Le laurier rose : plante toxique

Espèce arbustive fleurie d’origine méditerranéenne, le laurier-rose est aujourd’hui répandu sur l’ensemble du territoire, souvent planté en pot dans les parcs/jardins et sur les balcons/terrasses pour l’ornement. Bien que ses feuilles coriaces la rendent peu appétente, la plante demeure toutefois très toxique – souvent mortelle – pour le cheval en cas d’ingestion accidentelle de parties de la plante dans l’herbe pâturée ou les fourrages ou d’eau de boisson où des feuilles/rameaux ont macéré. Il s’agit de l’une des premières causes d’intoxications végétales chez les équidés.

 

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par Nelly GENOUX - Laetitia MARNAY-LE MASNE - | 24.07.2020 |
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laurier-rose à fleurs roses
Sommaire

Comment reconnaître le laurier-rose ?

Laurier-rose à fleurs rosesLe laurier-rose (Nerium oleander) est une plante au feuillage persistant, à port dressé, de la famille des Apocynacées. Selon qu’il est taillé ou non, il peut arborer une forme arbustive avec un tronc souvent ramifié à la base, ou se présenter sous forme d’un petit arbre. Sa taille avoisine en général les 2 mètres, mais il peut atteindre jusqu’à 5 mètres de haut.

 


Les feuilles

 

Persistantes, plutôt coriaces, allongées et lancéolées, les feuilles du laurier-rose sont verticillées (c’est-à-dire insérées au même niveau, par groupe de 3, en cercle autour des tiges) ou opposées sur les rameaux. Longues de 5 à 20cm, elles sont d’un vert foncé brillant sur le dessus et de couleur vert pâle sur le dessous.

 

Feuilles de laurier-roseFeuilles de laurier-rose disposition verticillée

 


Les fleurs

 

Groupées en cymes terminales sur les rameaux et en forme de trompette, les fleurs de laurier-rose se composent de 5 pétales. Elles peuvent être simples (1x5 pétales), doubles (2x5 pétales) ou triples (3x5 pétales). Suivant la variété, leur couleur varie du blanc, jaune, saumon, rouge fushia à diverses nuances de rose. Elles dégagent parfois un agréable parfum. La floraison a lieu de la fin du printemps (mai-juin) à l’automne (septembre-octobre).

 

laurier-rose à fleurs rougeslaurier-rose à fleurs blancheslaurier-rose à fleurs roses

 


Les fruits

 

Les fruits du laurier-rose sont des gousses étroites et allongées, de couleur vert-brun rougeâtre, renfermant des graines entourées de poils qui se disséminent par le vent une fois le fruit arrivé à maturité. Ils se forment en automne/hiver, après la floraison.

 

Milieu de vie du laurier-rose

laurier-roseD’origine méditerranéenne, le laurier-rose est une plante résistante à la sécheresse, particulièrement adaptée aux sols pauvres et aux milieux bien exposés au soleil.

 

Très répandu en pleine terre (haies, massifs, taillis) dans les régions du sud de la France au climat chaud et sec, on le retrouve de plus en plus comme plante ornementale, plantée en pot pour être rentrée l’hiver, dans les parcs/jardins et sur les balcons/terrasses dans les régions situées plus au nord.

 

Quelles sont les circonstances d’intoxication au laurier-rose ?

Le laurier-rose est toxique pour de nombreuses espèces animales, dont les herbivores, chiens, rongeurs, oiseaux… et même l’Homme.

 

Une plante très toxique, mais peu attractive

 

Toutes les parties du laurier-rose sont toxiques (tiges, feuilles et fleurs). Elles contiennent en effet des hétérosides cardiotoniques (qui augmentent le tonus du muscle cardiaque) à action digitalique, dont essentiellement de l’oléandrine : une substance qui entraîne des troubles cardiaques. La toxicité est maximale dans les feuilles.

 

Très amère et avec des feuilles plutôt coriaces, la plante fraîche est peu appétente. Les chevaux n’en consomment donc généralement pas sur pied, mais sont néanmoins très sensibles aux substances toxiques en cas d’ingestion, même en très faible quantité.

Chez le cheval, la dose létale minimum est très faible : elle est évaluée à 0,005% du poids vif de l’animal. Autrement dit, 25 g (soit 1 à 2 dizaines de feuilles) suffisent à tuer un cheval de 500 kg.

 

Une intoxication accidentelle, mais souvent mortelle

 

laurier-rose à fleurs rougesMalgré son absence dans les prairies et sa faible appétence, le laurier-rose demeure l’une des premières causes d’intoxications végétales chez les équidés.

 

Comment l’expliquer ? L’intoxication a en général lieu à l’insu du cheval, suite à :

  • L’ingestion d’eau dans un abreuvoir où des parties de la plante ont macéré (percolation des toxines dans l’eau de boisson après chute de feuilles mortes dans un abreuvoir par exemple). Il s’agit du risque le plus élevé.
  • L’ingestion de résidus de taille dispersés dans l’herbe au pâturage (restes de déchets verts disséminés par le vent dans une prairie ou sur une pelouse).
  • L’ingestion de foin contaminé par des parties de la plante (feuilles, petits rameaux…).

La plante reste toxique même une fois séchée (dans les fourrages par exemple).


De par son esthétisme, le laurier-rose est parfois utilisé pour fleurir les terrains de concours. Lorsque c’est le cas, veiller à ce qu’aucune partie de la plante ne vienne contaminer le foin ou l’eau de boisson distribués aux chevaux.


En cas d’ingestion en-dessous de la dose létale, le lait des juments en lactation peut être contaminé par les toxines.

Quels sont les signes cliniques d’une intoxication au laurier-rose ?

La gravité des signes cliniques dépend de la quantité de toxique ingérée, mais l’intoxication est très souvent mortelle.

 

Le plus souvent : atteinte suraiguë

 

La dose létale étant faible chez le cheval, l’ingestion de laurier-rose se conclut très souvent par une mort subite d’origine cardiaque, quelques heures voire quelques minutes après ingestion.

 

Parfois : atteinte subaiguë

 

En cas de consommation plus modérée, les chevaux peuvent manifester une forme subaiguë, avec apparition des premiers signes cliniques une à quatre heures après ingestion :

  • Troubles cardiovasculaires : troubles de la fréquence cardiaque engendrant une alternance d’accélérations (tachycardie) et de ralentissements (bradycardie) anormaux de cette fréquence
  • Troubles nerveux : prostration, tremblements musculaires, convulsions, coma
  • Troubles respiratoires : dyspnée (difficultés respiratoires)
  • Troubles digestifs : perte d’appétit, diarrhée parfois hémorragique, coliques
  • Troubles cutanés : sudation importante, extrémités froides

 

L’évolution, défavorable, est en général assez rapide et le cheval meurt entre 12 et 36h après ingestion.

L’ingestion d’une faible quantité de toxique peut provoquer de légers symptômes : agitation peu marquée, augmentation du rythme respiratoire, légère hyperthermie…

Quel traitement ?

En général, il est trop tard pour mettre en œuvre un traitement. Il n’existe par ailleurs pas de traitement spécifique et/ou d’antidote connu.

 

En début d’intoxication, un traitement symptomatique peut être tenté, avec lavage gastrique, charbon activé ou huile de paraffine, associés à une fluidothérapie intraveineuse. Pour lutter contre la tachycardie et les blocs auriculo-ventriculaires, on peut administrer de l’atropine par voie IV (0,025 à 0,05mg/kg en intraveineuse).

Le pronostic est sombre dès lors que le cheval présente des signes cliniques.

Quels sont les moyens de prévention ?

Le laurier-rose étant peu appétent, le cheval n’en consomme généralement pas sur pied, en vert. Le risque d’intoxication réside plus dans l’ingestion accidentelle – à l’insu du cheval – de parties de la plante (présence de feuilles, rameaux…) dans les fourrages, l’herbe pâturée ou l’eau de boisson. Le seul moyen pour limiter les risques d’intoxication est donc la maîtrise de l’environnement. Pour cela :

  • Limiter au maximum la présence de laurier-rose (planté ou en pot) dans les infrastructures équestres et leur voisinage proche, en particulier à proximité des prairies (de fauche et de pâturage) et des abreuvoirs/points d’eau.
  • Le cas échéant :
    • Assurer une bonne gestion des déchets verts : ramasser la totalité des résidus de taille et les emmener à la déchetterie. Ne jamais les distribuer aux chevaux pour s’en débarrasser, en vert comme séchés !
    • Surveiller régulièrement la propreté des abreuvoirs/points d’eau et l’absence de parties de la plante dans l’eau de boisson.
  • Bien informer et sensibiliser le public → faire connaître la plante et les risques qui y sont liés aux cavaliers et détenteurs de chevaux. En effet, si la toxicité du laurier-rose est bien connue dans le sud de la France, où la plante fait partie intégrante du territoire, le public est souvent moins averti dans les régions plus au nord, où on la retrouve le plus souvent plantée en pot.
En savoir plus sur nos auteurs
  • Nelly GENOUX Ingénieur agronome - IFCE
  • Laetitia MARNAY-LE MASNE Ingénieur de développement IFCE
Bibliographie

 

  • DELORME M. et COUDERT P. (2017). Intoxications des chevaux par les plantes. Actualités Pharmaceutiques, volume 56, issue 563, février 2017, pages 49-51.
  • KOHLHAUER M. (2014). Quelques intoxications chez le cheval. AVEF Jr.
  • TURNER J.L. et TORRES P. (2011). Oleander poisoning of horses. NM State University, Cooperative Extension Service, Guide B-712.
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 08 08 2020
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