L'artérite virale équine, une maladie contagieuse qui circule en France

L’artérite virale équine (AVE) est une maladie respiratoire et de l’appareil reproducteur qui a provoqué une épizootie en Normandie durant l’été 2007. Du fait des conséquences potentielles de la maladie - avortements, mortalité chez les foals et portage à long terme du virus dans l’appareil génital des étalons - son impact économique peut être important pour la filière équine. Depuis fin 2018, 4 avortements dus à l’AVE et le portage du virus chez 8 entiers ont été confirmés, ainsi qu’une circulation virale chez des juments reproductrices.

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Poulinières suitées au pré
Sommaire

Quel est l'agent pathogène responsable de l'artérite virale équine ?

L’artérite virale est une maladie contagieuse causée par un virus. Il existe plusieurs souches de virus, de virulence variable (capacité à provoquer des signes cliniques chez le cheval). Le virus de l’artérite virale infecte uniquement les équidés : la maladie n’est pas transmissible à l’homme.

Les souches circulant en France jusqu’en 2007 provoquaient peu de signes cliniques. Une souche virulente est apparue en Normandie en juin 2007, à l’origine d’avortements et de cas de mortalités chez des poulains.

Comment se transmet l’artérite virale équine ?

Il existe deux voies de transmission principales pour cette maladie.

La voie respiratoire

pâturageLes chevaux s’infectent par inhalation d’aérosols contenant du virus lors d’un contact :

  • Avec un équidé (ou ses sécrétions) en phase clinique de la maladie (phase très courte suivant immédiatement la contamination, durant 5 à 8 jours). La principale source de contamination est le jetage. Les larmes, l'urine, le sperme par exemple, peuvent être également, mais beaucoup plus rarement, des sources de contamination. Après cette phase clinique, les juments et les hongres éliminent totalement le virus et ne sont donc plus contagieux 30 jours après l’infection. Seuls certains chevaux entiers peuvent rester excréteurs du virus dans le sperme au-delà de 30 jours.
  • Avec le sperme et l’urine d’un entier excréteur dans le sperme.
  • Avec les tissus ou sécrétions d’un avorton contaminé.

La voie sexuelle

La contamination se fait principalement d’un étalon « excréteur » vers les juments qu’il saillit ou qui sont inséminées avec sa semence (qu’elle soit fraîche, réfrigérée ou congelée).

Les étalons excréteurs représentent le réservoir du virus :

  • Après guérison clinique, 10 à 70% des étalons restent porteurs du virus dans les glandes annexes de l’appareil génital et excrètent le virus dans le sperme. Cette excrétion peut durer de quelques semaines à plusieurs années.
  • Un étalon porteur sain du virus, utilisé pour la reproduction, peut être à l’origine d’une épidémie, comme ce fut le cas en Normandie en 2007.

Chez un étalon porteur sain, des mutations du virus peuvent apparaître au cours du temps, à l’origine de nouvelles souches virales plus virulentes

Une jument saillie (ou inséminée) par un étalon porteur est quasi-systématiquement infectée. De retour à l’élevage, elle transmet ensuite le virus à ses congénères par voie respiratoire. Cela pose notamment problème lors de contacts avec des juments pleines (possibilité d’avortements) ou des poulains (cas de mortalité décrits).


Autres voies de transmission

Le virus est peu résistant dans le milieu extérieur :

  • Il ne persiste pas plus de 24h sur un support inerte (mangeoire, camion, vêtements…).
  • Les désinfectants virucides usuels le détruisent.

Une contamination indirecte est néanmoins possible par l’intermédiaire du matériel ou des personnes.

Une transmission in utero, de la mère au fœtus, est également possible. De même, une jument donneuse, inséminée avec de la semence contaminée, peut transmettre la maladie à une jument receveuse lors de transfert embryonnaire.

En résumé, les principales voies de transmission de l’artérite virale équine

Quels sont les signes cliniques de l'artérite virale équine ?

La grande majorité des infections sont inapparentes ou subcliniques et passent inaperçues.

Après une période d’incubation (délai entre la contamination et l’apparition des premiers signes cliniques) de 2 à 14 jours (transmission par voie respiratoire) ou 6 à 8 jours (transmission par voie sexuelle), les équidés peuvent développer des signes cliniques très variés et plus ou moins marqués, notamment en fonction de la virulence de la souche. La phase clinique dure 1 à 2 semaines.

Les signes cliniques classiquement décrits peuvent ressembler à un épisode grippal, mais sont le plus souvent moins intenses :

  • Une hyperthermie modérée (T > 38,5°C) associée à des signes généraux (fatigue, baisse d’appétit)
  • Des signes respiratoires : écoulements nasaux et oculaires séreux, plus rarement de la toux, des difficultés respiratoires
  • Un œdème des zones déclives : membres, fourreau, ventre, scrotum chez l’étalon, mamelle chez la jument
  • Une raideur dans la locomotion
  • Une urticaire

Chez la jument gravide, un avortement peut avoir lieu 2 à 4 semaines après la contamination par voie respiratoire. Toutes les juments contaminées n’avortent pas. Elles peuvent avorter sans avoir présenté d’autres signes cliniques préalables. En revanche, cette infection n’a pas de conséquence à court et long terme sur la fertilité de la jument.

Chez l’étalon, on peut observer une subfertilité transitoire de 6 à 11 semaines, notamment en raison de l’hyperthermie associée à la maladie et l’augmentation consécutive de la température des testicules. Les étalons chez lesquels on observe une persistance du virus dans l’appareil génital ne présentent pas de symptômes : ils sont porteurs sains. Le portage chronique du virus dans l’appareil génital n’a pas de conséquences sur la qualité du sperme.

On peut également observer des cas de mortalité chez de jeunes poulains, conséquence d’une pneumonie et d’une entérite (inflammation de la muqueuse intestinale). Cinq cas de mortalité ont été décrits chez des foals lors de l’épidémie de 2007 en Normandie, puis un cas en 2011.

Du fait des conséquences potentielles de la maladie, notamment des avortements, un portage à long terme du virus dans l’appareil génital des étalons et des cas de mortalité chez les foals, son impact économique peut être important pour la filière équine.

En résumé, les principaux signes cliniques observés lors d’artérite virale équine

Mise en place de l’immunité suite à une infection par le virus de l’AVE

Après une première contamination, les chevaux acquièrent une immunité forte et de longue durée : les anticorps produits par l’organisme au moment de la contamination peuvent persister jusqu’à 8 ans chez des juments. Cependant des réinfections semblent possibles.

Comment diagnostiquer la maladie ?

Les manifestations cliniques de l’artérite virale équine sont proches de celles rencontrées lors d’infection grippale ou de rhinopneumonie, il est donc nécessaire de réaliser des analyses de laboratoire pour confirmer le diagnostic.

Il existe deux techniques de mise en évidence du virus : par isolement du virus ou recherche du génome du virus par amplification génique (PCR). Les prélèvements sont réalisés sur les organes du fœtus ou du placenta lors d’avortement. La recherche systématique d’une éventuelle cause infectieuse lors d’avortement est primordiale afin de protéger le reste du troupeau. Lors de signes respiratoires, un écouvillon nasopharyngé est réalisé. 

Une analyse sérologique peut également être utilisée. Elle consiste à rechercher dans le sang des anticorps spécifiques du virus. La présence de ces anticorps indique que l’animal a été en contact avec ce virus ou qu’il a été vacciné contre la maladie. Le taux d’anticorps augmente après un contact avec le virus, pour stagner ensuite, puis diminuer lentement. Il est important de comparer un résultat positif obtenu à des résultats antérieurs pour suivre l’évolution du taux d’anticorps. En cas d’augmentation du taux d’anticorps ou en cas de résultat positif unique, il est nécessaire de faire une seconde analyse (au minimum 14 jours après) afin de savoir si la contamination est récente.

Comment traiter l'artérite virale équine ?

A l’heure actuelle, il n’existe aucun traitement spécifique vis-à-vis de cette maladie virale. Un traitement atténuant les symptômes peut être mis en place (soutien de l’état général, anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) pour faire diminuer la température corporelle, anti-œdémateux, mise au repos…) chez les chevaux présentant des signes cliniques importants.

Chez les poulains, un traitement antibiotique peut être mis en place pour prévenir les infections bactériennes secondaires.

« Blanchiment » des étalons excréteurs

Les entiers peuvent devenir porteurs sains du virus dans les glandes annexes de leur appareil génital et excréter le virus dans leur semence. Ce portage est sous dépendance de la testostérone : la castration le fait cesser.

Pour les étalons dont les propriétaires souhaitent prolonger la carrière de reproducteur, une castration immunologique par injection de vaccin anti-GnRH peut être envisagée même si son efficacité n’est pas totalement prouvée. Elle inhibe temporairement la production de GnRH (hormone induisant la production de testostérone). En France, il n’existe pas de vaccin ayant une AMM (autorisation de mise sur le marché) pour les équidés. Un vaccin destiné aux porcs peut être utilisé (Improvac NDV). Cependant, les chances de retour à une fonction sexuelle normale sont très incertaines.

Comment prévenir la transmission de la maladie ?

Il s’agit essentiellement de protéger les étalons, les juments gestantes et les poulains.

La vaccination

Un vaccin (ARTERVACNDV) contre l’artérite virale est commercialisé en France. La vaccination est vivement conseillée pour l’ensemble des étalons reproducteurs, en particulier les plus à risque :

  • Etalons utilisés en monte naturelle, en contact direct avec des juments extérieures
  • Etalons utilisés en insémination artificielle mais se déplaçant fréquemment hors du centre de reproduction, pour la compétition par exemple
  • Etalons hébergés dans des structures mixtes en contact direct ou indirect (personnel, matériel…) avec des chevaux de statut sanitaire inférieur (exemples : centres de mise en place de semence, élevages, écuries de compétition/course)

Le dépistage

Afin de dépister cette maladie, il est possible d’utiliser des tests sérologiques (séroneutralisation) ou virologiques (isolement viral, PCR).

En cas de test sérologique positif chez un étalon non vacciné, un isolement viral ou une PCR sur la semence doit être réalisé(e) pour savoir si le cheval est excréteur ou non dans le sperme.

Le dépistage des entiers non vaccinés est conseillé, en particulier dans les situations suivantes :

  • Pour les étalons, avant l’entrée dans un centre de reproduction
  • Pour les étalons, de façon régulière au cours et à la fin de la saison de monte, notamment s’ils rencontrent des équidés de statut inconnu vis-à-vis de l’AVE (par exemple sorties en compétition, saillies en monte naturelle de juments non testées, structures mixtes)
  • Lors de l’achat d’un entier dans le but de l’utiliser comme étalon
  • Lors de regroupements d’étalons (salon des étalons par exemple)

Le dépistage des juments allant à la saillie est conseillé, en particulier celles qui pourraient être en contact direct (monte naturelle) ou indirect (structures mixtes) avec des étalons, et cela dans le but de protéger les étalons.

Les autres mesures de biosécurité

  • Dans les structures mixtes, séparation effective des lots suivants : étalons/juments gestantes/poulains/équidés à risque (juments allant à la saillie, chevaux de concours/course).
  • Mise en place d’une marche en avant (ou circuit de soins) : s’occuper en premier des poulains et des juments gestantes, puis des étalons, et terminer par les équidés à risque ou, le cas échéant, lavage des mains et tenue spécifique pour chaque lot d’équidés.
  • Lorsque le contexte le permet, une mise en quarantaine de 3 semaines lors de l’introduction d’un nouvel équidé dans un effectif.

En résumé, les principales mesures de prévention contre l’artérite virale équine


Lors d’une suspicion

  • Isolement des animaux malades
  • Test diagnostique

Aspects réglementaires en France

L'artérite virale équine est une maladie réglementée qui fait partie des dangers sanitaires de catégorie 2 (article L.201-1 du Code rural et de la pêche maritime, arrêté ministériel du 29/07/2013).

Le prélèvement est réalisé par le vétérinaire sanitaire déclaré par le détenteur et l’analyse réalisée dans un laboratoire d’analyse agréé pour cette maladie. En cas de résultat virologique (isolement viral ou PCR) positif, le résultat doit être confirmé par le laboratoire national de référence (LNR) pour cette maladie.

Une déclaration doit être faite auprès de la DDPP (Direction Départementale en charge de la Protection des Populations = services vétérinaires départementaux) par le laboratoire d’analyse, le vétérinaire sanitaire, le détenteur ou le propriétaire de l’équidé.

Son diagnostic n’entraîne pas l’application de mesures de police sanitaire par l’Etat. La gestion des cas positifs est réalisée par les professionnels, en lien avec le LNR et le vétérinaire sanitaire de la structure touchée.

Réglementation dans le cadre de la monte en France

Des dépistages annuels vis-à-vis de l’AVE sont obligatoires pour :

En cas de test virologique positif, l’étalon n’est plus autorisé à reproduire tant qu’il reste excréteur dans la semence.

Echanges intracommunautaires de semence

Des dépistages sont obligatoires chez les étalons dont la semence est envoyée dans l’UE, avec une fréquence des dépistages variable en fonction du risque, c’est-à-dire s’il y a sortie ou non du centre de collecte (Directive 92/65/CEE du Conseil (Annexe D) modifiée par le RCE 176/2010 et le RCE 846/2014).

Échanges intracommunautaires de chevaux vivants

Le dépistage de l’AVE n’est pas obligatoire.

Ventes publiques de chevaux

Des tests AVE sont rendus obligatoires pour certains types d’équidés, par certaines agences de ventes publiques, en particulier Arqana et Osarus.

Export

Pour l’export de semence, un dépistage AVE est quasi-systématiquement demandé.

Concernant l’export de chevaux vivants, un dépistage AVE est quasi-systématiquement demandé chez les entiers. Les exigences des pays-tiers sont consultables sur le site Exp@don.

Quelle est la situation sanitaire en France et en Europe vis-à-vis de l’artérite virale ?

En France

La maladie circule en France mais n’occasionne le plus souvent pas de signes cliniques. Ainsi, une étude rétrospective, se basant sur les résultats d’analyse enregistrés dans la base SIRE dans le cadre du contrôle sanitaire de la monte, a permis d’estimer que 239 nouveaux cas et 177 foyers se sont déclarés entre 2006 et 2012 chez des juments reproductrices. De même, chaque année, quelques entiers sont confirmés excréteurs dans leur semence.

En 2007, une épizootie à l’origine de formes cliniques s’est déclarée en Normandie : trente foyers ont ainsi été décrits et plus de 200 chevaux ont été touchés. 5 cas de mortalité sur des poulains de moins d’un mois et un avortement ont été observés. Plus de 30 étalons sont devenus excréteurs du virus dans la semence.

En 2011, un foyer a été recensé dans le Sud-Est de la France avec un cas de mortalité chez un foal.

Depuis la fin de l’année 2018 :

  • 4 avortements dus à l’AVE ont été confirmés dans 4 structures normandes,
  • 8 entiers sont devenus excréteurs du virus dans leur semence, dont 6 étalons utilisés pour la monte

En Europe

Des foyers d’AVE sont régulièrement déclarés dans différents pays Européens chaque année (Allemagne, Italie, Espagne, Pologne, Slovaquie, Pays-Bas…) souvent associés à des signes cliniques importants (avortements principalement). De même, la recherche d’AVE chez les étalons utilisés en IA au niveau européen conduit à la déclaration d’étalons excréteurs en Europe.

Entre 2013 et 2016, près de 50 étalons ont été diagnostiqués comme excréteurs du virus dans leur semence. C’est pourquoi il est fortement recommandé de demander une attestation du statut de l’équidé vis-à-vis de l’AVE avant tout achat d’un étalon en Europe.

Ce qu'il faut retenir

La transmission de l’artérite virale au sein des équidés et les conséquences cliniques

En savoir plus sur nos auteurs
  • Isabelle BARRIER-BATTUT Docteur vétérinaire - formatrice IFCE
  • Bénédicte FERRY Docteur vétérinaire - ingénieur de développement IFCE
  • Marie DELERUE Docteur vétérinaire - ingénieur de développement IFCE
  • Christel MARCILLAUD-PITEL Réseau d'Epidémio-Surveillance en Pathologies Equines (RESPE)
  • Aymeric HANS Laboratoire national et Européen de référence pour l’artérite virale équine- Laboratoire de santé animale, site de Normandie - Anses
  • Loïc LEGRAND Laboratoire départemental Labéo Frank Duncombe
Bibliographie

Articles en français

Articles en anglais

Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 11 08 2020
Fiche réalisée avec nos partenaires
RESPE
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