Enrichissement du milieu de vie

Les conditions de vie des chevaux domestiques sont souvent éloignées de celles qu’ils auraient à l’état naturel : isolement social, confinement au box, restriction d’activité physique, alimentation concentrée et monotone… Ces conditions de vie entraînent souvent un mal-être et des problèmes comportementaux plus ou moins graves : état de stress, stéréotypies, coliques, ulcères... Pourtant, des aménagements existent pour concilier le bien-être du cheval et son utilisation par l’Homme.

 

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par Léa LANSADE - | 05.10.2020 |
Niveau de technicité :
bien-être
Sommaire

Mise en place d'une étude sur l'enrichissement du milieu de vie

pâturageUne étude menée à l’INRAE a permis de tester un protocole d’enrichissement de l’environnement qui permet d’améliorer significativement les conditions de vie des chevaux et a un impact sur leur réactivité comportementale.

 

Pour cela, deux lots de chevaux ont été maintenus pendant 10 semaines dans un environnement dit « standard » (N=9) ou « enrichi » (N=10) :

  • Les animaux en environnement « standard » vivaient dans des boxes individuels avec une litière de copeaux, étaient nourris matin et soir avec du concentré, et le midi avec du foin. Ils étaient sortis en paddocks individuels.
  • Les chevaux en environnement « enrichi » vivaient le jour dans des boxes individuels avec une litière de paille et étaient sortis au pré la nuit en groupe. L’enrichissement portait sur l’alimentation (alimentation variée et distribuée tout au long de la journée), l’environnement social (possibilité de contacts entre les animaux), la structure des bâtiments (grands boxes) ou l’apport de divers stimuli sensoriels (musique, objets à explorer…).

Des résultats positifs pour l'environnement « enrichi »

enrichissement du milieu de vieA partir d’observations comportementales des individus dans leur box lors des 5 premières semaines de traitement, plusieurs éléments ont permis d'indiquer une amélioration du bien-être des chevaux en environnement « enrichi » : moins de comportements aberrants, repos en posture latérale plus fréquent, moins de postures de vigilance et position des oreilles vers l’arrière moins fréquente dès la 3ème semaine. Lors des tests de réactivité comportementale, les poulains « enrichis » étaient moins émotifs et plus proches de l’Homme que ceux vivant en environnement « standard ».

 


De plus, lors de tests d’apprentissage, les chevaux du lot « enrichi » se sont habitués plus rapidement aux dispositifs et ont plus facilement réussi des tâches cognitives complexes que les chevaux du lot « standard ».

 

Cet enrichissement a eu un impact sur la sécurité des soigneurs. Les chevaux vivant dans l’environnement « enrichi » ont réalisé moins de comportements de défense envers l’Homme lors des manipulations (cabré, fuite en avant, écart…).

 

Enfin, un effet sur la physiologie des chevaux a été observé. Par une analyse du transcriptome dans les cellules sanguines réalisée à partir d’une prise de sang faite en fin d’expérience, les chercheures Marie-Pierre Moisan et Aline Foury ont montré que les chevaux qui vivaient en environnement « enrichi » ont une sur-expression de gènes liés à la prolifération cellulaire, alors que ceux qui vivent en environnement « standard » ont une sur-expression de gènes liés à l’apoptose (la mort cellulaire).

 

Une mise en pratique réussie

A l’issue de l’expérience menée à l’INRAE, ce protocole d’enrichissement a été testé dans un haras de pur-sang, sur des yearlings en préparation pour des ventes aux enchères.

 

La majorité des enrichissements a pu être mise en place par le personnel du haras, ce qui montre que ce protocole est tout à fait réalisable en pratique. En plus d’améliorer le bien-être des chevaux, les éleveurs souhaitaient déterminer si cet enrichissement avait un impact sur le comportement des chevaux lors des ventes. Leur comportement de stress a donc été évalué lors de leur arrivée dans les boxes sur le site des ventes. Les yearlings maintenus au préalable dans un environnement « enrichi » ont moins manifesté de comportements de stress, comme les hennissements, que les sujets maintenus dans l’environnement « standard ». De plus, dans le rond de présentation, les yearlings « enrichis » ont moins manifesté de comportements de défense.

 

Cette étude dans un élevage a non seulement montré que cet enrichissement peut être mis en pratique sur le terrain, mais aussi qu’il permet de réduire le stress et le risque d’accidents lorsque les chevaux changent de lieu pour une vente ou une compétition.

 

Les enrichissements à mettre en oeuvre

L'enrichissement de l'environnement du cheval porte sur plusieurs axes :

 

L'hébergement

 

Préférer un mode de vie au pré et en groupe lorsque c'est possible.

 

Si le cheval doit vivre en box, privilégier les boxes de grande taille et la litière de paille plutôt que les copeaux. Faciliter les contacts avec d'autres chevaux et organiser des sorties quotidiennes au pré en groupe.

 

L'alimentation

 

Privilégier au maximum le foin (à volonté sauf si problème d’obésité) plus que les concentrés. Pour ralentir le temps d’ingestion, il est conseillé, si c’est possible, de varier les types de fourrages, le cheval prenant alors davantage le temps de choisir, trier et ingérer sa nourriture. Les filets à foin, qui ralentissent la prise alimentaire en empêchant physiquement le cheval d’attraper le foin grâce à un tissage serré, doivent être utilisés au cas par cas. Ils peuvent parfois engendrer de la frustration, de mauvaises positions de tête pour manger, voire des blessures au niveau des gencives.

 

Si de l’aliment concentré doit être donné en complément, il faut fractionner les repas et le distribuer de manière à augmenter le temps d'ingestion : le dissimuler sous du foin ou de la paille, voire l’aromatiser de saveurs variées (ail, cumin, banane...). L’alimentation peut être diversifiée grâce à l'apport de fruits par exemple.

 

Enrichissement sensoriel

 

enrichissement du milieu de vieDisposer au mur un support équipé de brosses, afin que le cheval puisse venir se frotter.

 

Disposer dans le box ou le pré des objets nouveaux, soit posés au sol, soit suspendus, qu'il convient de changer régulièrement (idéalement tous les 2-3 jours) pour que le cheval continue à s'y intéresser. Introduire les objets progressivement et veiller à ne pas choisir des objets trop effrayants.

 

Diffuser quotidiennement de la musique dans les boxes.

 


Habituer le cheval à des endroits nouveaux : l'emmener régulièrement dans des lieux qu'il ne connait pas (nouveau box, nouvelle écurie...) afin de l'habituer à se trouver seul dans un nouvel endroit. Cette habituation peut se faire progressivement, par exemple en emmenant plusieurs chevaux ensemble dans un premier temps, puis en les emmenant individuellement...

Les dispositifs mis en place et suggérés ici sont déclinables selon vos possibilités et vos idées, tant qu’ils n’induisent pas d’anxiété ou de frustration chez le cheval, ce qui serait l’inverse de l’effet escompté.

En savoir plus sur nos auteurs
  • Léa LANSADE Ingénieur de recherche en éthologie - INRAE-IFCE
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 28 10 2020
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