Le robinier ou faux-acacia : plante toxique

Espèce très répandue dans nos campagnes, le robinier ou faux-acacia est l’une des principales causes d’intoxication végétale chez les chevaux. Bien que l’ingestion de plante fraîche soit dangereuse, les chevaux s’intoxiquent le plus souvent en consommant l’écorce de l’arbre ou en rongeant les piquets de clôture dans les pâtures, souvent réalisés en robinier, car son bois est imputrescible.

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par Nelly GENOUX - Nathalie PRIYMENKO - | 19.06.2019 |
Niveau de technicité :
Robinier
Sommaire

Comment reconnaître le robinier ?

RobiniersSouvent appelé à tort « acacia », le robinier ou faux-acacia (Robinia pseudoacacia) est un arbre très commun à feuilles caduques de la famille des Légumineuses (Fabacées) pouvant atteindre jusqu’à 25-30 mètres de haut.

De forme élancée et plutôt mince, cette espèce possède un houppier [1] assez large formé de branches tortueuses. L’arbre a la particularité d’être drageonnant, c’est-à-dire que de nouvelles pousses se développent à partir de ses racines, jusqu’à former de véritables bosquets. Son tronc est de couleur gris-brun, avec une écorce épaisse et profondément craquelée dans le sens longitudinal. Les jeunes branches et les drageons sont munis de longues épines qui leur confèrent une protection contre l’attaque des herbivores.


Les feuilles

Les feuilles du robinier sont alternes, composées [2] et imparipennées [3]. Elles sont constituées de 9 à 19 folioles ovales disposées de part et d’autre du pétiole [4], lui-même pourvu de 2 épines à sa base. Ces dernières persistent même après la chute des feuilles.

Feuilles de robinierJeunes feuilles de robinier


Les fleurs

La période de floraison du robinier s’étale sur les mois de mai et juin. L’arbre se pare alors de fleurs blanches de type papilionacées, disposées en longues grappes pendantes et parfumées, de 10 à 20 cm de long.

Fleurs de robinierRobinier en fleurs


Les fruits

Les fruits du robinier sont des gousses plates, glabres (sans poils) et luisantes de couleur brun-roux contenant plusieurs graines. Il s’agit de fruits secs déhiscents [5] de 7 à 12 cm de long, qui arrivent à maturité en fin d’été-début d’automne.

Gousses de robinier


Le saviez-vous ? De par sa dureté et sa résistance à la putréfaction, le bois du robinier est très souvent utilisé pour la fabrication, entre-autres, de piquets de clôtures, parquets...

[1] houppier = partie de l’arbre constituée de l’ensemble des branches au sommet du tronc
[2] feuille composée = feuille dont le limbe, partie large et aplatie de la feuille, est composé de plusieurs pièces, les folioles
[3] feuille imparipennée = feuille possédant un nombre impair de folioles disposées de part et d’autre du pétiole
[4] pétiole = pièce végétale reliant le limbe de la feuille à la tige
[5] fruits déhiscents = fruits qui s’ouvrent d’eux-mêmes à maturité

Milieu de vie du robinier

Drageon de robinierOriginaire d’Amérique du Nord, le robinier a très vite colonisé le territoire français depuis son introduction en Europe. Très résistant, cet arbre pousse un peu partout et émet très souvent des drageons qui forment parfois d’énormes bosquets. Il est donc considéré comme une espèce envahissante. Ayant besoin de beaucoup de lumière, on le retrouve principalement le long des axes (chemins, routes, voies ferrées…) et en lisière de bois. Il est parfois cultivé dans les jardins et parcs pour l’ornement.

Quelles sont les circonstances d’intoxications par le robinier ?

Ecorse du robinierLe robinier est toxique pour tous les mammifères et les oiseaux, mais les équidés sont les plus sensibles à l’intoxication. C’est d’ailleurs l’une des principales sources d’intoxication végétale, chez le cheval.

Certaines parties de l’arbre, comme l’écorce et les graines, sont très toxiques. Les feuilles, les racines, les gousses et les jeunes pousses le sont aussi, mais dans une moindre mesure. Les fleurs sont inoffensives, c’est pour cela que l’on peut les consommer en beignets.


Ainsi, si l’ingestion de plante fraîche est très dangereuse, l’intoxication est la plupart du temps due à la consommation d’écorce directement sur l’arbre ou sur les poteaux de clôtures :

  • Lors de pénurie alimentaire au pâturage ;
  • Lors de comportement de pica.

Les parties toxiques (i.e. toutes sauf les fleurs) contiennent deux phytotoxines, la robine (la plus dangereuse) et la phasine, qui provoquent une agglutination des hématies et une inhibition de la synthèse protéique conduisant à la mort cellulaire. Leur toxicité est maximale à l’automne. Ces substances agissent en premier lieu au niveau des cellules intestinales. Elles entraînent des troubles gastro-intestinaux et des ulcérations à l’origine de douleurs abdominales qui évoluent souvent vers une entérite (inflammation de l’intestin grêle) hémorragique. L’inflammation au niveau de la paroi intestinale favoriserait également l’absorption d’ammoniaque, provoquant une hyperammoniémie (excès d’ammoniaque dans le sang). L’intoxication peut enfin conduire à une dégénérescence du foie et des reins.

Ingestion de 70 g d’écorce → troubles digestifs chez un cheval standard de 500 kg
Ingestion de 150 g d’écorce → mortelle

Quels sont les signes cliniques d’une intoxication au robinier ?

Les signes cliniques apparaissent en général quelques heures après ingestion. Leur sévérité dépend de la quantité de substances toxiques ingérée.

En cas de faible ingestion, le cheval présente généralement des signes digestifs : on observe un ptyalisme (salivation abondante), des coliques avec des diarrhées profuses. Son pouls est irrégulier et faible, ses muqueuses pâles.

Lors d’ingestion d’importantes quantités de toxines, d’autres symptômes se manifestent : une dilatation des pupilles ou mydriase, une hyperexcitabilité, une hyperthermie, un état de faiblesse générale, une sudation abondante, une tachycardie, des difficultés de respiration ou dyspnée.

Quel traitement ?

Il n’existe pas de traitement spécifique pour les intoxications au robinier. Le traitement est essentiellement symptomatique. Il repose sur l’administration de charbon actif pour son pouvoir adsorbant, de protecteurs gastro-intestinaux et d’analeptiques cardiorespiratoires en cas de détresse. Une fluidothérapie peut aussi être mise en place pour compenser les pertes liquidiennes.

Généralement, si les symptômes nerveux n’ont pas encore été observés, l’évolution est souvent favorable, avec la mise en place d’un traitement symptomatique.

Quels sont les moyens de prévention ?

Clôture boisPour éviter toute intoxication au robinier, les moyens de prévention sont simples :

  • Utiliser des piquets de robinier écorcés ou des poteaux d’une autre essence que le robinier pour clôturer ses pâtures ;
  • Bien conduire et entretenir ses pâtures pour conserver un couvert végétal homogène et de qualité : les chevaux ne seront alors pas tentés de consommer du robinier ;
  • Ne jamais attacher (même temporairement) un cheval à un tronc de robinier ;
  • Eliminer les résidus lors de la taille d’une haie, car la plante reste toxique même après dessiccation.
En savoir plus sur nos auteurs
  • Nelly GENOUX Ingénieur agronome - Ifce
  • Nathalie PRIYMENKO Docteur vétérinaire - Ecole Nationale Vétérinaire de Toulouse (ENVT)
Bibliographie
  • ANADÓN A., MARTÍNEZ-LARRAÑAGA M.R., ARES I. et MARTÍNEZ M.A., 2018. Common names : False Acacia, Locust Tree and Black Locust Tree. In : Chapter 62 – Poisonous plants of the Europe. Veterinary Toxicology (Third Edition), pages 891-909.
  • CARON M., sans date. Robinier. Futura-Sciences [en ligne]. Disponible sur : https://www.futura-sciences.com/planete/definitions/botanique-robinier-8367/
  • Comité National de Tourisme Equestre et Comité Départemental de Tourisme Equestre du Loir et Cher, 2005. Guide des plantes toxiques pour le cheval. Paris, Comité National de Tourisme Equestre, 72 pages.
  • DELORME M. et COUDERT P., 2017. Intoxications des chevaux par les plantes. Actualités Pharmaceutiques, volume 56, issue 563, février 2017, pages 49-51.
  • KOHLHAUER M., 2014. Quelques intoxications chez le cheval. AVEF Jr.
  • MATRAT P. et KAMMERER M., 2018. Le robinier - un arbre toxique. Le Nouveau Praticien Vétérinaire Equine, volume 12, n°45, page 17.
  • MILLECAMPS J.M., 2004. L’herbier de St Georges : Guide des plantes toxiques pour les équidés. Le Perchay, éditions La Tanière, 132 pages.
  • PAVILLOT C., 2010. Bilan 2008 des appels reçus aux CNITV de Lyon. Etude spécifique des intoxications chez les équidés. Thèse pour obtenir le grade de docteur vétérinaire, Université Claude-Bernard – Lyon I, Lyon, 127 pages.
  • TALCOTT P., 2018. Black Locust (Robinia pseudoacacia). In : Chapter 21 - Toxicologic problems. Equine Internal Medicine (Fourth Edition), pages 1460-1512.
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 13 12 2019
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