Période de confinement : alimentation du cheval au travail en 3 points

La période de confinement liée à la pandémie de COVID-19 modifie considérablement les activités des détenteurs d’équidés et donc celles de leurs pensionnaires. Pour la plupart, le travail monté/attelé/en main est fortement réduit, voire stoppé. Face à ce changement de rythme, se pose la question de la gestion de l'alimentation du cheval au travail, et ce d'autant plus que la situation est partie pour se prolonger pendant plusieurs semaines. Une réadaptation du système s'impose, avec une révision des apports à la fois sur le plan nutritif et organisationnel, pour limiter les incidents avant le retour à une situation plus normale.

2

Niveau de technicité :
Estimation de la NEC du cheval
Sommaire

Etape 1 : faire le point sur l’état corporel de son cheval

palpation arrière de l'épauleAprès ces premières semaines de confinement, l’état corporel de votre cheval a peut-être évolué : embonpoint lié à une baisse d’activité physique sans réajustement des apports nutritionnels, perte d’état lié à des difficultés d’approvisionnement en fourrages/concentrés (coût constant des charges de structure sans aucune source de revenus…). Voilà pourquoi il est fondamental d'estimer régulièrement l'état corporel du cheval afin d'ajuster sa ration en conséquence, pour éviter toute perte ou prise de poids excessive. Il est temps de faire le point !


Pour vous guider, l’IFCE met gratuitement à votre disposition deux outils de simulation sur son site, permettant d’estimer :

  • La note d’état corporel (NEC), c’est-à-dire l’état d’engraissement du cheval, par observation et palpation de certaines zones sur l’animal.
  • Et le poids du cheval à partir des mesures de sa hauteur au garrot et de son périmètre thoracique. En parallèle et si vous en posséder une, vous pouvez aussi le peser à l’aide d’une balance.

Il est généralement recommandé de faire ce suivi régulièrement, dans l’idéal 1 fois par mois. Mais en cette période spécifique et perturbée, pourquoi ne pas le faire tous les 15 jours, pour être le plus réactif possible et ajuster les apports si nécessaire.

Par souci d’homogénéisation, il est préférable que le suivi de l’état corporel d’un cheval donné soit toujours effectué par la même personne.

Etape 2 : adapter l'alimentation en fonction de l’état corporel et du niveau d’activité du cheval

Pas de modification de l’activité physique, ni variation de l’état corporel

Si l’activité physique de votre cheval n’a pas été modifiée (travail léger, modéré voire soutenu pour ceux qui le peuvent encore…), que la NEC se situe entre 3 et 3,5 et que vous n’avez pas constaté de variation de poids, il n’y a pas de raison de modifier sa ration à ce jour.

Activité physique restreinte et/ou embonpoint

Si votre cheval fournissait un travail soutenu et que son activité est désormais restreinte (cheval au travail, cheval de sport), que sa NEC est supérieure à 3,5 et/ou son poids a augmenté, il faudra réduire les apports énergétiques exprimés en UFC (équivalence des calories chez l’humain). Comment ?

  • Privilégier l’apport de fourrages, sachant qu’il est recommandé d’apporter au cheval une quantité de foin quotidienne minimum comprise entre 1,5 et 2% de son poids vif (PV), soit 9 à 12 kg brut de foin/cheval/jour pour un cheval de 500kg. Ne jamais supprimer un repas de fourrage.
  • Limiter voire supprimer l’apport de compléments concentrés (céréales, granulés, floconnés…). Avec une baisse des apports en énergie, les chevaux seront aussi plus calmes lors des sorties en liberté et/ou des séances de travail, limitant les risques de blessures et les chutes. Remplacer par exemple le repas de concentrés du midi par un apport de fourrage supplémentaire. Le tout est d'éviter toute consommation excessive de paille, souvent observée en cas de régime ou changement alimentaire, risquant de favoriser l'apparition de coliques.
  • En revanche, ne pas négliger l’apport minéral et vitaminique. En effet, les teneurs en minéraux et vitamines des fourrages peuvent être plus faibles que celles contenues dans les concentrés du commerce.

Activité physique restreinte et/ou perte d’état

Si votre cheval, malgré une baisse du niveau de travail, a perdu de l’état (NEC ≤ 2,5 et/ou perte de poids), le problème est certainement autre qu’alimentaire : consulter un vétérinaire. Attention en tout cas à ne pas surcharger la ration en céréales (apport élevé d’amidon). Plutôt privilégier l’apport d’énergie avec des matières grasses (huile), à hauteur de maximum 5% des quantités de concentrés, pour maintenir les apports nutritionnels nécessaires en lien avec l’activité du cheval.

Mise à l’herbe ? Oui, mais de façon progressive et raisonnée

Lorsque l’on possède suffisamment de ressources en herbe, on pourrait penser que la solution la plus simple serait la mise au pré… Attention cependant, car l’herbe est très riche en cette saison printanière, notamment en sucres (fructanes).

  • Ce type de régime alimentaire est donc à éviter pour les chevaux en surpoids, au risque de favoriser l’apparition de troubles métaboliques (fourbure, coliques…). Pour ces chevaux, préférez des parcelles « dénudées » avec peu d’offre en herbe et un complément en fourrages secs plutôt fibreux. Veillez à bien vérifier les clôtures, surtout si les chevaux sont stationnés à proximité de prairies plus verdoyantes…
  • Pour les autres chevaux, une mise au vert progressive (quelques heures les premiers jours, avec une période de transition d’au moins une semaine) peut être envisagée.

Ainsi, le travail du personnel de la structure (distribution de fourrages/concentrés, curage, sorties quotidiennes…) peut être allégé sans pour autant empêcher la poursuite de l’exercice des chevaux. Le bien-être des animaux n’en sera qu’amélioré ! Mais il faudra toutefois surveiller le troupeau au quotidien (absence de boiterie, blessures, accès à l’eau, état des clôtures…) et déferrer les postérieurs des chevaux qui seront sortis en groupe (notamment ceux qui n’ont pas l’habitude d’être ensemble) pour limiter les accidents.

Pour les chevaux d’élevage (poulinières, jeunes chevaux en croissance…) ou à l’entretien, souvent hébergés en pâture, pas de différence de régime. Cette crise n’engendre pas de modification majeure au niveau de leur rythme de vie. Chez les chevaux d’élevage, simplement veiller à un apport protéique, minéral et vitaminé qui couvre les besoins en fonction du stade physiologique, en complémentant éventuellement avec un aliment de gamme élevage.

Etape 3 : se (ré)organiser au niveau pratique durant la période de confinement

Respecter la distanciation sociale au maximum et les gestes barrières

femme donnant du foin à un chevalPour des raisons sanitaires, l’accès aux écuries est généralement limité au personnel, parfois même en effectif réduit.

Mais que ce soit pour l’alimentation ou les autres activités relatives à la gestion des équidés en cette période de crise sanitaire, cela n’exclut pas d’appliquer rigoureusement les gestes barrières et de mettre en place des mesures préventives pour protéger la santé de tous :

  • Affecter un matériel propre à chaque employé et, le cas échéant, nettoyer et désinfecter régulièrement le matériel utilisé en commun (poignées de porte, de brouette, de mesure à granulés, manche de la fourche…).
  • Affecter un lot de chevaux à chaque membre du personnel.

Rythme de travail bouleversé : vigilance accrue !

Si une distribution de compléments est nécessaire et qu’elle est assurée par le personnel, il faut être clair sur les consignes concernant la fréquence et la dose de concentrés/repas. Cette situation inédite bouleverse souvent les habitudes de chacun ainsi que le rythme de travail. Le but est d’éviter tout oubli ou, à l’inverse, tout excès dans les apports lors des roulements de personnel. Le responsable d’écurie peut éventuellement préparer les rations de la journée en avance pour simplifier la distribution. Le maître mot est l’organisation. Au-delà de la distribution de concentrés, il faut rester vigilant sur la propreté de l’eau et des abreuvoirs, car un cheval au box boit en moyenne 50 L par jour !

Fractionner les repas et ralentir l’ingestion au maximum : plus que jamais !

Concernant la distribution du fourrage, il faudra fractionner au maximum pour réduire les périodes de jeûne à moins de 6h, surtout si votre cheval séjourne longtemps au box. Cela permettra de prévenir/limiter l’apparition de troubles digestifs et du comportement. On peut aussi opter pour un système d'alimentation avec du fourrage à volonté tout en ralentissant l'ingestion par des systèmes slowfeeders, c’est-à-dire des dispositifs munis de grilles/filets à petites mailles.

Lorsque la ration est fractionnée, il faut prévoir une ration de fourrage plus importante le soir pour occuper le cheval une partie de la nuit.

Gestion des stocks en herbe et récolte des fourrages

La mise au pré anticipée de chevaux (non prévus dans le planning de pâturage habituel) peut réduire considérablement les stocks en herbe attendus pour la récolte des fourrages. Il est indispensable de réaliser un bilan fourrager pour appréhender les consommations de fourrages secs ce printemps et cet été et prévoir dès à présent la préservation de certaines surfaces en herbe et/ou les besoins d’achat supplémentaires en fourrages.

Ne pas oublier…

FourrageLe cheval est un herbivore monogastrique qui valorise très bien les fourrages !

N’ayez pas mauvaise conscience à remplacer la (les) ration(s) de concentrés par des repas composés uniquement de fourrages, surtout si l’activité physique du cheval est réduite.

En savoir plus sur nos auteurs
  • Alexandre KEMPFER Formateur élevage - IFCE
  • Nelly GENOUX Ingénieur agronome - IFCE
  • Pauline DOLIGEZ Ingénieur de développement IFCE
  • Laetitia MARNAY-LE MASNE IFCE
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 29 05 2020
Cette fiche vous a-t-elle été utile ?