Travailler le dos du cheval dans le bon sens

Au-delà de porter le poids du cavalier, le dos du cheval est un véritable « pont » qui permet la transmission du mouvement de l’arrière vers l’avant-main. C’est grâce à lui que tout se met à fonctionner… ou à bloquer !  Un travail dans le respect du dos de sa monture devrait donc être la priorité de tout cavalier. Mais comment faire pour travailler dans le bon sens ?

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par Nicolas SANSON - Nelly GENOUX - | 29.10.2018 |
Niveau de technicité :
travailler le dos du cheval dans le bon sens
Sommaire

Le dos du cheval, comment ça fonctionne ?

La colonne vertébrale (rachis) du cheval est composée de :

  • 7 vertèbres cervicales ;
  • 18 vertèbres dorsales/thoraciques ;
  • 6 vertèbres lombaires ;
  • 5 vertèbres sacrées ;
  • Et 15 à 21 vertèbres coccygiennes/caudales.

L’ensemble des vertèbres sont reliées entre elles via des disques intervertébraux, des articulations, des ligaments et des muscles.

Les 9-10 premières vertèbres thoraciques, formant la base anatomique du garrot, ont la particularité d’avoir de très longs processus épineux. Une caractéristique anatomique importante à prendre en considération en équitation… mais pourquoi ?

encolure relevée et dos creuséLe cheval souffre probablement du dos depuis l’époque où l’homme est monté dessus. Tout le poids du cavalier est supporté par sa colonne vertébrale. Lorsqu’un cavalier se pose sur son dos, vous aurez observé qu’un cheval peu habitué à être monté (poulain au débourrage) ou habitué à être mal monté a tendance à remonter son encolure tout en creusant son dos. Or, en se relevant, l’encolure a pour effet de détendre les ligaments nuchal et supra-épineux qui relient les processus épineux entre eux (extension cervico-thoracique). Résultat : les processus épineux convergent et leurs extrémités (les apophyses épineuses) viennent se frotter les unes contre les autres. Les déformations de l’axe vertébral sont la cause de fragilités, de douleurs et/ou de problèmes divers. A l’usure, si le cheval continue d’être travaillé dans ce sens, ces déformations entraînent immanquablement des réactions en chaîne qui dépassent quelquefois les pathologies dorsales (certains syndromes naviculaires, problèmes de propulsion, problèmes digestifs…).

Extension du dosA l’inverse, lors d’un travail en liberté bien mené, on constate que tout cheval atteint plus ou moins vite un état de décontraction naturel, dans lequel il réalise de fréquentes descentes d’encolure, mâchonne, bouge la langue dans sa bouche et salive. Notez que les critères de décontraction observés au niveau de la bouche ne sont pas le fruit d’une action de la main ou du mors ; ils sont la conséquence d’un état de décontraction général obtenu par le réchauffement musculaire et la liberté de mouvement. A partir de ce moment, le cheval se déplace avec aisance, et ce, quelle que soit sa conformation, parce que le mouvement dans la décontraction entraîne cette locomotion harmonieuse de manière naturelle. Sa colonne vertébrale est étirée et alignée. En s’abaissant, l’encolure va en effet tendre les ligaments nuchal et supra-épineux (flexion cervico-thoracique) et ainsi permettre aux processus épineux de s’écarter, libérant les apophyses de tout frottement. Le cheval se déplace alors en se servant de son dos et en le préservant.

L’art de l’équitation consiste donc à apprendre au cheval à supporter le poids du cavalier en tendant sa ligne du dessus, et non pas à le subir en creusant le dos. Le retour à un alignement correct de la colonne vertébrale est la seule façon de redonner son efficacité optimale au corps entier de votre cheval. Pour cela, prenez le temps de l’observer en mouvement, en liberté ou à la longe, avant de monter dessus… et de comprendre son fonctionnement ! Par la suite, c’est cette attitude naturelle et décontractée, décrite ci-dessus, que vous devrez chercher à retrouver dans le travail monté. Voyons comment s’y prendre.

Objectifs

Pour le cavalier

travailler le dos de son cheval dans le bon sens plan fédéral

 

Etape 1 : étirez le dos de votre cheval sans contact permanent avec la bouche

Recherchez une attitude proche de l’état naturel de décontraction en liberté.

Et si notre fameuse « détente » ne signifiait pas simplement étirer le cheval lors de son échauffement musculaire ?

Consignes

Privilégiez le réchauffement musculaire et l’obéissance aux aides les plus simples et les plus compréhensibles. Votre cheval apprendra à se déplacer sous votre selle sans les interventions permanentes et intempestives de vos mains.

  • Tenez vos rênes tendues, mais avec le moins de contact possible, en conservant vos mains toujours légèrement au-dessus de la bouche ;
  • Laissez votre cheval mettre sa tête où il veut ;
  • Pour équilibrer, tourner, ralentir ou arrêter, agissez avec vos mains, puis cédez complètement sur des rênes flottantes pour autoriser l’étirement maximum de votre cheval ;
  • Dès que votre cheval amorce un étirement, caressez-le, montrez-lui que vous êtes satisfait ;
  • Une fois les mouvements d’étirement bien amorcés, demandez à votre cheval d’augmenter sa vitesse (sans déséquilibre) et son activité vers des allures moyennes, voire allongées. Vous obtiendrez une véritable tension de la ligne du dessus, c’est-à-dire un cheval qui se déplace avec son dos.

Pratiquez cet exercice d’abord au pas et au trot, puis au galop, surtout avec les chevaux chauds. Vous retrouverez à l’issue de ce travail (c’est une question de temps) un cheval qui salive et décontracte sa mâchoire naturellement, et ce, sans l’intervention directe de votre main. Vous avez libéré votre cheval de la contrainte de votre main. Vous vous déplacerez à des allures qui auront gagné en régularité, en amplitude et en activité.

Nombre de chevaux n’ont jamais pu se déplacer dans des allures suffisamment vives pour s’exprimer totalement sous le cavalier. La principale conséquence est qu’ils perdent la qualité de leur locomotion naturelle.

Critères de réussite et observables de l’enseignant

• Encolure étirée vers l’avant et vers le bas
• Ligne du dessus tendue, mais dans le relâchement musculaire (≠ contraction)
• Bouche décontractée (salivation, mâchonnements) et cheval stable sur la main
• Allure souple, déliée et cadencée, avec une amplitude suffisante
• Possibilité de demander des variations d’amplitude sans perte d’activité, ni accélération
• Eventuels mouvements de queue sur le côté, en rythme avec l’allure

Etape 2 : étirez le dos de votre cheval avec un contact permanent sur la bouche

Recherchez la « rondeur » en plus.

Le contact est indispensable au bien-être du cheval monté. Il est trop souvent oublié alors que les anciens en faisaient un principe de base dans leur équitation. La main agit toujours légèrement au-dessus de la bouche, voire juste au même niveau, mais jamais en-dessous. Une main sous la bouche ne peut en effet accompagner de manière instantanée la cession du cheval ; elle va soit contraindre le cheval en lui plaquant la tête sur l’encolure, soit le figer en le laissant contre la main.

Consignes

Voici 4 exercices qui vont vous aider à continuer d’étirer le dos de votre cheval, en ajoutant de la rondeur grâce à la permanence du contact. Ces exercices n’ont pas de hiérarchie particulière, pratiquez-les, répétez-les, jusqu’à vous approprier ceux qui « marchent » le mieux pour vous et votre monture.

Tenez vos rênes à la française

Faites passer les rênes de filet par le haut de la main, c’est-à-dire entre le pouce et l’index, pour ressortir vers le bas en direction du petit doigt. Cette tenue particulière a l’avantage de supprimer la cassure possible de vos poignets, et ainsi d’obtenir plus facilement une ligne directe de la bouche de votre cheval à vos coudes.

Ecartez vos mains exagérément

Ecartez vos mains de 50-60cm l’une de l’autre. Cela vous aidera à conserver un contact franc et sans heurt avec la bouche de votre cheval. Vous faciliterez également la recherche de rectitude, c’est-à-dire celle d’un cheval le plus droit possible de la queue aux oreilles. Vous le sentirez s’orienter plus facilement vers l’avant et vers le bas.

Peignez vos rênes

Peignez vos rênes lentement et sans à-coups en les séparant par un ou plusieurs doigts. Pour cela, prenez les deux rênes dans une main à la boucle et mettez l’autre le plus près possible de la bouche de votre cheval ; votre bras est alors déplié au maximum. Faites ensuite glisser votre main le long des rênes jusqu’à la boucle en pliant votre coude. Réalisez la même opération avec l’autre main. Cet exercice peut être exécuté aux trois allures. Le mouvement de vos mains favorisera la permanence et le moelleux du contact et incitera votre cheval à s’étirer en abaissant son encolure.

Montez avec une seule rêne

Prenez votre rêne intérieure en abandonnant complètement votre rêne extérieure. Cet exercice va améliorer la qualité de votre contact. Pour cela, vous devez oser prendre un contact franc avec la bouche du cheval. Au bout de quelques minutes (surtout au galop), vous allez sentir votre cheval s’étirer en se posant délicatement sur votre main. Vous devez alors avoir l’impression que votre main « appartient à sa bouche ». Si votre cheval est contrôlable sur cette rêne unique, vous ressentirez ce qu’est la tension, c’est-à-dire la poussée des postérieurs transmise au bout de devant par l’épine dorsale, notamment grâce à l’engagement du postérieur interne. Si votre cheval se couche sur le cercle et refuse d’aller droit, repartez sur des petits cercles concentriques jusqu’à sentir la possibilité de marcher large. Vérifiez que vous cédez suffisamment et que votre cheval reste devant vos jambes.

Critères de réussite et observables de l’enseignant

Les critères de réussite et/ou observables de l’enseignant sont les mêmes que ceux de l’étape 1, auxquels il faut simplement ajouter la « rondeur ».

La tête du cheval doit être positionnée à la verticale ou légèrement en avant de la verticale. Un cheval rond avec la tête en arrière de la verticale (plaqué ou encapuchonné) n’engagera pas le postérieur, donc ne se servira pas de son dos.

Problèmes rencontrés et solutions

Malgré cela, mon cheval reste figé sans se descendre ou n’est pas stable sur la main…

Vérifiez simplement que vous n’êtes pas en permanence agrippé à sa bouche. Le fonctionnement juste et la rondeur viennent du mouvement en avant, engagé par l’arrière-main et transmis au bout de devant via la ligne du dessus. Autrement dit, tout vient de l’engagement du postérieur sous la masse, pas de l’action des mains ! Inutile, donc, de se focaliser sur les rênes et sur l’avant-main pour chercher à mettre le cheval « en place ». La rondeur ne doit pas être un objectif en soi, c’est le résultat d’un travail juste réalisé dans la souplesse et la décontraction.

Les attitudes d’étirement peuvent être considérées comme une base à toute technique plus savante pour pratiquer une équitation de « l’arrière vers l’avant ». Indispensables lors de la détente, elles peuvent être redemandées régulièrement dans une séance et en fin de travail pour permettre au cheval de retrouver confort et justesse dans le fonctionnement de son dos. Vous devez avoir recours à un travail de répétition dans le temps pour développer ces nouveaux comportements. S’il n’est pas éduqué, votre cheval ne s’orientera pas en une seule séance. Vous aussi, en fonction de votre expérience, vous aurez besoin de plus ou moins de répétitions pour affiner votre emploi des aides. Soyez patient !

C’est par un travail régulier d’étirement que vous aiderez votre cheval à préserver son dos et l’aisance de ses mouvements.

En savoir plus sur nos auteurs
  • Nicolas SANSON Ecuyer du Cadre noir de Saumur et responsable du département pédagogique - Ifce
  • Nelly GENOUX Ingénieur agronome - Ifce
Bibliographie
  • BOULOCHER C., 2012. Connaître les bases de biomécanique du dos du cheval. Le segment thoraco-lombaire. Le Nouveau Praticien Vétérinaire Equine, n°28, pages 11-14.
  • BOULOCHER C., 2012. Connaître les points-clés de l’anatomie du dos du cheval pour comprendre les dorsalgies. Le Nouveau Praticien Vétérinaire Equine, n°28, pages 15-20.
  • DENOIX J.M. et PAILLOUX J.P., 1997. Approche de la kinésithérapie du cheval. Editions Maloine, Paris, 197 pages.
  • PRADIER P. et SAUTEL M.O., 2012. Biomécanique du cheval, ostéopathie et rééducation équestre. Editions Vigot, Paris, 127 pages.
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 20 10 2019
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