Le conditionnement classique

Un cheval qui tape dans sa porte ou hennit au bruit de la brouette de granulés dans l’écurie, un cheval qui cherche de lui-même le contact et avance sa lèvre supérieure à la vue d’une brosse de pansage, un cheval qui répond au son du clicker… Quel est le point commun entre ces comportements ? Le conditionnement classique. Le cheval apprend inconsciemment à réagir à un stimulus qui ne déclenche normalement aucune réaction de sa part. C’est un apprentissage très utile. Mais quelles en sont les règles et comment bien l’utiliser ?

 

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Petits rappels sur les apprentissages

Un apprentissage est une modification durable du comportement d’un individu comme résultat d’une expérience passée, exprimée par l’animal après exposition à un (des) stimulus (stimuli)* environnemental (environnementaux). L’animal reproduira ce nouveau comportement quand il sera à nouveau confronté au même stimulus. En général, les animaux modifient leur comportement de la façon qui leur est la plus favorable.

* stimulus = tout changement dans l’environnement qui entraîne une réponse comportementale de l’animal (vue d’un congénère/objet nouveau, arrivée du soigneur/vétérinaire, distribution de nourriture, approche de la chambrière, action des aides du cavalier, claquement d’une bâche agricole, odeur d’un produit de soin…)

 

Le conditionnement classique : un apprentissage associatif

 

Le conditionnement classique est un apprentissage dit « associatif » dans lequel le cheval va être amené à réaliser une action en créant une association involontaire entre deux stimuli : l’un qui, initialement, ne déclenche pas de réaction particulière de l’animal, et l’autre qui entraîne naturellement une réaction ou une émotion forte pour lui. 

 

Les grands principes du conditionnement classique

Le conditionnement classique est aussi appelé conditionnement répondant ou conditionnement pavlovien, du nom du célèbre scientifique qui l’a mis en évidence au début du XXème siècle : Ivan Pavlov (1849-1936). Les travaux de ce dernier, menés sur le chien, ont montré qu’en associant la distribution de nourriture au son d’une cloche par exemple, la simple audition de ce son (non accompagnée de nourriture) finissait à la longue par déclencher à elle seule la salivation de l’animal. C’est ce qu’il appela le « réflexe conditionné ». De même, les chevaux réagissent fortement au bruit de la brouette utilisée lors de la distribution de nourriture ou à la vue du seau utilisé pour leur distribuer des céréales. Quels processus se cachent derrière ce type d’apprentissage ?

 

Le cheval crée involontairement une association entre deux stimuli

 

Le conditionnement classique est un apprentissage par lequel le cheval va involontairement créer une association entre :

  • Un stimulus inconditionnel qui, sans conditionnement préalable, a naturellement une valence forte pour le cheval et provoque une réaction réflexe (réaction non conditionnée) de sa part (nourriture, partenaire social…).
  • Et un stimulus neutre qui ne déclenche habituellement aucune réponse particulière de sa part.

 

Ce processus d’apprentissage se décompose en 3 grandes étapes et va ici être illustré avec l’exemple de la distribution de nourriture dans un seau.

 

Avant le conditionnement

 

Avant le conditionnement, le stimulus inconditionnel entraîne une réaction réflexe involontaire de la part de l’animal, quelles que soient les conditions. Le stimulus neutre, quant à lui, ne déclenche pas cette réaction réflexe. Dans l’exemple, la distribution de nourriture joue le rôle de stimulus inconditionnel : très plaisante pour le cheval, elle entraîne automatiquement une émotion positive et une certaine excitation de l’animal. Il est assez facile d’observer qu’au moment des repas, tout cheval a vite tendance à hennir, tourner ou taper dans la porte de son box. A l’inverse, lorsqu’un seau est présenté les premières fois au cheval, il ne s’agit alors que d’un simple objet de plastique sans signification particulière. Il n’induit aucune réaction chez le cheval : c’est le stimulus neutre.

 

Pendant le conditionnement

 

La présentation simultanée des deux stimuli de façon répétée amène le cheval à faire un lien entre le stimulus inconditionnel et le stimulus neutre. Dans l’exemple précédent, si le cheval est maintenant systématiquement nourri dans le même seau, il va commencer à faire l’association entre l’apport de nourriture et le seau, donc à s’exciter à l’idée de recevoir de la nourriture dès qu’il voit le seau arriver.

 

Après le conditionnement

 

Par association avec le stimulus inconditionnel, le stimulus neutre devient stimulus conditionnel. Cela signifie qu’il induit désormais à lui seul la réaction réflexe. Cependant, comme cette dernière est le résultat d’un conditionnement, elle est dite « réaction conditionnée » (et non plus « réaction non conditionnée »). Toujours dans le même exemple, le cheval montre désormais des signes d’excitation à la simple vue du seau, même si ce dernier ne contient plus de nourriture.

 

Stimulus neutre, renforcement secondaire et motivation du cheval

 

Une fois l’association entre le stimulus neutre et le stimulus inconditionnel faite, le stimulus conditionnel pourra ensuite être utilisé comme renforcement dans le cas du conditionnement opérant. Dans ce cas, on parle de renforcement secondaire, à bien différencier du renforcement primaire qui, lui, est naturellement efficace. Pour comprendre, un exemple parle parfois mieux qu’un long texte :

  • La récompense alimentaire (une carotte par exemple) est quelque chose d’agréable, qu’un cheval va naturellement rechercher : c’est un renforcement primaire.
  • Un mot ou une caresse n’évoquent rien de particulier à un cheval mais, au préalable associés à une récompense alimentaire, ils pourront petit-à-petit être utilisés comme récompense à la place de la nourriture, grâce au conditionnement classique : ce sont des renforcements secondaires.

 

renforcement positifconditionnement classique

 


En bref, un renforcement secondaire n’est pas un renforcement au départ. C’est un stimulus neutre qui deviendra renforcement une fois associé à un renforcement primaire, grâce au conditionnement classique. Nous allons voir plus loin que, là encore, deux types de renforcements peuvent être utilisés :

  • Le renforcement positif (R+) qui consiste à apporter quelque chose d’agréable dès que le cheval donne la bonne réponse.
  • Et le renforcement négatif (R-) qui consiste à arrêter toute pression désagréable dès que le cheval donne la bonne réponse.

 

Dans quels cas s’applique le conditionnement classique ?

 

Le conditionnement classique peut être mis à profit dans de nombreuses situations de la vie courante. Exemples : donner une petite quantité de nourriture à un cheval à chaque fois qu’il prend son mors de lui-même, donne bien ses pieds… Le fait d’associer ces situations à de la nourriture les rend attractives pour le cheval, qui les recherchera au lieu d’y rester indifférent. C’est aussi un excellent moyen pour faire accepter à un cheval un stimulus ou une situation naturellement anxiogène, comme la tonte, monter dans un van, passer dans un gué, aller à la douche… Cela l’habitue plus rapidement à ne plus en avoir peur.

 

Dans la pratique de l’équitation, le cavalier utilise aussi fréquemment le conditionnement classique sans forcément en avoir conscience. C’est le cas lorsqu’il associe un stimulus neutre, comme un léger contact du mollet sur les flancs, à une stimulation plus désagréable, comme une pression de talon voire d’éperon. Chez le cheval novice, le contact avec le mollet n’induit aucune réaction, c’est un stimulus neutre. En revanche, une fois l’association faite, il a le même effet que la pression de talon/d’éperon : il devient stimulus conditionnel. Le but est qu’au lieu de toucher systématiquement le cheval avec le talon ou l’éperon, il réagisse par la suite à un léger contact du mollet.

 

Enfin, dans le même esprit, le conditionnement classique peut être utilisé afin d’associer un stimulus neutre, tel qu’un son, un mot ou une caresse, avec de la nourriture. L’objectif est de pouvoir utiliser ce stimulus neutre à la place de la nourriture.

 

Comment bien utiliser le conditionnement classique ?

Voici une méthode pas à pas pour la mise en place d’un renforcement secondaire grâce au processus de conditionnement classique.

 

Etape 1 : choisir le stimulus neutre qui deviendra le renforcement secondaire

 

D’une manière générale, plus le stimulus sera précis et facilement identifiable par le cheval, plus l’apprentissage sera rapide. Le choix du stimulus est donc primordial.

Type de renforcementRenforcement positif (R+)Renforcement négatif (R-)
Stimulus neutreGeste, contact tactile, mot…Mot énoncé fort et distinctement, fait d’écarter la cravache (sans pour autant s’en servir), effleurement des flancs du cheval avec les mollets, léger lever de la chambrière…

 

Si l'on utilise un mot, il devra toujours être le même et avec la même sonorité, afin qu'il soit bien distingué par le cheval (« oui », « bien », « brave »...). Si l’on utilise un contact tactile ou un geste, il faut vérifier qu’il ne ressemble pas à ceux que l’on emploie régulièrement.

Une bonne solution consiste à utiliser un son bref, jamais entendu dans d’autres circonstances. Employé chez de nombreuses espèces, le « clicker training » est une méthode d’entraînement très efficace basée sur l’utilisation d’un son métallique provenant d’un petit appareil. Il a l’avantage d’être unique, facilement identifiable, et a priori jamais rencontré par le cheval dans d’autres circonstances.

 

Etape 2 : choisir le stimulus inconditionnel

 

Le stimulus inconditionnel doit vraiment avoir du sens pour le cheval, c’est-à-dire être :

  • Franchement plaisant dans le cas du renforcement positif, le but étant que le cheval le recherche.
  • Ou suffisamment déplaisant dans le cas du renforcement négatif, le but étant de surprendre le cheval.

 

Il s’agit d’un renforcement primaire qui engendre, à lui seul, une réaction de l’animal.

 

Type de renforcementRenforcement positif (R+)Renforcement négatif (R-)
Stimulus inconditionnel = renforcement primaireRécompense alimentaire, grattage sur une zone apprécié du cheval (garrot par exemple), présence d’un congénère…Pression soudaine des talons, contact de l’éperon, petit coup de cravache, toucher de la chambrière…

Il paraît utile de rappeler qu’à efficacité comparable, c’est le stimulus le moins déplaisant possible qui doit être utilisé. L’intensité de cette stimulation doit être adaptée à chaque cheval. Pour certains, la surprise d’un talon qui touche soudainement le flanc suffira, tandis que pour d’autres, la stimulation devra être plus intense.


Quoi qu’il en soit, un aliment apprécié du cheval reste souvent le stimulus inconditionnel qui fonctionne le mieux. Carottes, pommes, friandises… sont des valeurs sures pour récompenser. On utilise parfois le grattage au niveau du garrot ou d’une autre zone très appréciée. Ceci peut fonctionner mais semble moins efficace que la récompense alimentaire.

 

Etape 3 : associer les stimuli neutre et inconditionnel

 

Afin de favoriser l’association entre les deux stimuli, le stimulus neutre doit précéder et être immédiatement suivi du stimulus inconditionnel. De la clarté de la combinaison entre les deux stimuli dépend en effet l’efficacité du conditionnement. L’association étant plus ou moins longue à mettre en place, il est bien souvent nécessaire de la répéter plusieurs fois.

 

Plus le stimulus neutre sera facilement identifiable par le cheval et plus il captera son attention (son bien distinctif…), plus le conditionnement ira vite. Il faut également que le stimulus inconditionnel induise une réaction ou une émotion suffisamment forte chez le cheval (récompense alimentaire…). Imaginez un cheval assoiffé à qui l’on apporte à boire dans un seau d’eau : il y a de grandes chances qu’il fasse l’association entre le seau et l’eau en une seule fois. En revanche, si vous voulez associer un mot peu identifiable à une poignée d’herbe alors que le cheval en dispose déjà en libre accès, le conditionnement risque d’être très long à mettre en place…

 

Etape 4 : utiliser ce renforcement secondaire dans le cadre du conditionnement opérant

 

Une fois l’association entre le stimulus neutre et le stimulus inconditionnel établie, le stimulus neutre, devenu stimulus conditionnel, pourra, au moins en théorie, être directement utilisé comme renforcement à la place du stimulus inconditionnel. Dans la pratique, au lieu de donner une récompense alimentaire à votre cheval dès qu’il répond à votre demande, vous pourrez simplement utiliser la caresse ou la félicitation vocale comme renforcement positif. Idem en équitation, où un simple soufflet du mollet pourra petit-à-petit suffire à remplacer une pression du talon ou le contact de l’éperon/la cravache dans le cadre d’un renforcement négatif. Toutefois, l'utilisation du stimulus conditionnel seul va aboutir au bout d'un certain temps à l'extinction de la réponse ; le cheval n'y répondra plus. Il est donc nécessaire de continuer à introduire régulièrement le stimulus inconditionnel.

 

Et si ça ne marche pas ?

  • Est-ce que le stimulus inconditionnel engendre une émotion ou une réaction suffisamment forte ?
  • Est-ce que le stimulus neutre est facilement identifiable par le cheval ?
  • Avez-vous répété suffisamment de fois l’association entre le stimulus neutre et le stimulus inconditionnel ?
  • Est-ce que vous enchaînez suffisamment rapidement les stimuli ?
  • Est-ce que le conditionnement ne s’est pas déjà éteint ?

Ce qu’il faut retenir

Dans le conditionnement classique, le cheval apprend à réagir à un stimulus qui ne déclenche habituellement aucune réaction de sa part, par association involontaire avec un stimulus ayant naturellement une valence plaisante ou déplaisante pour lui.


Complémentaire au conditionnement opérant, ce type d’apprentissage est très utile pour affiner l’éducation et le dressage du cheval, afin de tendre vers une équitation plus fine, avec des codes plus subtils. C’est aussi un excellent moyen de dédramatiser et/ou rendre plus attractives des situations anxiogènes pour le cheval. Il permet de mettre en place des renforcements, positifs ou négatifs, qui n’ont au départ pas de signification particulière pour le cheval. Dans tous les cas, un bon entraîneur cherchera toujours à réduire la pression nécessaire et à privilégier des codes légers.


Le dressage d’un cheval est un long façonnage, sur plusieurs années. C’est petit-à-petit, en combinant les différents apprentissages, que l’on va conduire le cheval à réaliser des actions complexes comme des figures de dressage.

En savoir plus sur nos auteurs
  • Léa LANSADE Ingénieur de recherche en éthologie - INRAE-IFCE
  • Marianne VIDAMENT Docteur vétérinaire - ingénieur de développement IFCE
  • Christine BRIANT Docteur vétérinaire - ingénieur de développement IFCE
  • Nelly GENOUX Ingénieur agronome - IFCE
Bibliographie
  • BARAGLI P., PADALINO B. et TELATIN A. (2015). The role of associative and non-associative learning in the training of horses and implications for the welfare (a review). Annali dell'Istituto superiore di sanita, 51, pages 40-51.
  • IFCE (2015). Travailler son cheval selon les principes de l’apprentissage. Editions Haras Nationaux, 77 pages.
  • ISES (International Society of Equitation Science) - Principes fondamentaux de l’entraînement du cheval → Poster en français
  • ROCHE H. (2013). Motiver son cheval, clicker training et récompenses. Editions Belin.
  • SANKEY C., HENRY S., GORECKA-BRUZDA A., RICHARD-YRIS M.A. et HAUSBERGER M. (2011). Aliment ou grattage : quelle récompense pour le cheval ? 37ème Journée de la Recherche Équine, Paris, pages 179-182.
  • SANKEY C., HENRY S., RICHARD-YRIS M.A. et HAUSBERGER M. (2009). Le renforcement comme médiateur de la relation homme/cheval. 35ème Journée de la Recherche Équine, pages 89-100.  
  • VALENCHON M., LEVY F. et LANSADE L. (2013). Influence du tempérament sur les performances d'apprentissage et de mémoire du cheval : bilan de trois années de travail de thèse. 39ème Journée de la Recherche Équine, Paris, pages 147-150.
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 18 09 2020
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