Le débourrage à l'attelage

Le débourrage à l'attelage est une étape décisive dans la carrière d'un cheval attelé. Elle nécessite des moyens humains et matériels importants, et une méthode de travail précise. Il existe différentes méthodes, celle que nous aborderons ici est issue de la synthèse des pratiques réalisée lors d'une étude en interne auprès des formateurs et meneurs Ifce pratiquant le débourrage. En effet, le débourrage à l'attelage est un savoir faire reconnu des Haras nationaux.

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par Louis BASTY - Juliette MOS - | 15.10.2019 |
Niveau de technicité :
Attelage en paire en ville
Sommaire

Le débourrage à l'attelage : pour quel équidé ?

Tout cheval, poney ou âne peut être attelé. S'il n'est pas indispensable qu'il soit préalablement débourré à la selle, il faut avant tout s'assurer que l'équidé soit en mesure d'aborder cette étape de travail : état sanitaire et corporel satisfaisant, pieds en bon état...

Pour le jeune cheval, il convient de s'assurer que l'équidé a quasiment achevé sa croissance avant de lui proposer un travail de traction. L'intensité du travail est raisonnée en fonction du stade de croissance du jeune cheval.

Le matériel, les infrastructures

Le harnais

S'il est d'usage de ne pas utiliser le matériel le plus luxueux pour le débourrage, il est particulièrement important que le harnais et la bride soient en bon état et de taille adaptée. Cela évitera toute blessure due au frottement et tout inconfort, qui laisseraient au cheval de mauvais souvenirs ou provoqueraient des mouvements de défense.

Les œillères

Bride d'attelage avec oeillères pleinesElle peuvent être pleines ou réduites de moitié.

Elles ne sont pas obligatoires, leur utilisation est laissée à l’appréciation du meneur. Elles peuvent être mises en place dès le travail à pied pour clarifier les codes. Une fois chaque apprentissage acquis, leur utilisation dans un second temps permet de réduire le champ de vision du cheval qui se concentrera d’avantage sur les instructions du meneur.


L’embouchure

Privilégier une embouchure simple, la plus douce possible pour le cheval. Avec un mors de type abaisseur, il convient de l’utiliser en position neutre (au banquet), et au besoin utiliser les passes du mors et une gourmette.

La voiture

Il faut considérer la taille de l'équidé à débourrer pour choisir la voiture adéquate. Le poids de l'équipage complet (voiture, meneur et équipier) ne doit pas dépasser le double du poids de l'équidé. La voiture doit être en bon état de fonctionnement, munie de freins.

Les infrastructures

L'idéal, pour débuter chaque étape du débourrage, est de disposer d'une aire de travail fermée, si possible sans vue sur l'extérieur. A chaque étape, on proposera successivement l’exercice dans des environnements progressivement plus ouverts.

L'équipe de débourrage et ses compétences

Il est primordial de ne pas s'improviser sur une telle pratique, tant elle peut être accidentogène !

Le meneur

Le débourrage à l'attelage nécessite une grande expérience de la discipline, conjuguée à une grande expérience des jeunes chevaux et des techniques d'apprentissage. Il n'existe pas de formation spécifique dans les circuits  professionnels existants : ce savoir-faire se transmet entre professionnels.

L'équipier

Pour la plupart des étapes de débourrage, le meneur aura besoin d'un équipier :

  • Il est chargé de tenir le cheval lors des étapes statiques ou au démarrage d’un nouvel apprentissage.
  • Il aide le cheval à la marche en avant.
  • Une fois l’action enclenchée, il sort du champ de vision du cheval.

Celui-ci doit être parfaitement informé de son rôle et suit les indications du meneur. Il doit avoir une bonne connaissance du comportement équin et savoir agir dans le calme et en toute sécurité.

Le débourrage à l'attelage : principes généraux

Le débourrage à l'attelage est constitué d'une succession d'étapes qui consistent à donner tous les codes avant toute mise en traction. La mise en traction et la mise à la voiture ne peuvent être abordées que si le meneur et son équipier ont mis en place les apprentissages préalables à pied.

La pratique du débourrage attelé peut être particulièrement accidentogène. Le respect de la progression du cheval dans ses apprentissages est la première mesure de sécurité à retenir !

Le temps nécessaire à la réalisation du débourrage est variable selon les individus.

En moyenne, il faut compter un mois de travail à raison de 5 à 6 séances par semaine. En début de débourrage, les séances n'excèdent pas 30 minutes, jusqu'à 45 minutes en fin.

li est nécessaire de consacrer au moins 2 semaines à la réalisation des 3 premières étapes, avant toute mise en traction.


Habituation puis généralisation

Le même principe méthodologique s'applique aux différentes étapes du débourrage : procéder à l'habituation puis à la généralisation.

HabituationGénéralisation
C'est l'atténuation ou la disparition d'une réponse à un stimulus à mesure que celui-ci est répété. Le cheval va apprendre à ne plus réagir à une stimulation qui n'est associée à aucune conséquence. Pour induire une habituation, il faut procéder par étapes, en augmentant l'intensité du stimulus de manière très progressive, sans jamais dépasser le seuil de tolérance où le cheval commence à avoir peur.C'est en répétant l'apprentissage dans différentes circonstances (lieu, champ de vision, bruits environnants...) que l'on apprend au cheval à répondre aux demandes quelque soit l'environnement.

Exemple de généralisation dans le cadre d'un débourrage à l'attelage

Principes méthodologiques du débourrage attelage

 

Les étapes du débourrage à l'attelage

Approche en main et à pied

Objectif : donner des repères au cheval avec les premières manipulations

Le premier contact et la prise en main s'effectuent dans la douceur, c'est le début de la mise en place de la relation avec le débourreur. Une phase d'observation pendant les premières heures ou premiers jours de travail est nécessaire. Les conditions de vie du cheval sont plus ou moins modifiées (hébergement dans une nouvelle écurie, confinement en box, pose du harnachement, travail). Cela impacte son bien-être et donc son comportement. Cette étape consiste donc à faire prendre des repères au cheval. La base est la manipulation au box quand le cheval se sent en sécurité. Il apprend le port du licol et quelques exercices de mise en confiance.


C'est soit dans le box, soit devant le box que le cheval apprend à tolérer l'attache, lors du pansage. Vient ensuite la marche en main dans le calme jusqu'à l'aire de travail : suivre le débourreur en comprenant quand s'arrêter. Dès la prise de contact, le mieux est de donner les ordres vocalement au cheval, qui peut ainsi déjà apprendre l'arrêt et la marche au pas.

Habituation au matériel

Objectif : rendre le port du matériel habituel pour le cheval

Habituation auPositionnement de la longe avec passage dans la muserolle filet / à la bride

On peut prendre le temps de l'habituer au filet et au mors en le longeant dans un premier temps uniquement au licol porté par-dessous.
Autre astuce pour limiter la tension sur le mors : passer la longe dans la muserolle comme indiqué sur la photo ci-contre. Cela répartit la force exercée.

Habituation au harnais

Le choix du moment auquel commencer à garnir le cheval avec le harnais est propre à chaque débourreur et à chaque débourrage puisque l'adaptation au cheval est toujours une priorité. Néanmoins, il sera nécessaire que l'habituation au harnais soit réalisée avant la mise à la traction. Ainsi, à partir des premières étapes du travail à pied, il vaut mieux commencer à habituer le cheval au port du harnais afin qu'il soit habitué aux mouvements et au frottement des pièces en cuir, pour le faire travailler totalement harnaché aux longues rênes. La généralisation sera alors effectuée avant la mise en traction.


Travail à pied

Objectif : donner les codes de travail au cheval, sans contrainte de traction

Mettre le cheval à la longe

Le début du travail à pied correspond à la mise en avant et se fait à la longe. Au début ou au cours du débourrage, le cheval est habitué au contact de la mèche du fouet de la chambrière sur sa peau. Le cheval comprend rapidement la stimulation à la chambrière.

Une action de la longe sur le licol est associée à la trajectoire circulaire. Pour la mise en avant et les transitions aux différentes allures, la voix est employée en premier lieu, puis l'action physique. Il faut toujours employer rigoureusement les mêmes ordres pour les mêmes commandes. Ainsi, la voix peut se suffire à elle-même, puisque le cheval anticipera l'action physique en entendant l'ordre. La mise en avant à la longe se poursuit ainsi sur le cercle aux deux mains, ce qui permet au longeur de mettre en place les ordres vocaux du trot. On peut alors avoir un contrôle à distance de la vitesse, par rétrécissement du cercle. L'alternance de cercles et lignes droites permet de travailler la notion de direction.


Le passage aux longues rênes

Lors de la mise aux longues rênes, deux apprentissages sont cruciaux :

  • L'habituation au positionnement du meneur
  • L'habituation au contact sur le mors

Habituation au positionnement du meneur

A cette étape du travail, il faut progressivement habituer le cheval à un meneur présent derrière lui, dans une partie de son champ de vision qui est réduite. C'est la  première fois qu'il va recevoir des consignes sans voir d'où elles proviennent, puisqu'en position arrière, le meneur est dans l'angle mort. Il en sera de même quand il sera attelé, c'est pourquoi cette habituation est importante !


Le rôle de l'équipier dans cette étape sera de rassurer le cheval en étant présent à la tête :


Une fois ces étapes franchies à l'arrêt et au pas, une course discrète derrière le cheval au petit trot permet de l'habituer au bruit arrière.

Habituation au contact sur le mors

Séance de travail aux longues renes en milieu exterieurA ce stade, on introduit les actions physiques sur le mors. On peut donc laisser le cheval s'habituer au filet, puis associer les actions physiques du licol à la bouche du cheval, à deux longes sur le cercle (une longe de licol et une longe de filet).

Par tractions légères discontinues mais répétées en s'intensifiant, le cheval est incité à céder du côté intérieur. En cas de besoin, une action sur le licol peut rappeler au cheval le geste demandé sans trop de sévérité.

C'est le début de la mise en place du contact. Par la suite, la première longe peut être fixée à la clé de sellette du côté intérieur et coulisser dans l'anneau du mors, alors que la seconde longe peut être fixée au mors côté extérieur et coulisser dans la clé de sellette également, côté extérieur.

Les cessions du cheval face à une action de bouche permettent un contrôle de la direction, par régulation de la guide extérieure. La mise en avant peut aussi être limitée de façon beaucoup plus fine en associant une pression bilatérale sur le mors et la commande vocale de l'arrêt. La compréhension des aides vocales par le cheval facilite cette étape d'apprentissage et permet de préserver la finesse de sa bouche. Lors de ces étapes, on peut enchaîner et inverser les courbes, par contrôle du côté extérieur du cheval.

Après les exercices de direction, on réalise la même chose aux longues guides, avec des changements de main, transitions, et parcours à l'extérieur du manège.

On prépare le cheval à réagir aux commandes dans la confiance envers son meneur, même dans un environnement nouveau.

Quand le cheval est en confiance aux longues guides, les œillères sont introduites. Celles-ci limitent le champ de vision du cheval à sa partie binoculaire (environ 60° devant son chanfrein, ce qui divise par 6 le champ visuel total). Par ailleurs, les œillères peuvent inciter le cheval à être plus regardant de certains bruits provenant de la zone laissée aveugle. De plus, la pose des œillères cause une différence de contraste : une partie de la lumière est bloquée.

Mise en traction

Objectif : amener le cheval à se porter en avant aux longues rênes, tout en produisant un effort pour déplacer un objet, en allant à l'encontre d'une force sur son poitrail

Cette étape présente des risques importants pour le cheval et le meneur, si les étapes ne sont pas suffisamment intégrées par le cheval. Il est indispensable de s'assurer que les apprentissages précédents sont intégrés et leur généralisation réalisée.

Dans un premier temps, un test de traction peut être réalisé avec mise en tension des traits par l'assistant, par exemple. Souvent, l'objet utilisé pour lester les traits est un pneu fixé à un palonnier. Parfois, le travail au pneu est complété ou remplacé par la traction d'une herse ou d'un traîneau. Des objets tractés de poids progressif peuvent être employés : herse, traîneau, avant­-train...

Séance de débourrage avec mise en traction avec le pneu


Leur bruit de traction varie, ce qui prépare le cheval au bruit de roulement d'une voiture, comme lors du passage d'une surface à une autre. Cela permet de décomposer davantage l'initiation de l'attelage à la voiture à proprement parler, et confirmer les acquis du cheval avant de le faire passer entre les brancards.

Un assistant doit systématiquement être à la tête du cheval lors d'exercices d'arrêt-départ en traction. Au début, il rassure le cheval et garde le contact, puis s'éloigne et disparaît de son champ de vision.


Mise à la voiture

Objectif : faire accepter les brancards et la voiture au cheval, en toute sécurité

La mise à la voiture nécessite que le cheval réponde toujours bien aux ordres vocaux et aux aides artificielles, dans les situations rencontrées et travaillées précédemment avec la traîne. Dans la confiance, on peut laisser le cheval inspecter la voiture avant d'atteler. On peut dire que passés les 15 premiers jours de débourrage, le cheval commence généralement à être prêt à la mise à la voiture. Il vaut mieux débuter à la voiture dans le même espace clos où le cheval a l'habitude de travailler et où il sera en confiance.

Les nouveautés liées à la voiture arrivent en même temps les unes que les autres : nouveau poids de traction, porté des brancards par la sellette. Lors de la mise à la voiture, il faut atteler les traits et les brancards, ce qui demande plus de temps que pour l'étape précédente, au moment d'accrocher les traits au palonnier de la traîne.

Séance de débourrage avec descente des brancards lors de la mise à la voitureSi le cheval n'a pas une immobilité proche de la perfection, le débourreur peut se trouver en difficulté pour le travail attelé. Le travail de l'assistant est donc essentiel, en plus de la relation de confiance développée entre le cheval et l'Homme. Pour préparer le cheval à la sensation de poussée, on peut également prévoir une habituation supplémentaire grâce à des faux brancards en plastique reliés à l'avaloire. Puis, à la mise en avant, la rigidité des brancards s'ajoute à leur poids et à un nouveau bruit de roulement. C'est pourquoi il vaut mieux mener quelques instants à pied au côté du cheval fraîchement mis à la voiture. Cela permettra aussi de conserver le même placement que lors des étapes précédentes.

Avant de procéder au montoir au poste de conduite, le meneur et son équipier s'assurent que les premières habituations sont réalisées et généralisées, et ne génèrent pas de réaction d'inquiétude ou de peur de la part du cheval, en particulier l'étape de la descente des brancarts.


Par la suite, l'équipier sera positionné à l'arrière du meneur.

Le poids de la voiture doit être assez faible pour ne pas fatiguer le cheval, d'autant plus que les dimensions de l'attelage changent (la hauteur est supérieure, les œillères permettent alors de ne pas laisser la voiture dans le champ de vision du cheval). De plus, avec la voiture s'ajoute l'apparition du reculement dans les descentes et les transitions descendantes.

Diversification des situations

Objectif : proposer des situations variées pour renforcer la généralisation des apprentissages

La dernière étape du débourrage consiste à varier les situations pour habituer le cheval à se confronter à toutes sortes d'environnements.

Certains débourreurs utilisent la mise en paire avec un cheval expérimenté pour franchir l'étape de la conduite en ville. Rassuré par la présence d'un autre cheval, il vit ces premières expériences de façon positive.

Il est également possible d'utiliser le rôle de l'équipier pour habituer le cheval à franchir des obstacles qui peuvent l'effrayer, comme un petit cour d'eau, des objets inhabituels, etc.

Attelage en paire en villetraversée d'une rivière d'un attelage avec un guide

En savoir plus sur nos auteurs
  • Louis BASTY Responsable de la formation Attelage - IFCE
  • Juliette MOS Ingénieur de projets et développement IFCE
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 15 07 2020
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