Tempérament et utilisation du cheval

Tous les cavaliers peuvent l’attester : un bon cheval, ce n’est pas qu’un physique. Quelle que soit la discipline pratiquée, les qualités mentales du cheval sont déterminantes pour son utilisation. Mais que sait-on des relations entre tempérament et utilisation ?

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par Marianne VIDAMENT - Léa LANSADE - | 16.04.2019 |
Niveau de technicité :
balade à cheval
Sommaire

Petits rappels sur la notion de tempérament

En éthologie, le caractère d’un animal est appréhendé par la notion de tempérament.

Les travaux ont établi des relations entre la mesure scientifique du tempérament (tests de tempérament complets ou standardisés et tests de tempérament simplifiés) et les capacités des chevaux à être utilisés. Ces relations sont plus ou moins fortes, cela dépend des tâches à effectuer, de la discipline et de la façon dont le tempérament a été mesuré. Malgré tout, de grandes tendances ressortent et concerneraient principalement les dimensions d’émotivité (réactions de peur), de grégarité (recherche de congénères) et d’activité locomotrice spontanée.

Emotivité et utilisation

Parmi toutes les dimensions que l’on peut mesurer, la dimension d’émotivité (réactions de peur) semble être celle qui est le plus souvent impliquée dans ses conséquences sur l’utilisation des chevaux.

tempérament et utilisation du chevalLes chevaux émotifs sont en général plus difficiles à manipuler au pré, au box, lors des soins zootechniques ou vétérinaires (pose d’un cathéter, prise de sang…) et à débourrer. Ils sont aussi plus difficiles à monter quand ils sont dans leurs premières années de compétition, ou plus tard, montrent plus de comportement de défenses ou de réactions à l’environnement (écart, refus) ou tirent plus sur les rênes. Les anglo-saxons parlent de « rideability » (ou « Rittigkeit » en allemand), soit l’aptitude à être monté. Quatre études françaises montrent aussi que les chevaux émotifs sont plus difficiles à monter ou à atteler en toute sécurité par des utilisateurs peu expérimentés et à utiliser en extérieur.


D’autre part, il a été montré récemment que les chevaux peureux apprennent de manière différente des chevaux non peureux. Ils apprendraient plus vite en milieu familier quand la tâche elle-même fait un peu peur (en renforcement négatif), ce qui est la technique la plus courante. En revanche, ils apprendraient moins rapidement dans les autres cas, et notamment en milieu non familier.

Grégarité, activité locomotrice et utilisation

tempérament et utilisation du chevalDe même, lors des tests, les chevaux qui ont une activité locomotrice spontanée élevée ou qui bougent beaucoup quand ils sont séparés de leurs congénères, sont en général plus difficiles à manipuler au pré, au boxe et lors des soins quotidiens. Trois études françaises montrent qu’ils sont aussi plus difficiles à monter ou à atteler en toute sécurité par des utilisateurs peu expérimentés.

Tempérament et performances en CSO

La littérature scientifique sur les relations entre le tempérament des chevaux et leurs performances en CSO est peu abondante et ne va pas toujours dans le même sens.

Pour Léa Lansade, les jeunes chevaux les plus émotifs seraient plus performants à la longe et sauteraient plus haut au moment du débourrage ; ces derniers seraient aussi plus appréciés des cavaliers confirmés. Ceci est corroboré par une étude française non publiée : sur 24 étalons poneys de 3 ans, les sujets émotifs ont été jugés plus francs et légers par des cavaliers professionnels. Pour Léa Lansade, les jeunes chevaux émotifs seraient plus performants en épreuves de CSO car ils feraient tomber moins de barres.

Dans une étude hollandaise, il a en revanche été trouvé des relations inverses d’une année sur l’autre sur les mêmes chevaux de CSO, entre des mesures d’émotivité et de grégarité faites à 1 an et à 2 ans, et leurs performances de saut lors du débourrage à 3 ans. Et récemment, sur un très grand nombre de chevaux français, il n'a été trouvé quasiment aucune relation entre le tempérament mesuré à 3 ans pendant les concours Modèle et Allures (dont l'émotivité) et l'indice de performance en CSO à 4 ans.

Tempérament et discipline

Les chevaux spécialisés en dressage seraient plus peureux que les chevaux de CSO. Les auteurs ne sont pas d’accord sur l’hypothèse de l’origine de cette plus grande émotivité :

  • Base génétique dans une étude sur des chevaux de selle suédois et des hanovriens ;
  • Mode de vie / type de travail dans une étude française : la vie en box augmenterait leur émotivité et la contrainte des exercices de dressage pourrait faire de même.

Mode de vie et tempérament

Le mode de vie peut modifier la réactivité des chevaux. Il a été montré dans différentes études que, par rapport à une vie en groupe, la vie en box augmentait le niveau d’émotivité, l’activité locomotrice et les défenses des chevaux quand on les manipule ou qu’on les met en liberté.

tempérament et utilisation du chevalPar exemple, des jeunes chevaux vivant seuls en grand box la journée avec différents enrichissements (nourriture, objets) et la nuit en groupe et dehors étaient moins peureux et présentaient moins de défenses lors d’un test de marche en main que ceux vivant continuellement en box. Autre exemple, dans des centres équestres français, des chevaux qui vivaient en box présentaient plus de réactions locomotrices lors d’un test d’émotivité que des chevaux vivant en groupe. Il ressort de plusieurs autres études que les chevaux qui ne sortent du box que pour travailler ou qui sortent peu en liberté (2 heures par semaine) sont plus agités au box, se couchent moins, sont plus agressifs envers les congénères et sont plus stressés que ceux qui sont mis en liberté 2 heures par jour.

Ce qu'il faut retenir

La connaissance du tempérament est importante pour choisir son futur cheval, interagir avec lui dans la vie de tous les jours et au cours du travail. En tenir compte contribue au bien-être du cheval et à la sécurité du cavalier.

Le tempérament du cheval, et notamment son émotivité, vont influencer son aptitude à la discipline à laquelle il est destiné. Mais il faut garder en tête que ces relations sont statistiques et que des exceptions existent. Le tempérament n’est qu’un élément, à côté d’autres facteurs importants comme la morphologie, les allures et les conditions d’utilisation et de vie du cheval, ces dernières pouvant moduler en partie ce tempérament.

En savoir plus sur nos auteurs
  • Marianne VIDAMENT Ingénieur de développement Ifce
  • Léa LANSADE Ingénieur de recherche en éthologie Inra-Ifce
Bibliographie
  • HAUSBERGER M., LE SCOLAN N., BRUDERER C. et PIERRE J.S., 1998. Le tempérament du cheval : facteurs en jeu et implications pratiques. In : Cheval, I.d. (Ed.), 24ème journée d'étude, Institut du Cheval, Paris, pages 159-168.
  • LANSADE L., NEVEUX C., VALENCHON M., MOUSSU C., YVON J.M., PASQUIER F. et LEVY F., 2011. Enrichir l'environnement des chevaux permet d'améliorer leur bien-être, de diminuer leur émotivité et d'augmenter la sécurité des manipulateurs. 37ème Journée de la Recherche Equine, Paris, 37, pages 33-41.
  • LANSADE L., LECONTE M. et PICHARD G., 2008. Développement d’un outil de prédiction du tempérament et des aptitudes mentales du cheval aux différentes disciplines équestres. 34ème Journée de la Recherche Equine, Institut français du cheval et de l'équitation, Paris, pages 17-28.
  • LANSADE L., PHILIPPON P., HERVÉ L., COSSON O., YVON J.M. et VIDAMENT M., 2015. Validation de tests de tempérament adaptés aux conditions de terrain et relation avec l’utilisation pour le CSO. 41ème Journée de la Recherche Equine, Institut français du cheval et de l'équitation, Paris, pages 25-34.
  • LESIMPLE C., FUREIX C., LE SCOLAN N., LUNEL C., RICHARD-YRIS M.A. et HAUSBERGER M., 2010. Interférences entre management, émotivité et capacités d'apprentissage : un exemple dans les centres équestres. 36ème Journée de la Recherche Equine, Les Haras Nationaux, Paris, pages 169-176.
  • VALENCHON M., 2013. Les performances d'apprentissage dépendent du tempérament de chaque cheval. Equ'idée, décembre 2013, article 2.
  • VIDAMENT M., YVON J.M., LE BON M., DUMONT SAINT-PRIEST B., DANVY S., L. L., 2015. Le tempérament des chevaux mesuré par des tests standardisés : relation avec l’âge, la race et le niveau du cavalier. 41ème Journée de la Recherche Equine, Institut français du cheval et de l'équitation, Paris, pages 15-24.
  • VIDAMENT M., LANSADE L., DUMONT SAINT-PRIEST B., SABBAGH M., YVON J.M., DANVY S. et RICARD A., 2016. Analyse des résultats des tests de tempérament simplifiés sur des jeunes chevaux et poneys de selle français : relation avec la performance et première évaluation de l’héritabilité. 42ème Journée de la Recherche Équine, Institut français du cheval et de l’équitation, Paris, pages 13-22.
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 13 12 2019
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