La bouche du cheval : une anatomie adaptée au régime d’herbivore

La bouche est le premier compartiment de l’appareil digestif du cheval. Elle assure quatre grandes fonctions : la préhension des aliments, la mastication, l’insalivation et la déglutition. C’est là que les aliments vont être préparés et prédigérés avant leur long voyage dans le reste du système digestif. Tout comme chez l’homme, la dentition du cheval va évoluer avec l’âge, mais aussi en fonction de son alimentation. Voyons d’un peu plus près les particularités anatomiques de la bouche du cheval en lien avec son régime alimentaire d’herbivore.

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par Nelly GENOUX - Laetitia MARNAY-LE MASNE - | 30.10.2019 |
Niveau de technicité :
Zoom sur la bouche d’un cheval en train de brouter
Sommaire

Des lèvres sensitives et mobiles pour le tri et la préhension des aliments

cheval qui trie et attrape ses aliments à l’aide de ses lèvresLe cheval est un brouteur sélectif. Ses lèvres sensitives et très mobiles lui permettent à la fois un tri minutieux et la préhension des aliments.

Du fait de la localisation de ses yeux, le cheval ne voit pas ce qui se trouve au bout de son nez. Tout comme ses yeux et ses naseaux, ses lèvres supérieure et inférieure sont donc équipées de longs poils tactiles, appelés vibrisses, qui lui sont indispensables pour se repérer dans l’espace.


Depuis 2019, le rasage des vibrisses pour des raisons esthétiques est interdit par la Fédération Française d’Equitation. Priver le cheval de ces organes sensoriels est considéré comme un acte allant à l’encontre de son bien-être.

Deux puissantes mâchoires pour la mastication

Mâchoires d'un chevalLe cheval est un herbivore monogastrique qui, à l’inverse des ruminants, ne peut pas mastiquer une seconde fois sa nourriture.

Pour être bien assimilés par l’organisme, les aliments doivent donc être correctement broyés dès leur entrée dans le système digestif. Pour cela, le cheval possède deux puissantes mâchoires adaptées à son régime alimentaire d’herbivore. En effectuant des mouvements circulaires sous la mâchoire supérieure fixe (appelée maxillaire), la mâchoire inférieure mobile (appelée mandibule) assure un broyage efficace des aliments, à la manière d’une meule. Maxillaire et mandibule sont reliés par l’articulation temporo-mandibulaire (ATM) et de puissants muscles masticatoires (voir schéma ci-après).

Le cheval est ainsi équipé pour mastiquer des matières fibreuses comme la cellulose, assez difficiles à dégrader. A titre d’exemple, un kilogramme de foin est ingéré en environ 40 minutes et nécessite entre 3000 et 3500 coups de mâchoire.

Des dents adaptées au pâturage ras

Vérification de l'état des gencivesDans la nature, le cheval passe environ 15 heures par jour à pâturer préférentiellement de la jeune herbe rase, plus riche, en mastiquant longuement chacune de ses bouchées. Bien adaptée à ce type de régime alimentaire, sa dentition se compose d’incisives tranchantes qui lui servent à couper l’herbe et de (pré)molaires développées pour broyer les aliments grossiers en fines particules.

La longueur des particules retrouvées dans les fèces reflète la longueur des particules retrouvées dans l’estomac après mastication. Ainsi, des dents saines sont nécessaires pour favoriser une mastication efficace, assurant la réduction des particules de fibres qui seront ensuite mieux dégradées par les enzymes et bactéries digestives.

Formule dentaire

De manière générale, les chevaux possèdent :

  • 12 incisives (4 pinces, 4 mitoyennes et 4 coins)
  • 12 prémolaires
  • Et 12 molaires

Cela correspond à 3 incisives (1 pince, 1 mitoyenne et 1 coin), 3 prémolaires et 3 molaires par demi-mâchoire supérieure/inférieure (voir schéma ci-dessous). Comme le cheval a en tout 4 demi-mâchoires, ces chiffres sont à multiplier par 4 pour obtenir le nombre total de dents. L’espace vide entre les incisives et les prémolaires s’appelle les « barres ». C’est ici que le mors est placé dans la bouche du cheval.

Schéma de la dentition du cheval


Les mâles et certaines juments dites « bréhaignes » ont cependant la particularité de posséder 4 canines (ou crochets) en supplément par rapport aux juments. En comptant le nombre de chaque type de dents sur chaque demi-mâchoire supérieure/inférieure, on distingue ainsi deux formules dentaires :

  • 3/3 I – 0/0 C – 3/3 PM – 3/3 M pour les juments
  • 3/3 I – 1/1 C – 3/3 PM – 3/3 M pour les mâles et les juments bréhaignes

Avec I = incisives | C = canines | PM = prémolaires | M = molaires

Les juments comptent donc un total de 36 dents, contre 40 dents chez les mâles et les juments bréhaignes.

Particularité : Entre l’âge de 6 mois et un an, une petite dent peut apparaître devant la première prémolaire : celle située sur le maxillaire porte le nom de « dent de loup » tandis que celle située sur la mandibule, plus rare, est appelée « dent de cochon ». Ces prémolaires vestigiales n’ont aucune utilité mais peuvent devenir gênantes voire douloureuses au contact du mors. Il est recommandé de les faire enlever par un dentiste équin à partir du moment où le cheval est mis au travail avec un mors.

Perte des dents de lait chez le jeune cheval

Éruption d'une dent au niveau de la mandibuleChez le poulain nouveau-né, la sortie des dents se fait de manière progressive dès la première semaine de vie. Tout comme chez l’Homme, il s’agit d’abord d’une dentition provisoire qui va se développer au cours des 8 premiers mois après la naissance. Pendant sa croissance, entre 1 et 5 ans, les dents lactéales (aussi appelées dents déciduales ou dents de lait) du jeune cheval vont progressivement tomber pour laisser place aux dents définitives. Le schéma ci-dessous synthétise la chronologie d’éruption des dents définitives.


Chronologie de la chute des dents de lait et éruption des dents définitives


Potentiellement douloureuse, parfois accompagnée de déformations ou de repousses anarchiques, la chute des dents déciduales peut être gênante voire handicapante pour le jeune cheval, notamment lors de la prise alimentaire ou au travail. Il arrive aussi que certaines dents de lait persistent, même après la pousse des dents définitives. Si c’est le cas, il faudra faire appel à un dentiste équin pour retirer la dent de lait persistante.

Source de fatigue, douleurs… la perte des dents de lait est un paramètre très important à prendre en compte chez le jeune cheval, car elle est souvent à l’origine d’une grande partie des défenses observées au travail (encensement, cheval qui prend la main…). Peuvent alors s’en suivre des réactions en chaîne dépassant les simples problèmes dentaires (détérioration de la locomotion, problèmes ostéo…). Une visite de contrôle par un dentiste équin avant le débourrage (à 18 mois pour les races de courses, vers 3 ans dans les autres disciplines) puis tous les 6 mois jusqu’à l’âge de 5-6 ans est fortement recommandée.

Une éruption des dents continue pour compenser l’usure de la table dentaire

Les dents du cheval sont hypsodontes : si la dent définitive se forme une fois pour toutes chez le jeune cheval, une éruption continue de 2 à 3 mm par an va se faire tout au long de la vie du cheval pour compenser l’usure de la table dentaire. Ainsi, l’arrachage d’une dent de jeune cheval est plus difficile que celle d’un vieux cheval. Du fait de cette éruption continue, l'évolution de la forme des dents permet d'estimer l'âge du cheval, notamment au niveau des incisives inférieures. Cette estimation devient cependant de moins en moins précise à mesure que le cheval vieillit.

Les chevaux qui tiquent à l'appui présentent une usure anormale des incisives.

Usure des dents chez le vieux cheval

Avec l’âge, la dentition du vieux cheval va s’altérer. Dents moins ancrées, table dentaire de plus en plus lisse, perte des crêtes en émail des molaires, formation de trous entre les molaires, perte des dents… sont autant de problèmes susceptibles de nuire à la bonne mastication des aliments, donc à leur bonne assimilation par l’organisme et par suite à l’état de santé général de l’animal. Il faut alors adapter la gestion de l’alimentation du vieux cheval.

La langue, muscle puissant aux diverses fonctions

Organe du goût et muscle puissant, la langue assure le tri et le déplacement des aliments dans la bouche pour permettre un broyage homogène par les dents. Elle joue aussi un rôle dans l’insalivation et la déglutition des aliments.

Une importante sécrétion de salive par les glandes salivaires

Trois principales paires de glandes salivaires sont présentes dans la cavité buccale du cheval :

  • Une paire de glandes parotides (les plus grosses) situées à l’arrière de la mâchoire, sous l’articulation temporo-mandibulaire
  • Une paire de glandes mandibulaires au niveau de la mâchoire inférieure
  • Et une paire de glandes sublinguales (sous la langue)

Une multitude de minuscules autres glandes salivaires sont réparties dans l’ensemble de la bouche du cheval. Le rôle de toutes ces glandes ? La sécrétion de salive, déclenchée par la mastication des aliments. Cette substance est constituée :

  • D’eau à 99,9%
  • D’ions (Cl+, K+, Na+, Ca2+…)
  • Et contient de l’α-amylase, une enzyme digestive servant à dégrader l’amidon, macromolécule présente majoritairement dans les céréales et autres concentrés.

Contrairement à l’Homme ou au porc qui sont omnivores et ont une concentration salivaire en α-amylase élevée (77,0 U/mL chez l’humain et 98 U/mL chez le porc), la concentration en α-amylase dans la salive du cheval est faible (0,44 U/mL). Et oui… le cheval est un herbivore, bien mieux équipé pour digérer les fibres d’(hémi)cellulose du foin que pour digérer l’amidon des concentrés !

La quantité de salive sécrétée dépend de la teneur en matière sèche de l’aliment et de la durée de mastication nécessaire, donc de la ration apportée au cheval : les concentrés nécessitent par exemple moins de mastication et d’insalivation que le foin. Observez bien votre cheval… vous remarquerez qu’il a tendance à mâcher longuement chaque bouchée de foin par rapport aux granulés et à saliver beaucoup plus au travail lorsqu’il a mangé du foin peu de temps avant la séance.

Mais à quoi sert la salive ? L’insalivation du bol alimentaire facilite la déglutition et amorce la digestion de l’amidon. La salive est également une substance à fort pouvoir tampon, qui permet de neutraliser l’acidité gastrique liée à la production continue d’acide chlorhydrique (HCl) dans l’estomac du cheval. Ainsi, la production journalière de salive est importante chez le cheval. On estime qu’un cheval de 500 kg produit entre 15 et 40 litres de salive par jour. Voilà pourquoi il est indispensable qu’il ait un accès permanent à de l’eau propre et fraîche à volonté.

Un voile du palais très développé pour la déglutition

Sorte de clapet assez prolongé vers l'arrière, le voile du palais s’ouvre au moment de la déglutition pour laisser passer le bol alimentaire arrivant de la bouche dans l’œsophage. Très développé chez le cheval, il empêche ce dernier de respirer par la bouche et interdit tout reflux vers la bouche des aliments déglutis. Le cheval ne peut donc pas vomir. En cas de fausse route, les aliments sont par conséquent renvoyés vers les fosses nasales, ce qui est parfois observé en cas de bouchon œsophagien.

Ce qu'il faut retenir

Des lèvres aux mâchoires, en passant par les dents, l’anatomie de la bouche du cheval est adaptée au pâturage d’herbe rase.

La dentition du cheval évolue avec l’âge : dentition provisoire, chute des dents de lait et éruption des dents définitives.

Les dents définitives ont une croissance prolongée qui compense l’usure de la table dentaire.

En savoir plus sur nos auteurs
  • Nelly GENOUX Ingénieur agronome - IFCE
  • Laetitia MARNAY-LE MASNE Ingénieur de développement IFCE
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 10 07 2020
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