Transmission de maladies lors de la reproduction des équidés

Certaines maladies transmises par voie sexuelle peuvent avoir un coût économique non négligeable et priver un étalon ou une jument d’une ou plusieurs saisons de reproduction. Il est primordial, en amont de la saison de reproduction, de connaître ces maladies et les obligations sanitaires associées afin de prévenir au mieux leur transmission.

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par Bénédicte FERRY - Marie DELERUE - Cathy MENARD - | 26.06.2020 |
Niveau de technicité :
Etalon cob normand
Sommaire

Quelles sont les maladies sexuellement transmissibles chez les équidés ?

Maladies bactériennes

Métrite contagieuse équine

La métrite contagieuse équine, due à la bactérie Taylorella equigenitalis se transmet par voie sexuelle aussi bien par monte naturelle que par insémination artificielle. Il s’agit d’une maladie réglementée (danger sanitaire de catégorie 2) responsable d’échecs de gestation et de métrites purulentes (infections de l’utérus) chez la jument. L’étalon, bien qu’asymptomatique, peut rester, sans traitement, porteur de la bactérie pendant plusieurs mois. La maladie circule actuellement en France : quelques foyers sont détectés chaque année.

Le dépistage se fait par écouvillonnage des muqueuses génitales sur des sites spécifiques : principalement la fosse urétrale des étalons et les sinus et/ou fosse clitoridiens des juments.

Trois techniques de dépistage sont autorisés en France :

  • Par recherche directe de la bactérie :
    • Par immuno-fluorescence (IF) : attention cette technique n’est pas autorisée dans les autres états membres de l’UE.
    • Par culture de la bactérie.
  • Par recherche du génome de la bactérie par la technique PCR (Polymerase Chain Reaction).
Autres maladies bactériennes

Les bactéries Pseudomonas aeruginosa  et Klebsiella pneumoniae (uniquement de type capsulaire 1, 2 et 5) se transmettent par voie sexuelle et peuvent être responsables de métrites. Depuis 2014, les stud-books PS et AQPS imposent ces dépistages aux étalons et aux juments.

Maladies virales

Artérite virale équine

L’artérite virale équine, due à un virus, se transmet par voie sexuelle aussi bien par monte naturelle que par insémination artificielle, mais également par voie respiratoire. Il s’agit d’une maladie réglementée (danger sanitaire de catégorie 2) responsable de signes cliniques respiratoires mais aussi d’avortements. Certains étalons restent porteurs du virus dans leur semence toute leur vie, sans pour autant présenter de signes cliniques, et peuvent transmettre la maladie à un grand nombre de juments. La maladie circule actuellement en France : quelques foyers sont détectés chaque année.

Le dépistage se fait :

  • Par sérologie (recherche des anticorps) : séroneutralisation (seule technique sérologique autorisée en France) ou test Elisa par l’intermédiaire d’un prélèvement sanguin.
  • Par isolement du virus ou recherche de son génome par PCR sur un prélèvement de sperme.

Certains étalons peuvent également être vaccinés contre cette maladie et ainsi être dispensés de dépistages annuels.

Anémie infectieuse équine

L’anémie infectieuse équine est une maladie virale se transmettant principalement par des insectes, mais qui pourrait aussi être transmise par voie sexuelle. Il s’agit d’une maladie réglementée (danger sanitaire de catégorie 1). Elle se manifeste par des signes cliniques peu spécifiques (hyperthermie, amaigrissement, œdèmes des membres, du ventre…) et est mortelle chez les équidés à plus ou moins longue échéance.

La seule technique autorisée en France pour le dépistage est un test sérologique d’immuno-diffusion sur gélose ou « test de Coggins ». Des foyers sont régulièrement déclarés en France.

Exanthème coïtal

L’exanthème coïtal est une maladie virale très contagieuse due à un herpèsvirus et transmise par voie sexuelle. Il provoque des lésions dermatologiques sur les muqueuses génitales. Ce n’est pas une maladie réglementée en France. Cinq suspicions ont été déclarées au RESPE en 2019, dans quatre foyers.

Maladies parasitaires

Dourine

La dourine est une maladie sexuellement transmissible réglementée (danger sanitaire de catégorie 1). Elle est mortelle chez le cheval, mais aucun cas n’a été détecté en France depuis les années 50. Une épidémie de dourine est survenue en Italie en 2011. Depuis, les stud-books PS et AQPS imposent à leurs étalons des tests de dépistage de la dourine s’ils ont résidé dans les 12 derniers mois dans un pays non indemne.

Autres maladies d’intérêt lors de la reproduction

La grippe équine et la rhinopneumonie sont deux maladies très contagieuses qui se transmettent par voie respiratoire. Pour éviter la transmission entre étalons et entre étalons et juments, la vaccination des reproducteurs est primordiale.

Un épisode d’hyperthermie chez un étalon peut être à l’origine d’une perte de fertilité pendant 2 mois. La rhinopneumonie est la première cause d’avortement chez la jument.

Quelles obligations sanitaires pour les reproducteurs ?

Les obligations sanitaires pour les étalons utilisés en insémination artificielle

Textes réglementaires

Lors d’insémination artificielle (IA), les étalons doivent respecter les exigences sanitaires prévues dans l’arrêté ministériel du 4 novembre 2010.

Si la semence est envoyée dans l’Union européenne, les exigences sanitaires sont supérieures et définies par la Directive 92/65/CEE du Conseil (Annexe D) modifiée par le RCE 176/2010 et le RCE 846/2014.

Pour l’export de semence dans un pays-tiers, les exigences varient en fonction du pays importateur et sont consultables sur le site Exp@don.

Maladies concernées

Concernant les marchés national et européen, les maladies ciblées sont l’anémie infectieuse, l’artérite virale et la métrite contagieuse pour les dépistages. Les vaccinations concernent la grippe équine et la rhinopneumonie.

Contrôle des exigences sanitaires

Les centres de collecte de semence, dans lesquels sont stationnés les étalons utilisés en IA, sont contrôlés par les DDPP (Direction Départementale de la Protection des Populations). Celles-ci attribuent les agréments sanitaires des centres de collecte et contrôlent la santé des étalons et la conformité des doses produites en cas d’échanges intra-communautaires ou d’export vers les pays-tiers.

Les obligations sanitaires pour les étalons utilisés en monte naturelle

Textes réglementaires

Concernant les étalons utilisés en monte naturelle, les exigences sanitaires varient selon le stud-book de l’étalon ou la race de production du poulain à naître et sont définies par les règlements de stud-book.

Maladies concernées

Les maladies recherchées peuvent être :  

Les vaccinations concernent la grippe équine et la rhinopneumonie.

Contrôle des exigences sanitaires

L’IFCE est chargé du contrôle de l’application des règlements des stud-books, et notamment les exigences sanitaires, pour l’attribution annuelle des cartes de saillie des étalons.

Les obligations sanitaires pour les juments reproductrices

La réglementation relative à l’insémination artificielle ne prévoit aucune obligation sanitaire et vaccinale pour les juments. Des exigences sont prévues par les règlements de stud-book pour :

  • Les juments pour lesquelles l’éleveur souhaite produire un poulain de race SF, AA, Arabe ou T.
  • Les juments saillies par des étalons de race PS et AQPS, quelle que soit la race de production du poulain à naître.

Le contrôle de la conformité sanitaire des juments PS et AQPS est réalisé par l’IFCE.

Les juments donneuses d’embryon ou d’ovocytes doivent respecter les exigences sanitaires prévues par la Directive 92/65/CEE du Conseil (Annexe D) et le Règlement d’exécution (UE) N°846/2014. Des dépistages vis-à-vis de l’anémie infectieuse et de la métrite contagieuse sont notamment exigés.

Protocoles volontaires

Des protocoles plus contraignants peuvent être appliqués par choix des étalonniers, par exemple :

  • Le protocole international issu du Common Code of Practice, accord entre la France, le Royaume Uni, l’Irlande, l’Allemagne et l’Italie, et que décident d’appliquer certains étalonniers en race PS et AQPS.
  • Le protocole volontaire destiné aux juments Arabes et AA de course est prévu dans le règlement de stud-book de la race.

Tout étalonnier est libre d’imposer des tests sur les juments qu’il accueille, en sus des règlements de stud-book, pour protéger ses étalons. Les étalonniers joignent alors les conditions sanitaires qu'ils appliquent aux juments au contrat de réservation de saillie.

Dépistages et vaccinations

Quand dépister et vacciner ?

Les étalons
  • Pour la recherche de l'anémie infectieuse, dans les trois mois précédant la première collecte/saillie lors de la première saison de monte de l'étalon, puis tous les trois ans avant le début de la saison de monte.
  • Pour les autres maladies : à partir du 1er décembre de l’année N-1.
  • Les étalons doivent être dépistés et vaccinés :
    • Avant toute saillie pour les étalons utilisés en monte naturelle
    • Avant l’entrée dans le centre de collecte pour les étalons utilisés en IA
Les juments
  • A partir du 1er janvier de l’année de saillie et toujours avant le premier saut.
  • Certains tests peuvent être réalisés sur des juments pleines avant le poulinage, comme la sérologie artérite et l’écouvillon pour la recherche de métrite sur le clitoris. En revanche, les écouvillons sur le col utérin ne seront réalisés qu’au retour des chaleurs. Si l’éleveur vise une naissance précoce, la chaleur de lait peut être utilisée.

Il est important d’anticiper afin que les reproducteurs soient conformes au moment de la saillie : penser au temps incompressible d’acheminement des échantillons vers le laboratoire et au temps d’analyse. Puis faire le compte à rebours en fonction de la date de saillie ou insémination souhaitée. De nombreux imprévus peuvent générer des contretemps :

  • Certaines techniques d’analyse prennent du temps : par exemple, la culture bactérienne pour la métrite contagieuse dure au minimum 7 jours.
  • Le laboratoire peut parfois rendre un résultat « ininterprétable » suite à un envahissement par des contaminants par exemple, ce qui impose de refaire le prélèvement.
  • Un dépistage sérologique positif de l’artérite virale nécessite parfois un 2ème test qui recule d’autant le résultat :
    • Recherche virologique pour les étalons
    • Second test sérologique au moins 14 jours après le 1er
  • 2% des tests métrite réalisés avec la méthode « immuno-fluorescence » sont positifs et nécessitent de faire un nouveau prélèvement et une nouvelle analyse par une autre méthode (culture bactérienne ou PCR).

A quelle fréquence ?

Les étalons

Pour les étalons utilisés en monte naturelle et les étalons en IA pour le marché national, un dépistage annuel est demandé.

A l’initiative de l’étalonnier, la fréquence des dépistages peut être augmentée chez les étalons à risque, notamment ceux qui rencontrent des équidés de statut inconnu vis-à-vis des maladies de la monte (par exemple : sorties en compétition, saillies en monte naturelle de juments non testées, structures mixtes).

Pour les étalons dont la semence est envoyée dans l’UE, la fréquence des tests est variable en fonction du risque sanitaire encouru par l’étalon (en particulier : sorties ou non du centre de collecte au cours de la saison de monte).

Les juments

Selon la réglementation, les juments sont également testées une fois par an. A la demande de l’étalonnier, des tests supplémentaires peuvent être exigés au cours de la saison de monte afin de protéger au mieux l’étalon. Cela est notamment très utile pour les juments en contact avec des étalons :

  • Soit de façon directe lors de saillie naturelle.
  • Soit de manière indirecte, via le personnel par exemple, dans une structure mixte hébergeant à la fois des juments et des étalons.

Exemple : Le Common Code of Practice exige un dépistage dans les 30 jours précédant la saillie chez les juments saillies par un étalon PS.

Qui réalise les prélèvements et les vaccinations ?

Seul un vétérinaire praticien peut réaliser les vaccinations sur les reproducteurs pour qu’elles soient valables. De plus, les maladies de la monte étant pour la plupart (à l’exception des métrites à K. pneumoniae et P. aeruginosa) des maladies réglementées, c’est le vétérinaire sanitaire de la structure qui doit réaliser les prélèvements.

Dans quel laboratoire envoyer le prélèvement ?

Les maladies de la monte étant réglementées, les prélèvements doivent être envoyés dans des laboratoires agréés pour les techniques autorisées pour chaque maladie.

Afin de faciliter l’instruction des dossiers et l’obtention des cartes de saillie pour un étalon, il est conseillé d’utiliser un laboratoire capable de transmettre directement les résultats d’analyse à la base SIRE par échange de données informatisées (EDI) : liste des laboratoires qualifiés EDI avec SIRE.

Ces données seront transmises au SIRE par le laboratoire si l’étalonnier utilise le formulaire de demande d’analyse monte IFCE. Des formulaires pré-remplis avec les données individuelles du cheval ainsi que des formulaires pour un lot d’équidés sont disponibles.

Des mesures sanitaires complémentaires

Concernant la monte naturelle, même si cela n’est pas rendu obligatoire par le stud-book, il est conseillé de réaliser au moins annuellement chez les étalons des dépistages de l’anémie infectieuse, la métrite contagieuse et l’artérite virale et de les vacciner contre la grippe et la rhinopneumonie.

Afin de limiter le risque de transmission de maladies lors de la monte, d’autres mesures, en sus de celles rendues obligatoires par les différents règlements peuvent être appliquées :

  • Surveillance clinique étroite et prise de température journalière des reproducteurs
  • Examen clinique de l’appareil génital avant la saillie
  • Augmentation de la fréquence des dépistages
  • Vaccination des étalons contre l’artérite virale
  • Dépistage et vaccination des juments

Ces mesures sont d’autant plus importantes chez les équidés à risque :

  • Reproducteurs utilisés en monte naturelle
  • Etalons utilisés en IA se déplaçant fréquemment hors du centre de reproduction
  • Reproducteurs hébergés dans des structures mixtes (centre de collecte et élevage par exemple)

Ce qu'il faut retenir

• Certaines maladies sont transmissibles par voie sexuelle aussi bien en monte naturelle qu’en IA.

• Les étalons utilisés en IA sont soumis à des exigences sanitaires de portée nationale.

• Pour les juments et les étalons en monte naturelle, ce sont les stud-books qui fixent les règles sanitaires.

• Chaque étalonnier a la possibilité d’exiger des tests supplémentaires pour protéger son étalon.

En savoir plus sur nos auteurs
  • Bénédicte FERRY Docteur vétérinaire - ingénieur de développement IFCE
  • Marie DELERUE Docteur vétérinaire - ingénieur de développement IFCE
  • Cathy MENARD Ingénieur de développement IFCE
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 06 08 2020
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