La porcelle enracinée : plante toxique

La porcelle enracinée est une plante herbacée à fleurs jaunes ressemblant au pissenlit. Elle toxique pour les chevaux. Son ingestion provoque l’apparition de la maladie du harper australien. D’où l’importance d’apprendre à (re)connaître cette plante afin de prévenir les risques d’intoxication à l’herbage.

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par Nelly GENOUX - | 09.07.2018 |
Niveau de technicité :
harper de forme australienne
Sommaire

Comment reconnaître la porcelle enracinée ?

La porcelle enracinée (Hypochoeris radicata) est une plante herbacée vivace très commune, à fleurs jaunes, de la famille des Composées (Asteraceae) dont fait partie le pissenlit.

Les feuilles

Disposées en rosette plaquée au sol, les feuilles sont :

  • Simples ;
  • Pennatilobées : chaque moitié de feuille est découpée en lobes arrondis et peu nombreux ;
  • Hispides : munies de poils rudes et épars sur les deux faces.

Leur taille peut varier de quelques centimètres à quelques dizaines de centimètres de longueur.

feuilles de porcelle enracinéefeuilles de porcelle enracinée

 

 

 

 

 

 


Les tiges

Les tiges florifères sont divisées et se terminent par un capitule (inflorescence ressemblant à une unique fleur, en réalité composée de nombreuses fleurs élémentaires serrées) à l’extrémité de chaque branche. Elles ne portent pas de feuilles, mais parfois des sortes d’écailles. Elles peuvent monter jusqu’à 30-70cm de haut.

 

 

 

 

 

 


Les fleurs

Les fleurs sont jaunes et disposées en capitules larges de 20 à 40mm à l’extrémité des tiges.

L’involucre (partie entourant la base des fleurs) est allongé. Il se compose de bractées allongées, hispides, pointues à l’extrémité et irrégulièrement réparties. les bractées sont des sortes de « petites feuilles » intermédiaires entre les vraies feuilles et les pétales, poussant au voisinage de la fleur, qu'elles recouvrent en partie avant son éclosion. Les fleurs extérieures sont plus longues que les bractées.

Fleur de la porcelle enracinée

 

 

 

 

 

 


 Les fruits

Les fruits sont des akènes allongés et rugueux, de couleur orange/marron, à section ronde. Ils sont longs de 4-7mm et surmontés d’une aigrette plumeuse et d’un long bec étroit. Ces caractéristiques les rendent facilement transportables par le vent ce qui permet à la plante de bien coloniser les trous du couvert prairial.

Milieu de vie

 Très résistante à la sécheresse grâce à son système racinaire pivotant bien développé, la porcelle enracinée se rencontre plutôt dans les milieux secs. Elle est donc très présente dans les régions du sud de la France. Elle a toutefois progressivement colonisé les autres régions et est aujourd’hui répandue sur l’ensemble du territoire français. Pelouses, jardins, pâturages, champs cultivés, bords de routes, talus, dunes de sable... On la retrouve dans une grande diversité de milieux.

Sa capacité à se développer sur des sols pauvres lui permet de concurrencer les espèces prairiales pâturées par les animaux (graminées, légumineuses comme les trèfles…) lorsque le sol n’est pas très fertile. Elle abonde également sur les pâtures de mauvaise qualité où l’herbe se fait rare et dans les prairies surpâturées, notamment en période de sécheresse. 

Cycle de vie

La porcelle enracinée apparaît généralement tout au long de la belle saison, de la fin du printemps/début d’été (mai/juin) à la fin d’été/début d’automne (septembre/octobre), notamment après des périodes sèches.

Il s’agit d’une plante vivace (ou pérenne). Elle persiste donc en hiver sous forme d’une rosette de feuilles au ras du sol, avant de fleurir à nouveau au printemps suivant.

Circonstances d'intoxication

Le système racinaire pivotant de la porcelle enracinée lui permet de résister aux périodes de sécheresse estivale, contrairement aux espèces annuelles qui en souffrent rapidement et finissent par dessécher.

Ignorée par les chevaux en conditions normales, la plante peut ainsi devenir attractive lorsque les espèces prairiales viennent à manquer. Certains chevaux se mettent alors à la rechercher activement et à manger les fleurs et les tiges, voire parfois les feuilles. Et ce, d’autant plus qu’il semble que la plante ait un effet addictif. Une fois que les chevaux y ont goûté, ils y reviennent plus facilement et deviennent même « accros ».

Le harper de forme australienne

Seulement l’ingestion de porcelle enracinée est toxique pour les chevaux. Son ingestion par les équidés est impliquée dans l’apparition du harper de forme australienne, un mouvement atypique se caractérisant par une hyperflexion involontaire d’un (des deux) membre(s) postérieur(s). La France a en effet connu une recrudescence des cas de cette maladie en 2003, année où la canicule a entraîné une certaine sécheresse qui a profité à la porcelle enracinée. Le facteur commun aux différents cas était la présence de la plante dans les prairies pâturées par les chevaux atteints. Si le mécanisme de toxicité de la porcelle enracinée reste encore mal connu, l’étiologie du harper australien montre néanmoins un lien entre l’ingestion de la plante par les chevaux et l’apparition de la maladie.

Cette dernière se manifeste en premier lieu par des difficultés à donner les pieds, tourner, reculer ou embarquer dans un van par exemple. Dans les cas extrêmes, le cheval se déplace en sautillant comme un lapin avec ses postérieurs (cf. fiche sur le harper de forme australienne).

Tous les chevaux n’aiment pas la plante (donc ne la mangent pas) ! Cela explique que, dans un même pré, où de la porcelle enracinée est présente, certains chevaux puissent être atteints de harper australien et d’autres non.

Prévention

Les mesures de prévention restent le meilleur moyen pour éviter le développement/la prolifération de la porcelle enracinée. Cela passe avant tout par une bonne gestion du pâturage et un bon entretien des prairies destinées au pâturage et/ou à la production de fourrages.

Assurer une bonne gestion du pâturage

Il s’agit de faire en sorte de préserver la qualité des prairies pour ne pas offrir trop d’opportunités de développement à la plante. Si l’herbe est dense et de bonne qualité, les adventices (espèces indésirables, comme la porcelle enracinée) auront plus de mal à se développer que si le couvert est pauvre. Pour cela :

  • Eviter le surpâturage en diminuant le chargement (nombre d’équidés/ha) et en augmentant les temps de repos des prairies ;
  • Limiter le pâturage pendant les périodes sèches ;
  • Faucher les refus au champ pour favoriser une meilleure repousse des espèces prairiales.

Bien entretenir ses prairies

  • Effectuer un sursemis de graminées et/ou légumineuses (ray-grass anglais, trèfle blanc...) sur les sols dégarnis voire labourer puis ressemer la prairie quand elle est trop abîmée (>20% de la surface dégarnie et/ou rapport espèces prairiales/adventices trop faible). 
  • La lutte chimique : en cas d’invasion ou lorsque la porcelle enracinée a déjà bien colonisé le milieu, désherber les prairies en appliquant un traitement herbicide localisé « anti-dicotylédones ». Le traitement localisé « plante par plante » est la meilleure technique : elle permet de limiter l'usage des désherbants uniquement sur les zones ou plantes à traiter.
  • Eliminer les résidus après traitement, en veillant à ne surtout pas les déposer sur la fumière ou le compost (pour ne pas risquer de disséminer les graines/fruits des adventices lors de la fertilisation), plutôt les brûler.

L'utilisation de produits phytosanitaires doit être réalisé par des personnes habilitées (voir focus sur Certiphyto ci-dessous) et dans des conditions de température, de vent et d'hygrométrie favorables. Le stade feuillu des adventices est le plus favorable pour réaliser le traitement.

Focus Certiphyto
Le Certiphyto est un certificat individuel pour sécuriser l'usage des produits phytopharmaceutiques (herbicides, insecticides, fongicides). Tous les professionnels (chef d'exploitation et salariés) qui travaillent avec des produits phytopharmaceutiques sont concernés par la réglementation française et européenne. La directive européenne (2009/928/CE) prévoit une formation obligatoire initiale et continue pour acquérir et mettre à jour ses compétences sur l'usage des produits phytopharmaceutiques. Le Certiphyto est obligatoire pour tout utilisateur depuis le 1er octobre 2014. S'adresser à la DRAAF (Direction Régionale de l’Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt) de votre région.

Remarque: Du fait de son système racinaire développé, la porcelle enracinée est très difficile à détruire à la main. Sa racine pivotante est tellement bien ancrée dans le sol qu’il est quasi impossible de déraciner la plante en tirant à la base de la rosette de feuilles. Au final, seules les feuilles et les tiges restent dans la main, mais la plante n’est pas entièrement détruite et finit par repousser.

En savoir plus sur nos auteurs
  • Nelly GENOUX Ingénieur agronome - Ifce
Bibliographie
  • AARSSEN L.W., 1981. The biology of Canadian weeds. 50. Hypochoeris radicata L. Canadian Journal of Plant Science, 61, pages 365-381.
  • ARAUJO J.A.S., CURCIO B., ALDA J., MEDEIROS R.M.T. et RIET-CORREA F., 2008. Stringhalt in Brazilian horses caused by Hypochaeris radicata. Toxicon, 52, pages 190-193.
  • COLLIGNON G., 2007. Contribution à l’étude épidémiologique de l’enzootie de harper australien en France depuis 2003 chez le cheval. Thèse pour obtenir le grade de docteur vétérinaire, directeur de thèse : Dr N. PRIYMENKO, Université Paul-Sabatier, Toulouse, 82 pages.
  • COLLET M., 2009. Caractérisation métabolique de l’intoxication liée à l’ingestion d’Hypochaeris radicata chez le cheval. Thèse pour obtenir le grade de docteur vétérinaire, directeur de thèse : Dr N. PRIYMENKO, Université Paul-Sabatier, Toulouse, 116 pages.
  • DELORME M. et COUDERT P., 2017. Intoxications des chevaux par les plantes. Actualités Pharmaceutiques, volume 56, issue 563, février 2017, pages 49-51.
  • GARDNER S.Y., COOK A.G., JORTNER B.S., TROAN B.V., SHARP N.J.H., CAMPBELL N.B. et BROWNIE C.F., 2005. Stringhalt associated with a pasture infested with Hypochoeris radicata. Equine Veterinary Education, 17, pages 118-122.
  • HUNTINGTON P.J., JEFFCOTT L.B., FRIEND S.C.E., LUFF A.R., FINKELSTEIN D.I. et FLYNN R.J., 1989. Australian stringhalt - epidemiological, clinical and neurological investigations. Equine Veterinary Journal, 21(4), pages 266-273.
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 26 06 2019
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