Equicien : métier transdisciplinaire au croisement des compétences médico-sociales et équines

L’équicien intervient dans le cadre d’action sociale sur le plan éducatif, social, thérapeutique ou de loisirs. Il participe donc au développement de la personne en élaborant des projets à mettre en œuvre en équipe. Autonome et responsable, l’équicien travaille en équipe et en complément du thérapeute, de l’éducateur ou de la famille.

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Niveau de technicité :
Séance d'équicie avec un enfant et un poney
Sommaire

Interface entre le monde médico-social et le monde du cheval : naissance du métier d’équicien

Alors que l’équithérapie devient un terme générique, l’association loi 1901 Handi Cheval, présidée par Isabelle Claude, cherche à être identifiée et repérée dans leur quête du « cheval pour tous ». La création du métier d’équicien émane du constat que l’équithérapie se cloisonne aux soins et le Handisport à la pratique de l’équitation en compétition. Handi Cheval propose une alternative en créant un métier transdisciplinaire. L’équicien rassemble donc sous une seule identité professionnelle des compétences médico-sociales et équines. L’équicien a des connaissances précises dans la relation humaine, la construction de l’individu, le comportement animal et la communication inter-espèces. Sa formation repose sur des connaissances en éthologie scientifique, en psychologie, en anatomie, en communication, tant dans le domaine humain qu’animal. Il est également cavalier confirmé. Si cette nouvelle vision a perturbé l’univers de la médiation équine au moment de sa création, elle a eu le mérite de proposer une éthique, des règles, un savoir-faire et d’identifier des compétences.

Pour identifier et référencer les compétences nécessaires à l’exercice du métier, l’étape préliminaire a été de déposer un label et donc de créer un métier. Le nom d’équicien est alors imaginé par Isabelle Claude : il reprend le latin de cheval equus, le suffixe -ien indiquant les métiers « qui fait l’action, qui s’en occupe » et le c faisant le lien entre le cheval et le métier (C comme cheval !).

Le 30 janvier 2014, le Journal Officiel inscrit au Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP) la formation d’équicien. A ce tire, l’équicien est reconnu comme professionnel de la médiation équine guidant des publics en situation de handicap avec des équidés.

Témoignage d’Isabelle Claude, présidente de l’association Handi Cheval

« Bien qu’il reste du chemin à faire, le métier d’équicien commence à être connu. Nous communiquons peu. La réputation de la formation et de la structure se fait surtout par le bouche-à-oreille, qui est notre moyen privilégié de diffusion. La démarche d’enregistrer la formation au RNCP fût longue et difficile, mais c’est un moyen efficace de faire reconnaître de véritables compétences professionnelles et de se distinguer dans le brouillard actuel des activités de la médiation ».  

Le cheval est identifié comme le « miroir de nos émotions », qu’en est-il vraiment de sa place en médiation ?

Agnès Simon – équicienne près de Nantes : « Parfois, le cheval parvient seul à nous guider vers la voie de la communication ou vers une situation d’accompagnement. Dans ce cas, l’équicien est uniquement garant de la sécurité. La sécurité est d’ailleurs le maître-mot de notre métier. Il faut pour cela s’assurer que le cheval connaisse son cadre de travail et soit préparé à l’activité pour être à 100% connecté lors de la séance. Le choix du cheval est capital. Un cheval d’équicie doit avoir une appétence pour le contact avec l’humain. Pour le confort du cheval, il nous revient de rechercher son adhésion. Idéalement, la cavalerie est variée puisque le caractère du cheval et sa morphologie auront un impact sur le bénéficiaire. D’ailleurs, l’équicie travaille sur la symbolique du cheval grâce à sa locomotion, son amplitude, sa morphologie et son attitude. Il est important pour le bon déroulement des séances et le bon équilibre du cheval qu’il vive une vie de cheval en troupeau et en extérieur. Le cheval doit être à sa place dans son groupe social pour aider l’homme à trouver la sienne dans son groupe social. Le contact avec le cheval permet une relation inter-espèces pour cheminer ensuite vers une relation intra-espèce ».

Isabelle Claude : « Pourquoi le cheval ? C’est une question que devrait se poser toute personne ayant un jour poussé la porte d’un centre équestre. Les personnes sont en recherche de sens. Il ne suffit pas de proposer un moyen de monter à cheval pour satisfaire un individu attiré par cet animal. Cette question, bien trop souvent oubliée, est fondamentale. Le cheval est un miroir de l’âme, il permet à l’homme de se regarder au travers du comportement animal si l’on est capable de distinguer ce qui est à qui. Chaque cheval révèle possiblement certains pans de notre personnalité. Alors, le cheval est-il un médiateur ? En tout cas, il est la cheville ouvrière de l’équicie en tant que révélateur de nos comportements humains ».

Se former à l’équicie : un investissement de soi

Pour devenir équicien, il faut donc être en mesure de combiner des connaissances dans le domaine des sciences médico-sociales avec des notions d’éthologie scientifique équine. Ces connaissances sont à corroborer avec un sens de l’écoute, de l’observation et une prédisposition pour le travail en équipe. L’accompagnement avec le cheval est donc transdisciplinaire et croise différents champs identifiés de la filière équine et médico-sociale, qu’il faut maîtriser. La pratique se fait en réseau avec différents spécialistes de l’action sociale, allant de l’aide sociale à l’aide éducative et/ou thérapeutique.

A ce jour, seule l’association équit’aide s’inscrivant dans l’idéologie de la Fédération Nationale Handi Cheval (FNCH), en Lorraine (54), propose le titre professionnel d’équicien. Cette formation de niveau 5 est accessible par voie initiale, continue et par Validation des Acquis et des Expériences (VAE).

Formation par voie initiale

La formation par voie initiale est ouverte aux majeur(e)s ayant obtenu le niveau 4 (Baccalauréat) disposant d’une expérience avec le cheval (Galop 4). Par voie initiale, la formation dure trois ans, soit 1650 heures en centre de formation, dont un tiers de pratique avec les chevaux, et 1925 heures en stage. Le coût total est d’environ 20 000€.

Formation par voie continue

Par voie continue, la formation dure deux ans, à raison de 10 unités d’enseignement de 5 jours reparties en 400 heures en centre de formation et 300 heures de stage. Le coût total est compris entre 10 000€ et 15 000€. La formation est ouverte à toute personne de niveau 4 (Baccalauréat) justifiant d’une expérience avec le cheval (Galop 4) et d’une expérience professionnelle de 3 ans minimum.

Formation par VAE

La validation du titre par VAE est possible pour toute personne justifiant d’au moins trois ans d’expérience professionnelle salariée, non salariée et/ou bénévole (syndicale, associative) et/ou volontaire en rapport avec l’équicie.

Enfin, des formations courtes existent, soit dans le but d’étudier le comportement du cheval au travers d’une observation fine et objective, soit dans l’objectif de travailler le ressenti corporel grâce à la compréhension des interactions corporelles entre le cheval et le cavalier.

Témoignage Isabelle Claude

« Le secteur de la médiation équine n’est pas encore structuré, ce qui a pour conséquence de faire émerger une course à la reconnaissance pour pouvoir exercer. La sélection de nos élèves est rigoureuse et tous ne sont pas diplômés à la fin du cursus. Notre taux de réussite est de 70%. Ainsi, chaque année, l’école délivre une vingtaine de titres professionnels. Cet effectif est volontairement restreint car nous nous devons de répondre au besoin du marché et ainsi assurer l’employabilité des personnes diplômées. Le faible effectif permet aussi de proposer un parcours individualisé. En début de formation, nous faisons avec l’élève un état des lieux de son champ de compétences pour ajuster le contenu de sa formation.
Grâce à la voie initiale, les élèves ont la chance de se former au métier qu’ils aiment sans endurer une multitude de formations équestres et médico-sociales pour joindre les deux activités. Que ce soit par voie initiale ou continue, le programme reste le même, sauf pour la pratique avec les équidés (technique et observation) qui se fait au quotidien dans le cadre de la formation initiale. C’est pourquoi nous proposons un cursus plus long sur trois ans par voie initiale.
L’équicie est une école de la vie, où l’on y apprend à (re)trouver ses valeurs intrinsèques en plus de l’apprentissage d’un métier. Nous engageons chacun à être acteur de sa formation. La formation étant plus courte en formation continue, le but est de leur fournir une boîte à outils dont ils pourront se servir sur le terrain. Le profil des apprenants en formation continue a évolué. L’école accueille désormais des personnes de tout horizon et non plus uniquement des professionnels du médico-social. D’ailleurs, la formation accueille de plus en plus de professionnels des ressources humaines en quête de sens.
Le profil des apprenants par voie initiale se distingue de ceux en voie continue. Les jeunes élèves sont véritablement engagés et sont les équiciens de demain. Des structures médico-sociales les identifient déjà comme des professionnels aptes à travailler comme éducateurs spécialisés maîtrisant l’approche par le cheval ».

Travailler comme équicien : (r)établir le lien entre l’humain et le cheval

L’équicien s’appuie sur le projet de l’individu, soit directement en accord avec lui, si ses capacités cognitives et verbales le permettent, soit avec la famille, soit en partenariat avec l’équipe référente, soit avec un prescripteur médical, paramédical ou social. L’équicien participe donc au développement de la personne en élaborant un projet à mettre en œuvre en équipe. Autonome et responsable, l’équicien travaille en complément du thérapeute, de l’éducateur ou de la famille, à l’établissement et/ou au rétablissement du lien entre le bénéficiaire et son environnement.

L’équicien met à disposition, avec le cheval comme partenaire, des moyens en regard d’objectifs concrets réels et vérifiables. Pour ce faire, il s’appuie sur des indicateurs d’apprentissage et comportementaux précis, en vue d’une évaluation rigoureuse permettant de réactualiser les objectifs initiés. C’est un professionnel de l’observation directe et non de l’interprétation. Ses conclusions ou synthèses émanent d’une analyse faite à partir de recueils de données.

L’équicien doit être en capacité de :

  • Proposer des situations adaptées aux besoins, en différenciant un projet thérapeutique d’un projet éducatif.
  • Concevoir un projet et conduire des entretiens d’aide thérapeutiques ou éducatifs.
  • Reconnaître les déficiences et leurs conséquences, prendre en considération les comportements animaux et humains et savoir les décoder, mobiliser les ressources de la personne, identifier et adapter les pédagogies, comprendre les interactions animales et humaines.
  • Décoder et évaluer les comportements de l’animal, d’apprécier son état sanitaire et comportemental, d’établir une relation positive avec le cheval, d’anticiper et d’adapter les règles de sécurité.
  • Entretenir le travail en équipe : échanges, communication, identifier et reconnaître les compétences utiles aux différentes situations et les valoriser, exploiter des outils informatiques et construire des outils utiles, concevoir un budget prévisionnel, un rapport d’activités et gérer des financements.

Témoignage professionnel d’Agnès Simon – équicienne près de Nantes

Agnès Simon équicienne« Au moment où je découvre le métier d’équicien, je suis éducatrice spécialisée. Je suis une passionnée d’équitation et des chevaux. J’ai malheureusement subi deux importantes opérations m’empêchant de monter à cheval. Je me promets de me remettre en selle mais la rééducation est difficile et longue. Il m’aura fallu 12 ans pour y parvenir. Au cours de cette rééducation, j’ai la chance de pouvoir garder mon cheval à la maison. Le voir et m’en occuper contribuent à la réussite de mon objectif. Soucieuse d’être la plus juste possible en tant qu’éducatrice, je m’interroge beaucoup. Un soir, j’assiste à une conférence sur la sociocratie. J’y retrouve le moniteur qui m’a permis de me remettre à cheval. Il m’explique qu’il est devenu moniteur spécialisé dans le handicap. Je l’accompagne bénévolement dans son activité pour observer et apprendre son travail. Entre temps, je deviens maman d’un petit garçon atteint d’autisme et découvre quelque chose de très intéressant quand il est au contact de mon cheval. La découverte du métier est progressive. Ce sera finalement la lecture du livre d’Isabelle Claude qui me permettra de mettre des mots sur mes sensations et mon ressenti. En parallèle, je m’engage comme bénévole et me forme comme accompagnante au niveau I d’Handi Cheval. Je choisis de me former à l’équicie en Lorraine, car je me retrouve dans cet esprit de compagnonnage où l’on marche au rythme de la personne. L’équicie permet de changer le regard sur le handicap. A partir du moment où on le voit comme une ressource, ça change tout ! La maladie ne doit pas prendre toute la place, c’est un état. Plus la personne a un grand handicap, plus le rayonnement est fort. En séance, quand tout s’harmonise au même niveau et que tout se pose, on éprouve une grande joie. La formation est difficile car nous vivons les choses et le niveau d’exigence est élevé. Il faut véritablement s’investir pour réussir. En tant qu’équicien, on doit pouvoir s’observer. La formation ne s’arrête jamais. Nous apprenons à communiquer avec le cheval dans son entièreté et abordons les différents handicaps. Ainsi, nous devons être capables d’adapter les séances, les situations, en fonction du handicap de la personne. La complexité de ce travail est de laisser chaque acteur à sa place : le cheval, le bénéficiaire et soi-même. La force de l’équicie est d’évaluer positivement pour favoriser la mise en confiance de la personne. Nous travaillons avec des indicateurs « cheval » et « humain » pour ne pas être dans l’analyse ; ce n’est pas notre rôle. Nous observons le plus finement possible les situations pour objectiver les progrès de la personne. Ce travail se fait en partenariat avec les accompagnants. Notre rôle est aussi de leur faire prendre conscience de leurs propres observations. Les objectifs à atteindre doivent être ajustés. Nous réévaluons nos objectifs et nos indicateurs au fur et à mesure pour affiner la progression. Pour y parvenir, la première étape est essentielle car elle consiste à s’assurer que le bénéficiaire éprouve un intérêt pour le cheval et ait envie de participer à l’activité. Cette étape nécessite des connaissances du corps humain pour tendre vers une lecture des codages d’une personne en incapacité de parler. Malgré le handicap, il existe chez chaque personne une capacité à communiquer. La communication passe toujours sous une forme ou sous une autre, c’est à nous, équiciens, de le trouver. Au cours des séances, se dégage beaucoup d’émerveillement, un lien fort se crée avec la personne ».

Malgré une demande croissante des bénéficiaires, vivre du métier d’équicien reste au début difficile. Ce métier se pratique peu en tant que salarié à temps complet. Les équiciens sont donc très souvent des indépendants qui interviennent dans les structures équestres à la demande des gérants.

Agnès Simon : « Je pratique l’équicie en tant qu’indépendante depuis 15 ans, tout en étant salariée consultante RH. Il faut bien le dire, au début le métier n’est pas rémunérateur ».

En savoir plus sur nos auteurs
  • IFCE - équi-ressources Emplois et stages dans la filière équine
  • Charlène LOURD Ingénieur de projets et développement - service équi-ressources IFCE
  • Marianne VIDAMENT Docteur vétérinaire - ingénieur de développement IFCE
  • Isabelle CLAUDE Présidente de l’association Handi Cheval
  • Agnès SIMON Équicienne près de Nantes
Bibliographie

  • Fiche métier Equicien réalisée par notre service emploi/formation équi-ressources
  • CLAUDE I., 2015. Le cheval médiateur. Paris, Editions Belin, 191 pages.
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 02 08 2020
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