Le comportement social du cheval

Chez le cheval, les relations sociales au sein des groupes familiaux ou d’étalons célibataires sont désormais bien décrites. Ces relations sont les mêmes que les chevaux soient des chevaux domestiques, des chevaux féraux ou des chevaux de Przewalski, une espèce très proche. Dans cette fiche, ne sont décrites que les relations sociales les plus connues ou les plus visibles.

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Niveau de technicité :
comportement social du cheval
Sommaire

Les affinités

comportement social du chevalLa plupart des chevaux ont un ou plusieurs congénère(s) préféré(s). Ces préférences se manifestent par le temps passé côte à côte, sans nécessairement se toucher, pendant le repos ou le pâturage, le toilettage mutuel, la pratique du chasse-mouche tête bêche.

Les chevaux tendent à se lier à des congénères de même âge et de même rang. Ils sont généralement plus tolérants à l’égard de leur congénère préféré. Il arrive aussi qu’ils empêchent les autres individus de s’approcher de leur compagnon.


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La dominance et la hiérarchie

Le statut de dominant donne un accès privilégié à une ressource limitée : eau, nourriture, abri, partenaire sexuel… Les signes les plus visibles des relations entre dominant et dominé sont les morsures, les coups de pied, les ruades, les charges et les poursuites.

Mais quand la hiérarchie est établie, il s'agit de signaux beaucoup plus discrets : menace de la tête, menace de ruade ou de morsure, petit déplacement du corps, oreilles un peu couchées. Les signes de soumission sont encore moins évidents à voir : le dominé se pousse, laisse passer le dominant ou attend pour atteindre la ressource convoitée.

Aucune particularité physique ne prédispose à être dominant, mais les individus les plus âgés tendent à être au sommet de la hiérarchie, ainsi que les plus anciens dans le groupe. Un étalon n’est pas nécessairement dominant sur ses juments, particulièrement s’il est plus jeune, mais ses conduites sont respectées.

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Dans le groupe familial, le harem, les poulains et les jeunes chevaux manifestent facilement leur soumission vis-à-vis des adultes. Ils font alors assez souvent du « snapping » : tête en extension, ils claquent des mâchoires avec les lèvres étirées, dents visibles.

Chez les chevaux, la hiérarchie est très souvent linéaire, que ce soit dans les groupes familiaux, d’étalons célibataires et dans les groupes fabriqués par l’Homme (juments seulement ou juments et hongres) (voir la fiche sur l'organisation sociale chez les chevaux).

La mise en place de statuts sociaux permet la stabilité du groupe : une fois la hiérarchie instaurée, elle est rarement remise en cause. Les chevaux montrent ainsi très peu de comportements agressifs forts, ce qui diminue les risques de blessure et la perte d’énergie.

Le leadership

Le leadership est la capacité d’un individu à entraîner les autres dans un changement d’activité : pâturage, déplacement, repos, roulade, abreuvement… La notion de leadership est à distinguer de celle de dominance : le rôle de leader peut être endossé par n’importe quel individu adulte du groupe, qu’il soit dominant ou non.

Selon le moment de la journée ou l’activité, des individus différents peuvent être leaders.

Toutefois, les observations récentes ont montré que la décision d’un déplacement n’est pas initiée par un seul individu : il s’agit en fait d’une décision collective menée par plusieurs membres du groupe.

Les rituels et le marquage

Les rencontres entre étalons se terminent, le plus souvent, sans agression et après une séquence de comportements ritualisés comportant tout ou partie des éléments suivants : attention visuelle soutenue, augmentation de la tonicité de la posture et de la locomotion, investigation olfactive réciproque, couinements et menaces des antérieurs et défécation. Les nombreuses piles de crottins qui jalonnent le domaine vital serviraient de signaux visuels et olfactifs.

Le comportement de marquage qui consiste, pour l'étalon, à uriner ou à déféquer sur l’urine ou les crottins de ses juments pourrait viser à masquer l'état hormonal des juments de son harem vis-à-vis des autres étalons.

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Interactions sexuelles

L’étalon et les juments de son harem sont en interactions continuelles toute l’année. Suivant la saison et les chaleurs des juments, les interactions sont soit juste amicales, soit de nature sexuelle (flairages intenses, fausses montes ou saillies), l’étalon étant alors souvent en érection. Pendant ses chaleurs, la jument va s’approcher de plus en plus souvent de l’étalon. Elle initiera ainsi des séquences d’intérêt de l’étalon envers elle plusieurs fois par jour, qui entraîneront des flairages par celui-ci qui aboutiront ou non à l’acceptation de la saillie. Les activités de reproduction ont un effet positif sur la cohésion du groupe.

Jeu social

Le comportement de jeu social chez les jeunes leur permettrait d’acquérir de futures capacités dans ce domaine. En grandissant, le comportement de jeu diminue fortement, et plus chez les femelles que chez les mâles.

Le jeu chez les jeunes chevaux est considéré comme un signe de bien-être. Au contraire, le jeu chez des chevaux adultes en conditions domestiques serait un signe de mal-être.

Ce qu'il faut retenir

En groupe de composition stable, les chevaux domestiques ou sauvages ont des relations sociales soit amicales, soit plus agressives en fonction des situations. Le système de hiérarchie et de rituels fait que les relations agressives sont rares ou de faible intensité car chaque cheval connaît « sa place ». Et cette place, il l’a acquise en vivant en groupe, au contact de chevaux plus âgés.

Conséquences pratiques

L’observation de la fréquence des différents types de relations sociales et leur intensité permet de comprendre comment se structurent les groupes et si les groupes fonctionnent normalement. Les conséquences de cette structuration sociale sont nombreuses lors de la gestion des chevaux en conditions domestiques.

En savoir plus sur nos auteurs
  • Hélène ROCHE Ethologue - Ethologie du cheval
  • Anne-Claire GRISON Ifce
  • Marianne VIDAMENT Ingénieur de développement Ifce
  • Léa LANSADE Ingénieur de recherche en éthologie Inra-Ifce
  • Claire NEVEUX Ingénieure de recherche en bien-être équin - Ethonova
  • Christine BRIANT Ingénieur de développement Ifce
Bibliographie
  • BOURJADE M., 2007. Sociogenèse et expression des comportements individuels et collectifs chez le cheval. Thèse de doctorat, Université Louis Pasteur. Disponible sur : http://scd-theses.u-strasbg.fr/1427/
  • LEBLANC M.A., BOUISSOU M.F. et CHÉHU F., 2004. Cheval qui es-tu ? Belin éditeur, Paris.
  • McDONNELL S.M., 2000. Reproductive behavior of stallions and mares : comparison of free-running and domestic in-hand breeding. Animal Reproduction Science, 60, pages 211-219.
  • HAUSBERGER M., FUREIX C., BOURJADE M., WESSEL-ROBERT S. et RICHARD-YRIS M.A., 2012. On the significance of adult play : what does social play tell us about adult horse welfare ? Naturwissenschaften, 99(4), pages 291-302.
  • FUREIX C., BOURJADE M., HENRY S., SANKEY C. et HAUSBERGER M., 2012. Exploring aggression regulation in managed groups of horses (Equus caballus). Applied Animal Behaviour Science, 138(3-4), pages 216-228.
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 14 12 2019
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