…). Résistant et très facile à tailler, cet arbre/arbuste est aussi apprécié pour le vert foncé de son feuillage touffu qui contraste avec le rouge vif des arilles. Il s’accommode de la plupart des sols et supporte les grands froids.

 

Quelles sont les circonstances d’intoxication à l’if ?

L’if à baies est toxique pour de nombreux mammifères (dont l’homme, la vache, le mouton, la chèvre, le porc, le chien…) et oiseaux, mais les équidés sont les plus sensibles à l’intoxication.

 


EspèceChevalVacheMoutonPorcChien et volailles
Dose létale minimum (grammes)100-200500100-2007530

 

Chez le cheval, la dose létale minimum est faible : 200 à 400 mg de feuilles/kg de poids vif (PV). Autrement dit, 100 à 200 g de feuilles suffisent à tuer un cheval de 500 kg. Cette dose est équivalente à la dose létale pour un mouton, ce qui montre que le cheval est particulièrement sensible à ce toxique.

 

 

Une plante toxique, potentiellement attractive

 

if à baies dans un cimetièreToutes les parties de l’if à baies sont toxiques, à l’exception des arilles. Les feuilles, les rameaux, l’écorce, le bois et les graines contiennent en effet des taxoïdes diterpéniques (alcaloïdes), dont la taxine B : une substance cardiotoxique (qui affecte gravement le cœur). Les feuilles sont la partie la plus toxique. L’if contient également des huiles irritantes susceptibles de provoquer une inflammation gastro-intestinale.

 

La toxicité de la plante serait maximale en hiver, en lien avec une concentration en taxine plus élevée à cette période qu’en été.

 

La saveur douce et sucrée de l’arille, le fait que les aiguilles ne piquent pas et ne présentent pas de résine, rendent la plante attractive pour les animaux. Les herbivores en consomment donc volontiers lorsqu’ils y ont accès.

 


 

Un peu d’histoire → Historiquement, l’if était souvent planté dans les cimetières. De nombreux chevaux de corbillard ont ainsi été victimes d’intoxication, en consommant la plante par ennui lorsqu’ils étaient laissés attachés à l’entrée du cimetière pendant les cérémonies. On parlait autrefois « d’intoxication du cheval de corbillard ». C’est ainsi que la toxicité de l’if pour les chevaux a été découverte.

 

 

Le danger n’est pas dans la prairie : gare aux jardins et déchets verts !

 

Aujourd’hui, bien que la présence d’if à baies soit rare dans les prairies, la plante reste néanmoins la première cause d’intoxications végétales chez les équidés. L’intoxication a en général lieu suite à l’ingestion de résidus de taille (déchets verts jetés en pâture, restes de taille non enlevés sur une pelouse où les chevaux ont accès…) ou de plante sur pied (jardins, haies…) à la portée directe des équidés, dans les infrastructures équestres et leur voisinage.

 

Même une fois séchée (dans les fourrages par exemple), la plante reste toxique.

 

Quels sont les signes cliniques d’une intoxication à l’if ?

La gravité des signes cliniques dépend de la quantité de toxique ingérée, mais l’intoxication est très souvent mortelle.

 

Le plus souvent : atteinte suraiguë

 

La dose létale étant faible chez le cheval, l’ingestion d’if se conclut très souvent par une mort subite d’origine cardiaque, quelques heures voire quelques minutes après ingestion, le cœur en diastole.

 

Parfois : atteinte subaiguë

 

Parfois, les chevaux peuvent manifester une forme subaiguë, avec apparition de symptômes dans les 24 heures après ingestion :

  • Troubles cardiovasculaires : arythmies, bradycardie
  • Troubles nerveux : prostration, tremblements musculaires, convulsions, ataxie (troubles de la coordination des mouvements)
  • Difficultés respiratoires (dyspnée)
  • Diarrhées
  • Coliques
  • Nervosité
  • Etat de faiblesse

 

La mort survient alors généralement dans les 24 heures suivant l’apparition des signes cliniques.

 

L’ingestion d’une faible quantité de toxique peut provoquer de légers symptômes : agitation peu marquée, augmentation du rythme respiratoire, légère hyperthermie…

 

Quel traitement ?

En général, il est trop tard pour mettre en œuvre un traitement. Il n’existe par ailleurs pas de traitement spécifique et/ou d’antidote connu.

 

En début d’intoxication, un traitement symptomatique peut être tenté, avec lavage gastrique, charbon activé ou huile de paraffine, associés à une fluidothérapie intraveineuse. Pour lutter contre la bradycardie et les blocs auriculo-ventriculaires, on peut administrer de l’atropine par voie IV (0,025 à 0,05 mg/kg).

 

Le pronostic reste sombre dès lors que le cheval présente des signes cliniques.

 

Quels sont les moyens de prévention ?

Le seul moyen pour limiter les risques d’intoxication à l’if est la maîtrise de l’environnement. Aucun arbre/arbuste et aucune partie de la plante ne doivent se trouver à la portée des chevaux. Pour cela :

  • Limiter au maximum la présence de l'if à baies dans l’environnement où évoluent les chevaux (pâtures, infrastructures équestres, voisinage proche…) :
    • Proscrire la plantation d’ifs à baies.
    • Si des ifs sont déjà présents dans l’environnement, tenir les chevaux éloignés de la plante (clôtures...).
  • Assurer une bonne gestion des déchets verts :
    • Ramasser la totalité des résidus de taille.
    • Les emmener à la déchetterie.
    • Ne jamais les distribuer aux chevaux pour s’en débarrasser, en vert comme séchés !
  • Redoubler de vigilance :
    • A l’attache et au broutage → attention au grignotage par ennui
    • Lors d’un changement de biotope (déménagement...)
    • Lors de sorties à l’extérieur (balade, randonnée, concours…)
  • Bien informer et sensibiliser le public → faire connaître la plante et les risques qui y sont liés aux cavaliers et détenteurs de chevaux.

    Ce qu'il faut retenir

     

    If à baies = un réel danger, car plante bien appréciée et consommée par les chevaux lorsqu’elle est à leur portée → ingestion très souvent mortelle, même à faible dose !

     

    1ère cause d’intoxications végétales chez les équidés, surtout en automne/hiver


    Présence de l’if très rare dans les prairies → intoxication = conséquence d’une négligence (mauvaise gestion des résidus de taille) et/ou d’une méconnaissance des dangers associés à la plante


    Prévention = maîtrise de l’environnement et bonne information du public

     

    En savoir plus sur nos auteurs
    • Nelly GENOUX Ingénieur agronome - IFCE
    • Dr Nathalie PRIYMENKO Docteur vétérinaire - Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse (ENVT)
    • Dr Gilbert GAULT Docteur vétérinaire - Centre National d'Informations Toxicologiques Vétérinaires (CNITV) - VetAgro Sup, Ecole Nationale Vétérinaire de Lyon
    • Laetitia MARNAY-LE MASNE Ingénieur de développement IFCE
    Bibliographie
    Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
    Date d'édition: 11 07 2020
    Fiche réalisée avec nos partenaires
    RESPE Ecole vétérinaire de Toulouse
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