Apprendre à regarder le cheval au travail

Fonctionnement du cheval en mouvement, attitude générale, relation cheval-cavalier, qualité du tracé… Savoir regarder un cheval travailler est l’un des fondements de l’art de le monter, mais aussi d’enseigner/entraîner. C’est en cherchant à comprendre ce qu’est le fonctionnement juste que l’on affûte son œil et ses sensations.

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par Bernard MAUREL - Nelly GENOUX - | 28.06.2019 |
Niveau de technicité :
Compétition de dressage
Sommaire

Comment regarder ?

Regarder un cheval travailler, c’est apprendre à alterner entre :

  • Un regard dur, en mode focus, qui s’attache au détail – autrement dit, le regard de l’aigle centré sur un point ;
  • Et un regard doux, global, bienveillant, qui enregistre l’image complète tout en prenant en considération l’environnement autour du cheval observé. Ce regard donne une idée sur l’impression d’ensemble et l’harmonie que dégage le couple cheval-cavalier.

Que faut-il regarder ?

Regarder un cheval travailler, c’est :

  • Observer et analyser le fonctionnement de l’animal en mouvement
  • Observer et analyser son attitude générale
  • Evaluer la qualité de la relation cheval - cavalier
  • Visualiser les exigences de précision et de tracé

Fonctionnement du cheval en mouvement : l’œil du cinéaste

L’œil du cinéaste s’intéresse au fonctionnement du cheval en mouvement. Il consiste à observer et analyser la dynamique de la locomotion puis les composantes liées au travail du cheval.

Dynamique de la locomotion

La dynamique de la locomotion s’évalue grâce à des composantes dans l’espace et dans le temps.

Composantes de la locomotion dans le temps
  • Le rythme des 3 allures
    • Au pas : 4 temps avec 4 battues équidistantes - allure marchée
    • Au trot : 2 temps et 2 phases de suspension - allure diagonale
    • Au galop : 3 temps marqués par 3 battues et une phase de projection - allure sautée et dissymétrique : galop à gauche et à droite
  • La vitesse = distance parcourue dans un temps donné
  • La cadence ou « tempo » de la foulée = nombre de foulées effectuées en un temps donné
Composantes de la locomotion dans l’espace
  • L’amplitude = longueur de la foulée ou espace entre 2 battues
  • La symétrie droite/gauche (fonctionnement analogue des membres droits et gauches, symétrie des deux galops)
  • Le temps de projection au trot et au galop

Dans le temps comme dans l’espace, la régularité de l’allure est l’un des critères fondamentaux.

Composantes liées au travail du cheval

Le fonctionnement du cheval en mouvement pourra être analysé grâce à des composantes liées à son niveau de travail, soit en équitation élémentaire soit en équitation secondaire ou supérieure.

En équitation élémentaire 
  • Fluidité de mouvement : attitude relâchée, cheval délié, liberté de mouvement
  • Fonctionnement du dos : tension de la ligne du dessus, tonicité de la ligne du dessous
  • Maintien de la cadence et de l’impulsion
  • Equilibre et modifications d’attitude (sur une courbe, à l’abord d’un obstacle…)
En équitation secondaire ou supérieure
  • Activité, propulsion : gestuelle et amplitude du cheval, couverture du terrain
  • Rebond, élasticité, flexibilité : souplesse dans le mouvement
  • Energie/expression du cheval : donne une idée sur le potentiel de force disponible, l’aptitude au rassembler

Attitude générale du cheval : l’œil du photographe

L’œil du photographe se focalise sur l’attitude générale du cheval. Il consiste à observer et analyser la statique de l’attitude générale et des composantes liées au travail du cheval.

La statique de l’attitude générale

Etudier la statique de l’attitude générale du cheval, c’est en quelque sorte faire un « arrêt sur image » pour évaluer 6 grands critères :

  • La rectitude
  • L’engagement des postérieurs
  • La liberté des épaules et la position des antérieurs
  • Le soutien de l’encolure
  • La position de la tête, de la nuque, du chanfrein
  • Le geste et l’élévation des membres

Sans oublier de relier ces 6 points à l’image globale dégagée par le cheval…

Les composantes liées au travail du cheval

Détente, freinage, propulsion

Le cheval est-il dans le mouvement en avant ? Pousse-t-il avec ses postérieurs ? Se retient-il ? Pour répondre à ces questions, il faut regarder l’ensemble du cheval.

Equilibre général ou protraction des épaules

Le cheval se tient-il ou bien se tire-t-il avec ses antérieurs plus qu’il ne se pousse ? L’équilibre est-il montant, horizontal ou descendant ? L’objectif étant de transformer une énergie naturelle plutôt horizontale en une énergie plutôt verticale.

Fonctionnement du dos, harmonie avant- et arrière-main

Y a-t-il une similitude et une harmonie entre le fonctionnement des antérieurs et celui des postérieurs ? Le mouvement des membres est-il bien coordonné ? Comment fonctionne la ligne du dessus ? Permet-elle la transmission du mouvement de l’arrière- vers l’avant-main ?

Contact sur le mors, rapport main-bouche

La qualité du contact sur le mors donne une idée du rapport main-bouche. A-t-on un contact moelleux ou bien la bouche est-elle contractée ou nerveuse, la langue violacée ou sortie ? Le cheval paraît-il sur la main, ou en dedans de la main, ou contre la main ?

Activité, impulsion, expression 

Pour les observateurs avec un œil plus aguerri, quel degré d’activité dégage le cheval ? Le fonctionnement des membres et l’attitude générale donnent une idée de l’impulsion. L’expression vient, quand le couple est en harmonie, s’y ajouter.

Qualité de la relation cheval-cavalier : l’œil du psychologue

L’œil du psychologue examine la qualité de la relation cheval-cavalier. Pour cela, il se concentre sur les points de contact entre le cavalier et sa monture et sur des indices visuels et auditifs traduisant la relation tant du côté du cavalier que du côté du cheval.

Points de contact cheval-cavalier

Analyser la relation, c’est regarder les points de contact entre le cavalier et sa monture qui renseignent sur l’harmonie du couple…

Contact jambes-flancs

Des flancs marqués (voire blessés) par le frottement des éperons ou de la jambe, des jambes qui tambourinent (« billent ») dans les flancs du cheval, des éperons collés au poil… sont des comportements à proscrire et autant de signes d’une mauvaise relation entre le cheval et son cavalier. On recherchera la discrétion des actions de jambes chez le cavalier et un cheval réactif aux sollicitations de son cavalier.

Contact assiette-dos

Le contact assiette-dos traduit le confort ou l’inconfort du cheval ou du cavalier. La ligne du dessus du cheval est-elle souple et tonique, avec transmission du mouvement de l’arrière- vers l’avant-main ? Ou bien le cheval creuse-t-il le dos et l’encolure ? Le cavalier est-il stable et a-t-il du liant avec sa monture, lui permettant d’absorber les chocs tout en suivant les mouvements du cheval ? Ou bien est-il instable, manquant d’assiette et d’aplomb sur le dos du cheval ? Le confort peut être relatif ou absolu, suivant le niveau du cavalier et le fonctionnement du cheval.

Contact main-bouche

Le contact main-bouche est-il harmonieux et confiant, avec un cheval stable et sur la main ? Ou bien est-il agité, crispé, résistant ou absent ? Cela vient-il du niveau d’expérience du cheval ou du cavalier ?

La relation vue des deux côtés

Certains signes renvoyés par le cheval et son cavalier renseignent sur la qualité de la relation. Il faut y attacher de l’importance.

La physionomie du cheval

Il ne s’agit pas de rentrer dans le détail, mais toujours penser à observer :

  • La respiration : Le cheval respire-t-il bien ? Semble-t-il avoir une gêne ?
  • La sudation : c’est un phénomène normal, mais elle ne doit pas devenir excessive
  • L’expression du cheval :
    • Ses yeux et son regard
    • La position de ses oreilles et son écoute
    • Ses naseaux et son menton
    • L’état de sa bouche (ouverte/fermée), la langue, la salivation…

Les chevaux sont de grands médiums, très sensibles à leur environnement. Ils comprennent beaucoup plus de choses que ce que l’on pourrait imaginer. On les comprendra d’autant plus qu’on sera à l’écoute de leur langage corporel et sensitif.

L’aisance du cavalier

Il est également important de s’attacher à l’aisance du cavalier, qui donnera de nombreuses informations en fonction :

  • De son confort, indissociable de sa position :
    • Position adaptée au mouvement
    • Jambes/bassin/dos/épaules/bras relâchés
    • Buste gainé
    • Liant avec le cheval
    • Genoux desserrés
    • Dos droit 
    • Doigts, poignets, coudes souples
    • Contact moelleux avec la bouche du cheval
    • Regard porté en avant
  • De l’indépendance de ses aides

On peut aussi avoir un cavalier impeccable sur un cheval qui ne va pas bien. Dans ce cas-là, c’est l’observation du cheval qui nous indique que la relation n’est pas parfaite. Ou bien avoir un cavalier inconfortable et/ou inesthétique (parce qu’il est un peu âgé ou que le cheval bouge beaucoup…) mais qui ne gêne en rien son cheval. Tout est relatif…

Exigences de précision et de tracé : l’œil du gendarme

L’œil du gendarme s’attarde sur les exigences de précision et de tracé.

Précision et géométrie du tracé

Différents repères permettent de juger de la précision et de la géométrie du tracé :

  • Les lignes suivies en dressage (milieu, quart, diagonale, cercle, volte, serpentine) ou le tracé du parcours de CSO ou de cross
  • Le respect des lettres du rectangle en dressage ou des fanions à l’obstacle
  • Le décompte des exercices en dressage (durée des arrêts, nombre de foulées ou de battues, nombre de changements de pied au galop)
  • Les distances et le décompte des foulées en CSO ou en cross

Ces exigences sont bien entendu à adapter au niveau requis.

Objectivité des observables

Si beaucoup d’observables peuvent varier selon la compétence et la perception de chacun, certains observables relatifs aux exigences de précision, de tracé ou d’attitudes permettent de rester objectif :

  • Les empreintes des battues qui donnent des informations sur la correction du rythme (symétrie), l’amplitude de la foulée (couverture des traces) et sur la rectitude (sur le droit mais aussi sur les courbes)
  • La notion de sans-faute sur une reprise de dressage, sur un parcours de CSO ou de cross (valeur absolue du contrat rempli, valeur relative par rapport à la qualité du travail présenté)
  • Des exemples d’attitudes répertoriées dans le règlement FEI comme acceptables par les stewards (commissaires) à la détente du dressage…

Comment et pourquoi apprendre à regarder ?

Il existe différentes manières d’apprendre à regarder :

  • Regarder avec un œil critique en compagnonnage ou en auditeur libre ;
  • Suivre un entraînement aux côtés d’un entraîneur ou un jugement aux côtés d’un juge ;
  • Pratiquer l’équitation avec un miroir ou en se faisant filmer…

Il faut pratiquer mais aussi lire pour progresser et apprendre à ressentir ce qui se passe sous la selle. Mieux savoir regarder, c’est mieux ressentir, donc mieux monter, mieux enseigner, mieux entraîner…

Apprendre à regarder permet aussi d’harmoniser les jugements, avec une meilleure objectivité, un souci de relativité selon les niveaux et une homogénéité dans les critères à évaluer.

Ce qu'il faut retenir

Bien regarder un cheval, c’est :

  • Etre capable de faire des allers-retours entre le regard dur (détail) et le regard doux (image globale)
  • Privilégier l’observation du fonctionnement général du cheval : base de son utilisation et de notre collaboration
  • Analyser les renseignements fournis par l’attitude du cheval et le confort du cavalier : donnent des informations sur la facilité du mouvement, sur l’aptitude de l’animal et sur la justesse du travail
  • Valoriser la relation homme-animal : elle seule permet un apprentissage réciproque entre le cavalier et sa monture
  • Ne pas oublier la précision du tracé et la qualité d’exécution des exercices : objectifs des compétiteurs même si ce n’est pas la première priorité pour évaluer le travail du cheval
En savoir plus sur nos auteurs
  • Bernard MAUREL Juge international de dressage
  • Nelly GENOUX Ingénieur agronome - IFCE
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 28 10 2020
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