Le laurier-rose : plante toxique

Espèce arbustive fleurie d’origine méditerranéenne, le laurier-rose est aujourd’hui répandu sur l’ensemble du territoire, souvent planté en pot dans les parcs/jardins et sur les balcons/terrasses pour l’ornement. Bien que ses feuilles coriaces la rendent peu appétente par ingestion directe, la plante est très toxique - souvent mortelle - pour le cheval en cas d’ingestion. Ce dernier s'intoxique souvent accidentellement en consommant des parties de la plante tombées dans l’herbe pâturée ou ramassées dans les fourrages ou en buvant de l’eau où des feuilles/rameaux ont macéré. Il s’agit de l’une des premières causes d’intoxications végétales chez les équidés.

 

2

Niveau de technicité :
laurier-rose à fleurs roses
Sommaire

Comment reconnaître le laurier-rose ?

Laurier-rose à fleurs rosesLe laurier-rose (Nerium oleander) est une plante au feuillage persistant, à port dressé, de la famille des Apocynacées. Selon qu’il est taillé ou non, il peut arborer une forme arbustive avec un tronc souvent ramifié à la base, ou se présenter sous forme d’un petit arbre. Sa taille avoisine en général les 2 mètres, mais il peut atteindre jusqu’à 5 mètres de haut.

 


Les feuilles

 

Persistantes, plutôt coriaces, allongées et fusiformes, les feuilles du laurier-rose sont verticillées (c’est-à-dire insérées au même niveau, par groupe de 3, en cercle autour des tiges) ou opposées sur les rameaux. Longues de 5 à 20 cm, elles sont coriaces, d’un vert foncé brillant sur le dessus et de couleur vert pâle et terne sur le dessous. La nervation est très particulière :

  • La nervure primaire est large et saillante sur le dessous de la feuille.
  • Les nervures secondaires sont visibles, nombreuses et bien parallèles.

 

Feuilles de laurier-roseFeuilles de laurier-rose disposition verticillée

 


Les fleurs

 

Groupées en cymes terminales sur les rameaux et en forme de trompette, les fleurs de laurier-rose se composent de 5 pétales. Elles peuvent être simples (1x5 pétales), doubles (2x5 pétales) ou triples (3x5 pétales). Suivant la variété, leur couleur varie du blanc, jaune, saumon, rouge à diverses nuances de rose. Elles dégagent parfois un agréable parfum. La floraison a lieu de la fin du printemps (mai-juin) à l’automne (septembre-octobre).

 

laurier-rose à fleurs rougeslaurier-rose à fleurs blancheslaurier-rose à fleurs roses

 


Les fruits

 

Les fruits du laurier-rose sont des gousses étroites et allongées, de couleur vert-brun, renfermant des graines entourées de poils qui se disséminent par le vent une fois le fruit arrivé à maturité. Ils se forment en automne/hiver, après la floraison.

 

Milieu de vie du laurier-rose

laurier-roseD’origine méditerranéenne, le laurier-rose est une plante résistante à la sécheresse, particulièrement adaptée aux sols pauvres et aux milieux bien exposés au soleil. Il résiste aussi à de larges amplitudes de températures.

 

Très répandu en pleine terre (haies, massifs, taillis) dans les régions du sud de la France au climat chaud et sec, on le retrouve de plus en plus comme plante ornementale, plantée en pot pour être rentrée l’hiver, dans les parcs/jardins et sur les balcons/terrasses dans les régions situées plus au nord.

 

Quelles sont les circonstances d’intoxication au laurier-rose ?

Le laurier-rose est toxique pour de nombreuses espèces animales, dont les herbivores, les chiens, les rongeurs (cobayes...), les oiseaux… et même l’Homme.

 

Une plante très toxique, mais peu attractive

 

Toutes les parties du laurier-rose sont toxiques (tiges, feuilles, fleurs et fruits). Elles contiennent en effet des hétérosides cardiotoxiques à action digitalique, dont essentiellement de l’oléandrine, une substance qui entraîne des troubles cardiaques. La toxicité est maximale dans les feuilles.

 

Très amère et avec des feuilles plutôt coriaces, la plante fraîche est peu appétente. Les chevaux n’en consomment donc généralement pas en vert sur pied, mais sont néanmoins très sensibles aux substances toxiques en cas d’ingestion, même en très faible quantité.

Dans toutes les espèces, dont le cheval, la dose létale est très faible, de l'ordre de 0,005% du poids vif de l’animal. Autrement dit, 25 g (soit une dizaine de feuilles) suffisent à tuer un cheval de 500 kg.

 

Une intoxication accidentelle, mais souvent mortelle

 

laurier-rose à fleurs rougesMalgré son absence dans les prairies et sa faible appétence, le laurier-rose demeure l’une des premières causes d’intoxications végétales chez les équidés.

 

Comment l’expliquer ? L’intoxication a en général lieu à l’insu du cheval, suite à :

  • L’ingestion d’eau dans un abreuvoir où des parties de la plante ont macéré : les feuilles mortes (tombées et de couleur marron) ont des cellules mortes dont les toxines percolent facilement dans l’eau de boisson. Il s’agit du risque le plus élevé.
  • L’ingestion de résidus de taille dispersés dans l’herbe au pâturage (restes de déchets verts disséminés par le vent dans une prairie ou sur une pelouse).
  • L’ingestion de foin contaminé par des parties de la plante (feuilles, petits rameaux…).

La plante reste toxique même une fois séchée (dans les fourrages par exemple).


De par son esthétisme, le laurier-rose est parfois utilisé pour fleurir les terrains de concours. Lorsque c’est le cas, veiller à ce qu’aucune partie de la plante ne vienne contaminer le foin ou l’eau de boisson distribués aux chevaux, que les plantes ne soient pas non plus accessibles aux chevaux qui seraient amenés à brouter en main ou qui attendent pour passer sur un tour par exemple...


En cas d’ingestion faible, en-dessous de la dose létale, le lait des juments en lactation peut être contaminé par les toxines.

Quels sont les signes cliniques d’une intoxication au laurier-rose ?

La gravité des signes cliniques dépend de la quantité ingérée de toxique, mais l’intoxication est très souvent mortelle.

 

Le plus souvent : atteinte suraiguë

 

La dose létale étant faible chez le cheval, l’ingestion de laurier-rose se conclut très souvent par une mort subite d’origine cardiaque, quelques heures voire quelques minutes après ingestion.

 

Parfois : atteinte subaiguë

 

En cas de consommation plus modérée, les chevaux peuvent manifester une forme subaiguë, avec apparition des premiers signes cliniques une à quatre heures après ingestion, avec des :

  • Troubles cardiovasculaires : troubles de la fréquence cardiaque engendrant une alternance d’accélérations (tachycardie) et de ralentissements (bradycardie) anormaux de cette fréquence, évolution vers des blocs auriculo-ventriculaires puis fibrillation qui précède l’arrêt cardiaque
  • Troubles nerveux : prostration, tremblements musculaires, convulsions, coma
  • Troubles respiratoires : dyspnée (difficultés respiratoires)
  • Troubles digestifs : perte d’appétit, diarrhée parfois hémorragique, coliques
  • Troubles cutanés : sudation importante, extrémités froides

 

L’évolution, défavorable, est en général assez rapide et le cheval meurt entre 12 et 36h après ingestion.

 

Quel traitement ?

En général, lors d'apparition des symptômes, il est trop tard pour mettre en œuvre un traitement. Il n’existe par ailleurs pas de traitement spécifique et/ou d’antidote connu.

 

En début d’intoxication, un traitement symptomatique peut être tenté, avec un lavage gastrique, administration de charbon activé, associés à une fluidothérapie intraveineuse. Pour lutter contre la bradycardie et les blocs auriculo-ventriculaires, on peut administrer de l’atropine par voie intraveineuse (0,025 à 0,05 mg/kg en IV).

Le pronostic est sombre dès lors que le cheval présente des signes cliniques.

Quels sont les moyens de prévention ?

Le laurier-rose étant peu appétent, le cheval n’en consomme généralement pas sur pied, en vert. Le risque d’intoxication réside plus dans l’ingestion accidentelle – à l’insu du cheval – de parties de la plante (présence de feuilles, rameaux…) dans les fourrages, l’herbe pâturée ou l’eau de boisson. Le seul moyen pour limiter les risques d’intoxication est donc la maîtrise de l’environnement. Pour cela :

  • Limiter au maximum la présence de laurier-rose (planté ou en pot) dans les infrastructures équestres et leur voisinage proche, en particulier à proximité des prairies (de pâturage et de fauche) et des abreuvoirs/points d’eau.
  • Le cas échéant :
    • Assurer une bonne gestion des déchets verts : ramasser la totalité des résidus de taille et les emmener à la déchetterie. Ne jamais les distribuer aux chevaux pour s’en débarrasser, en vert comme secs !
    • Surveiller régulièrement la propreté des abreuvoirs/points d’eau et l’absence de parties de la plante dans l’eau de boisson.
  • Bien informer et sensibiliser le public → faire connaître la plante et les risques qui y sont liés aux cavaliers et détenteurs de chevaux. En effet, si la toxicité du laurier-rose est bien connue dans le sud de la France, où la plante fait partie intégrante du territoire, le public est souvent moins averti dans les régions plus au nord.
En savoir plus sur nos auteurs
  • Nelly GENOUX Ingénieur agronome - IFCE
  • Dr Nathalie PRIYMENKO Docteur vétérinaire - Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse (ENVT)
  • Laetitia MARNAY-LE MASNE Ingénieur de développement IFCE
Bibliographie
  • DELORME M. et COUDERT P. (2017). Intoxications des chevaux par les plantes. Actualités Pharmaceutiques, volume 56, issue 563, février 2017, pages 49-51.
  • KOHLHAUER M. (2014). Quelques intoxications chez le cheval. AVEF Jr.
  • RENIER A.C., KASS P.H., MAGDESIAN K.G., MADIGAN J.E., ALEMAN M. and PUSTERLA N. (2013). Oleander toxicosis in equids : 30 cases (1995–2010). Journal of the American Veterinary Medical Association, Vol. 242, No. 4, pages 540-549.
  • TURNER J.L. et TORRES P. (2011). Oleander poisoning of horses. NM State University, Cooperative Extension Service, Guide B-712.
  • https://neva.fr/course/view.php?id=405&topic=9
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 19 09 2020
Fiche réalisée avec nos partenaires
RESPE Ecole vétérinaire de Toulouse
Cette fiche vous a-t-elle été utile ?