Gestion de la jument reproductrice

Une bonne gestion des juments reproductrices est indispensable à la réussite d'un élevage. Elle conditionne notamment le succès de la fécondation. Cette fiche vous aidera à bien gérer chacune de vos juments.

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par Anne MARGAT - Bénédicte FERRY - | 07.08.2017 |
Niveau de technicité :
Gestion de la jument reproductrice
Sommaire

Activité ovarienne de la jument

La jument adulte présente une activité ovarienne cyclique saisonnière. La cyclicité se caractérise par la succession de périodes de chaleurs (oestrus) et de périodes de refus de l’étalon (dioestrus).

La durée du cycle ovarien de la jument, en moyenne de 21 jours, est très variable. Cette fluctuation est due à la variabilité de la durée des chaleurs (de 2 à 15 jours). Les principaux facteurs de cette variabilité sont la saison (l’œstrus est plus long en hiver et début de printemps, plus court en été) et les individus. La durée du dioestrus est beaucoup moins variable (de 13 à 18 jours).

Selon la saison, la jument peut présenter différents états physiologiques.

Les différents états physiologiques de la jument vide

L'inactivité ovarienne

L’inactivité ovarienne se définit par une absence d’ovulation. Les ovaires sont au repos. Cet état est dû au raccourcissement de la durée du jour. La saison anovulatoire débute en général en octobre et dure jusqu’aux mois d’avril-mai.

Un moyen simple d’y remédier est l’éclairage artificiel des juments. Le traitement de photostimulation doit débuter 70 jours avant la mise à la reproduction et doit durer 35 jours. La jument doit recevoir une durée d’éclairement quotidienne de 14h30.

La cyclicité

Pendant la phase folliculaire, le follicule dominant en croissance secrète des oestrogènes responsables du comportement de chaleurs.

Après l’ovulation, le follicule est remplacé par le corps jaune qui sécrète de la progestérone. Cette hormone est responsable du comportement de refus de l’étalon.

Cycle de la jument12 à 13 jours après l’ovulation, en absence de fécondation et donc de signal embryonnaire, une décharge de prostaglandine est effectuée par l’utérus. La prostaglandine entraîne la destruction du corps jaune (efficace si le corps jaune a plus de 5 jours). Une nouvelle chaleur peut alors redémarrer.


Dans la majorité des cas, l’ovulation survient pendant les chaleurs, au cours des deux derniers jours.

Le corps jaune persistant

Sur une jument vide, après une ovulation normale, il arrive que le corps jaune se mette en place mais ne soit pas détruit au bout de 12-13 jours. Cet état survient à partir du mois de mai et peut durer jusqu’à 80 jours. A cause de ce corps jaune, la jument ne revient pas en chaleurs. Une injection de prostaglandine (1mL en intramusculaire, effectuée par un vétérinaire) constitue un remède efficace.

Les prostaglandines font avorter les juments en début de gestation.

Récapitulatif des différents états physiologiques de la jument vide
Etat physiologiqueInactivité ovarienneCyclicitéCorps jaune persistant
Période de l’annéeD’octobre à avrilD’avril à octobreDe mai-juin à septembre
Caractéristiques comportementalesChaleurs possibles, périodes de refus irrégulièresAlternance de périodes de chaleurs et de périodes de refusPas de chaleurs
Caractéristiques physiologiques 
  • Pas d’ovulation
  • Ovaires au repos
  • Croissances folliculaires possibles dans les périodes de transition
 
 
  • Alternance croissance folliculaire aboutissant à l’ovulation / phase lutéale (corps jaune)
  • Seul état où la jument est fécondable
 
 
  • Corps jaune fonctionnel
  • Peut durer jusqu’à 3 mois
 

 

Suivi de la jument reproductrice pendant la saison de reproduction

En début de saison, la jument est passée à la barre de soufflage 2 fois par semaine, puis tous les 2 jours dès le début des chaleurs. Elle doit être saillie ou inséminée tous les 2 jours jusqu'à l'ovulation ou le refus constaté à la barre.

En cas d'utilisation de semence d'étalon subfertile ou de semence congelée, un protocole de suivi et d'inséminations quotidiennes jusqu'à l'ovulation est préconisé (avec constatation de l'ovulation à l'échographie par un vétérinaire).

Si la jument pouline, le passage à la barre (de soufflage) est effectué tous les 2 jours dès le 5ème jour après le poulinage. Cette chaleur (appelée chaleur de lait ou chaleur de poulinage) est plus courte que les autres et peut être moins fertile.

Compte-tenu des durées de survie des spermatozoïdes dans les voies génitales de la jument (24 à 48 heures voire davantage) et de l'ovocyte après ovulation (moins de 10 heures), les saillies ou inséminations doivent avoir lieu avant l'ovulation. Elles sont stoppées dès que cette dernière est constatée ou, à défaut, dès le refus à la barre constaté.


Cas particulier des inséminations avec du sperme congelé

Afin de limiter le nombre de doses utilisées, les inséminations avec du sperme congelé débutent quand la jument est en chaleurs, dès que le plus gros follicule en croissance dépasse la dimension de 35mm (observé et suivi à l'échographie par le vétérinaire). Elles sont effectuées tous les jours jusqu’à l’ovulation constatée.

La méthode classique d'insémination avec du sperme congelé utilise 8 paillettes (de 0,5mL chacune et contenant 50 millions de spermatozoïdes) à chaque insémination, soit une insémination tous les jours avec 400 millions de spermatozoïdes.

Une induction d’ovulation est effectuée par le vétérinaire. Il utilise généralement l'hCG (hormone extraite de l’urine de femme enceinte), à raison de 1 500 UI en intraveineuse. Cette injection s'effectue lorsque le plus gros follicule en croissance dépasse la dimension de 35mm. L’ovulation survient en moyenne 36 heures après l’induction dans 75% des cas.

L'induction d'ovulation peut également être utilisée avec les autres techniques afin de limiter le nombre de saillies ou d'IA sur la chaleur.

Depuis plusieurs années, le nombre de paillettes par jument est considérablement limité et variable selon les vendeurs de semence (bien souvent moins de 10 paillettes). Ceci rend impossible l'application du protocole précédent. Dans ce cas, le vétérinaire effectue une insémination profonde post-ovulation afin d'inséminer la jument le plus proche possible de cette ovulation. Le suivi par échographie est alors effectué plusieurs fois par jour (4 fois, soit toutes les 6 heures).

Lorsque l'on choisit un reproducteur pour sa jument, il est essentiel de se renseigner au préalable sur la technique de monte disponible pour cet étalon.

Diagnostic de gestation

Quel que soit le type de monte, 13 à 14 jours après la date d’ovulation ou le refus constaté, la jument est repassée à la barre de soufflage.

  • Si elle ne revient pas en chaleurs, un constat de gestation par échographie doit être réalisé par un vétérinaire pour confirmer la gestation.
  • Si le passage à la barre n'est pas possible, l'examen à l'échographie est indispensable pour savoir si elle est pleine.

Aussi, l’échographie permet d’effectuer un constat précoce de gestation et de mettre en évidence des éventuels jumeaux, indésirables chez la jument.

Utilisation du constat de gestation par échographie

Si la jument est diagnostiquée pleine à l'échographie à 14 jours, une confirmation de gestation est indispensable entre le 30ème et le 35ème jour de gestation. Ceci permet de vérifier :           

  • Qu'il ne s'agit pas d'une gestation gémellaire. Les jumeaux ne sont pas forcément visibles tous les 2 au 1er examen.
  • Qu'elle n'a pas « coulé » (terme utilisé lorsque la jument avorte en tout début de gestation). En effet, c'est au cours du premier mois de gestation que les pertes ou résorptions embryonnaires sont les plus fréquentes et passent inaperçues.

Si la jument est vide, la chaleur retour (suivante) pourra être utilisée.

Récapitulatif du suivi de la jument au cours d'un cycle exploité

suivi de la jument reproductricesuivi de la jument reproductrice avec sperme subfertile


Si la jument ne présente pas de comportements de chaleurs pendant 3 semaines : la faire examiner par votre vétérinaire. Elle peut :
► Être pleine (de l’année précédente ou de l’année en cours)
► Être en inactivité ovarienne
► Être en corps jaune persistant
► Mais aussi avoir des chaleurs silencieuses : croissances folliculaires et ovulations normales mais pas de comportement de chaleurs

En savoir plus sur nos auteurs
  • Anne MARGAT Formatrice IFCE
  • Bénédicte FERRY Docteur vétérinaire - ingénieur de développement IFCE
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 06 08 2020
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