L'arrosage des aires d'évolution équestre

Les aléas climatiques actuels mettent l’accent sur la problématique récurrente de l’arrosage des aires d’évolution équestres. La complexité de cette problématique tient au fait qu’elle se situe au carrefour de plusieurs enjeux :

• La qualité mécanique des sols équestres et la santé de l’appareil locomoteur du cheval ;

• L’enjeu de l’opinion publique qui comprend mal qu’on puisse « gaspiller » de l’eau pour arroser du sable en période de sécheresse ;

• Le maintien du couvert végétal sur les terrains en gazon, carrières rustiques mais néanmoins sensibles car soumises à rude épreuve lors des compétitions.

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par Arnaud LALLEMAND - Laetitia MARNAY - | 16.07.2019 |
Niveau de technicité :
Arrosage d'une carrière en sable
Sommaire

Les aires d'évolution en sable

Fonctions de l’eau dans les sols en sable

Sol en sable après arrosageLa première fonction de l’eau dans les sols en sable est d’assurer le rôle de liant entre les grains de sable du fait de la tension superficielle. Ainsi, elle crée des liaisons faibles entre les grains et il résulte de ce phénomène la fameuse texture « bord de plage ». Ce phénomène est cependant dépendant de la granulométrie du sable et ne se produit que sur les sables les plus fins couramment appelés « microsables ».

A ce titre, la consommation d’un sol en microsable pur pour une utilisation dans les meilleures conditions tous les jours est de 4 mm d'eau/j/m² en saison estivale.

La seconde fonction de l’eau est de coller lesparticules les plus fines et volatiles du granulat du sol que sont les argiles. L’arrosage permet dans ce cas de garantir le confort d’utilisation pour les cavaliers, les chevaux, le public et limiter les nuisances de voisinage dues à la poussière.

Gestion de la ressource en eau

 Drainage du Stade équestre de l'Isle BriandPartant du principe que, dans une carrière ou un manège, c’est au sol de s’adapter au cheval et pas l’inverse, une fois que la technique de sol est définie et en place, peu d’alternatives sont possibles pour économiser l’eau. On veillera cependant à limiter les pertes par évaporation de l’eau qui se trouve à la surface de sol et qui n’a pas encore eu le temps de percoler au travers de la couche de travail. Les deux principaux facteurs d’évaporation sont la température et le vent. On arrosera donc de préférence la nuit.

Les plus grandes voies d’économie d’eau se trouvent dans le procédé constructif qui permet d’aboutir à la texture recherchée en fonction de la discipline pratiquée. Ainsi, les systèmes d’irrigation par le sol constituent également une alternative pour optimiser la gestion de l’eau en conservant un taux d’humidité constant.

Certains fabricants proposent une sous-couche constituée de dalles assurant le drainage de la surface, selon sa fréquence d’utilisation et les conditions pédoclimatiques du lieu d’implantation choisi.

Fibrage des sols

Fibrer un sable de sol équestre va modifier ses caractéristiques : sa cohésion, sa perméabilité et sa capacité à retenir l’eau.

De très nombreux types de fibres sont utilisés en sol équestre, en fonction de leur taille, de leur forme et de leur composition. Cela permet d’améliorer les caractéristiques de tel ou tel sable suivant la discipline et le niveau de technicité visé.

Bien qu’elles n’aient jamais été quantifiées précisément, on admet qu’avec un fibrage approprié, les économies d’eau peuvent aller jusqu’à 30%.

Procédés sans arrosage

Carrière de Pompadour © IfceLes différents fabricants de sols équestres travaillent en permanence sur l’élaboration de sols ne nécessitant aucun arrosage. Pour ce faire, on remplace généralement l’eau par un liant carboné qui joue le même rôle dans le sable.

De nombreuses pistes de course et d’entraînement de galopeurs (Deauville, Cagnes-sur-mer, Chatenay…) sont aujourd’hui réalisées avec de tels procédés. La texture recherchée en concours hippique est plus difficile à reproduire avec de tels procédé. Actuellement, aucune piste de ce type n'est utilisée en concours hippique en France. Des pistes d’entraînement sont néanmoins utilisées : ENE à Saumur, Pôle Hippique de Pompadour, Pôle Hippique d’Uzès.

Certains fabricants de sol ont cherché à se passer du sable et à développer un revêtement qui ne nécessite pas d’arrosage. Ainsi, le procédé « Mustang » de la société Sportingsols est composé de granulats de caoutchouc dont une partie est coulée dans une résine comparable à une piste d’athlétisme. Ce sol est actuellement utilisable en indoor et est apprécié aux spectacles du Puy du Fou et au Théâtre équestre Zingaro. Néanmoins, ce procédé s’est peu développé dans le domaine équestre depuis son testage en 2008. Aucune compétition équestre ne s’est encore déroulée sur ce type de revêtement qui ne semble pas encore abouti pour la pratique du saut d’obstacle en compétition sur des hauteurs supérieures à 1m10.

Les aires d'évolution en gazon

Fonctions de l’eau dans les sols en gazon

Arrosage d'un terrain en herbeComme sur les sols en sable, l’eau a deux fonctions sur les sols en gazon.

La première fonction de l’eau dans les sols en gazon est d’assurer la survie et le bon développement de la plante. A ce titre, l’objectif d’un sol équestre en gazon est moins esthétique que fonctionnel : les critères les plus importants pour assurer la performance et la durabilité du sol équestre sont l’homogénéité de la couverture végétale d’une part et la profondeur d’enracinement d’autre part. De cette dernière dépendent la cohésion du sol, la capacité de résistance du gazon pendant le concours et sa capacité de reprise après le concours.

La seconde fonction de l’eau dans le sol équestre en gazon est d’apporter la souplesse requise au moment de la compétition. De fait, les apports importants en eau ne seront que ponctuels mais parfois très importants, notamment en CCE sur les pistes de cross qui représentent des surfaces très conséquentes et nécessitent la disponibilité de réserves d’eau adéquates.

Gestion de la ressource en eau

Gestion quotidienne de l’arrosage sur herbe

Travaillant avec un matériel vivant, le responsable d’une piste en gazon se devra de gérer avec intelligence la ressource en eau. En dehors des périodes de préparation des compétitions ou des réparations post-compétition, il doit garder à l’esprit que le gazon est composé de graminées qui sont des végétaux rustiques.

Dans un sol sec, la plante va développer un enracinement plus profond pour trouver de l’humidité. Il est donc bon de faire « souffrir » un peu le gazon afin de développer l’enracinement en profondeur.

Comme pour les sols en sable, on préfèrera arroser de nuit afin de limiter l’évapotranspiration sur le terrain.

Paramètres constructifs

En dehors de l’intensité d’utilisation, la consommation en eau d’un terrain en gazon varie principalement en fonction du substrat, du drainage et du type de gazon implanté.

Afin de répondre à la demande technique sportive, les substrats de terrains de concours sont de plus en plus élaborés (la part de sable dans le substrat et de plus en plus importante) et permettent la tenue de compétitions en s’affranchissant de plus en plus des conditions météo. A contrario, ces terrains sont cependant plus séchants et plus consommateurs d’eau.

Les techniques de drainage se sont fortement inspirées de celles utilisées en terrains de grands jeux et sont devenues extrêmement performantes. Elles ont contribué à permettre l’utilisation des terrains en gazon par temps pluvieux dans de bonnes conditions mais ont également rendu les terrains plus dépendants de l’arrosage.

Les variétés et les espèces de gazon utilisées pour ensemencer le terrain influent considérablement sur son besoin en eau. La sélection sur les variétés de gazon de terrains de sport profite indirectement aux terrains de concours hippique.

Selon la latitude du terrain, on pourra ainsi privilégier des variétés à faibles besoins en eau comme des variétés de chiendents sélectionnées en zone méditerranéenne (Bermua grass, kikuyu…). En zone plus froide, comme au nord de la France, on utilisera préférentiellement des ray-grass alors qu’entre deux, on préfèrera l’utilisation de fétuques élevées pour la qualité de leur enracinement. Dans le choix de la variété, on tiendra évidemment compte de sa tolérance au stress hydrique.

La maîtrise technique de la croissance et du développement du végétal conditionnera ensuite la qualité du terrain.

En savoir plus sur nos auteurs
  • Arnaud LALLEMAND Département I.D.E.E. de l'Ifce
  • Laetitia MARNAY Ifce
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 20 11 2019
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