Protéger mes chevaux : 6 principes pour limiter la contagion

Trop peu utilisés dans la filière équine, l’isolement et la quarantaine participent à l’efficacité de votre plan de prévention sanitaire. Le confinement reste la meilleure protection contre l’introduction et la propagation de maladies contagieuses au sein de votre effectif. Pour vous guider dans cette démarche, il existe toute une gamme de bonnes pratiques sanitaires et de mesures faciles à mettre en œuvre.

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par Cathy MENARD - Marie DELERUE - | 04.05.2020 |
Niveau de technicité :
biosécurité
Sommaire

Isolement ou quarantaine, qu’est-ce que c’est ?

Isolement

L’isolement consiste en une mise à l’écart d’un cheval ou d’un lot de chevaux afin d’éviter les contacts entre les individus potentiellement atteints d’une maladie contagieuse et les animaux sains :

  • Chevaux suspects d’être malades (baisse de forme, abattement, perte d’appétit…)
  • Chevaux malades présentant des signes cliniques évocateurs d’une maladie contagieuse (hyperthermie à partir de 38,5°C, toux, jetage, diarrhée, problèmes cutanés…)

Quarantaine

La quarantaine consiste en une mise à l’écart d’un cheval ou d’un lot de chevaux dont on ne connait pas le statut sanitaire :

  • Nouvel arrivant dont le statut sanitaire est inconnu
  • Chevaux de votre effectif de retour de déplacement à risque (rassemblements à forte concentration, zone de circulation virale…)

Des mesures de prévention en plus du confinement

Isolement ou quarantaine, l’objectif reste le même : prévenir d’une éventuelle contagion. La différence entre les deux situations réside donc dans le degré de connaissance du statut sanitaire des équidés. L’efficacité de ces deux démarches, en plus du confinement, sera conditionnée par la mise en œuvre de mesures de prévention sanitaire pour la plupart communes aux deux cas. La situation épidémiologique doit être prise en compte pour adapter les protocoles.

Selon les risques évalués, ces mesures peuvent être mises en œuvre individuellement ou combinées, telles que par exemple :

  • Confinement dans un box ou un paddock isolé du reste de l’effectif
  • Interdiction pour le(s) cheval(ux) d’entrer ou de sortir d’un secteur de la structure (quarantaine, écurie de poulinage…)
  • Arrêt des déplacements (concours, randonnées, haras pour la saillie…)

Dans le cadre de l’isolement, en cas de confirmation d’une maladie contagieuse, les mesures de prévention seront renforcées, notamment pour la désinfection.

La quarantaine est  l’occasion de vérifier que le cheval est à jour de ses vaccins et de le vacciner le cas échéant, mais aussi de réaliser certains dépistages de maladies, comme par exemple la gourme.

Retenez que toutes les formes de précautions sanitaires et hygiéniques, des plus libérales aux plus strictes, participent à la protection de vos chevaux.

6 clés de réussite pour limiter la contagion

Présence d'une structure d’isolement

La zone est réservée exclusivement à une utilisation pour les nouveaux arrivants, les chevaux suspects d’être infectés ou confirmés infectés. Elle doit rester disponible en cas d’apparition de signes cliniques évocateurs d’une maladie transmissible et ne devrait en aucun cas être utilisée pour d’autres chevaux. Un éloignement de 50 mètres est recommandé par rapport au reste de la structure.

La zone est matérialisée (plots, rubalise). Les restrictions d’accès et de circulation sont affichées et leur respect contrôlé sur l’ensemble du site. Elles concernent aussi bien les véhicules, que les personnels et visiteurs. Seules les personnes autorisées ont accès à celle-ci (vétérinaires, soigneurs par exemple).

Les surfaces sont nettoyables et non poreuses, y compris les murs et les planchers. Préférer le béton au bois. Préférer le box à un paddock.

biosécurité


Impossible à réaliser sur votre structure ?

Un box à l’extrémité de l’écurie pourra être aménagé, soit en laissant un box libre à côté soit en cloisonnant la paroi pour empêcher tout contact avec le voisin. L’installation de boxes démontables, ou, si les conditions climatiques le permettent, un paddock, isolés du reste de la structure, constituent également une alternative.

Mise en place d'un circuit de soins

Qualifier les zones selon les risques (verte, orange, rouge). Appliquer le principe de la « marche en avant » en commençant les soins par les chevaux sains ou plus sensibles (poulains, poulinières), puis les moins sensibles (adultes, bien vaccinés…) et finir par les nouveaux arrivants, les suspects et enfin les malades.

Circulation des équidés et utilisation des aires d’exercices

Les allées de circulation des équidés en isolement, tant vers les boxes que vers les aires d’exercices (paddock, carrière, manège...), doivent être séparées de celles des chevaux sains afin de n’autoriser aucun contact entre eux. Idéalement, une aire d’exercice attenante devrait être dédiée à la structure d’isolement.

Formaliser, organiser et afficher un plan de circulation vous permettra d’éviter tout croisement ou contact entre les équidés en isolement et le reste de l’effectif.

Impossible à réaliser sur votre structure ?

Si l’implantation de votre structure ne permet pas d’avoir des accès indépendants, les déplacements et sorties des chevaux devront être différées dans le temps en respectant le principe de la « marche en avant ».

Equipement et matériel dédiés

Les seaux, mangeoires et équipements (brouettes, fourches…) doivent être dédiés et utilisés uniquement dans la zone de quarantaine. La zone dispose :

  • D'un lavabo, de savon et d’essuie-mains jetable
  • D’une station de lavage des bottes
  • D'espaces de stockage pour :
    • Les aliments
    • L’équipement nécessaire à la biosécurité, comme des gants, combinaisons jetables, désinfectants…
    • Des contenants spécifiques pour le tri et l’élimination des déchets d’activités de soins infectieux ou non (boîtes jaunes, poubelles avec couvercle sécurisé, sacs poubelles…)
    • Les médicaments (armoire à pharmacie fermant à clé) et matériels de soins (thermomètre, antiseptiques…)

Impossible à réaliser sur votre structure ?

  • S’il n’est pas possible d’équiper la zone de quarantaine de matériel dédié, le respect du principe de la « marche en avant » est une alternative.
  • En l’absence de lavabo, mettre du gel hydro-alcoolique à disposition du personnel.
  • En l’absence de point d’eau pour le lavage des bottes :
    • Un pédiluve peut être créé avec une cuve en plastique et le désinfectant adapté.
    • Utiliser une paire de bottes dédiée uniquement à la zone et les laisser dans celle-ci.

Plans et programmes de nettoyage et désinfection

biosécuritéUne étape fondamentale de la prévention et de la lutte contre la contagion repose sur l’assainissement de la structure d’isolement et de son environnement. Sa réussite repose sur la précision des programmes pour chaque poste (locaux, matériel, personnels) et leur application stricte et rigoureuse. Chaque programme devra préciser le protocole (comment), la fréquence (quand) ainsi que le nom du responsable (qui).


Pour être efficace, la désinfection doit respecter certains principes :

  • Débarrasser les supports de toutes les souillures organiques (fumiers, sueur, souillures…) qui rendent les désinfectants moins efficaces voire inefficaces.
  • Respecter les dilutions et les temps de contact préconisés par le fabricant.
3 axes indispensables

► Le protocole de nettoyage et de désinfection des locaux inclut les murs, sols, plafonds, abreuvoirs et mangeoires, ainsi que toutes les structures permettant la sortie quotidienne des animaux. Il doit être mis en œuvre avant l’entrée et à la sortie du(es) équidé(s). La sensibilité particulière aux désinfectants acides de certains agents, comme les herpèsvirus ou les salmonelles, encourage leur utilisation, de même que l’on favorisera les protocoles à haute température du fait de la sensibilité de certains micro-organismes (salmonelles, streptocoques). Ces mesures d’assainissement des locaux doivent être associées à des mesures d’hygiène de base comprenant l’évacuation quotidienne des litières et effluents.

► Une autre règle fondamentale concerne la gestion du matériel, qui repose sur le nettoyage et la désinfection de tout le matériel après chaque utilisation.

► Ces mesures doivent être associées à l’information et à la sensibilisation de l’ensemble du personnel quant aux problématiques d’hygiène. Notamment, il est absolument indispensable qu’une hygiène stricte des mains soit respectée après la manipulation de chaque cheval. Idéalement, le port de vêtements réservés à la zone de quarantaine, comme des combinaisons et des bottes disponibles à l’entrée de l’écurie et ne devant pas en sortir, permet de limiter le transport et l’échange d’agents pathogènes.

Surveillance des équidés

Généralités

L’observation journalière (surveillance des signes de bonne santé) de vos chevaux permet une détection précoce de tout comportement anormal pouvant être la manifestation d’une maladie, de mettre rapidement l’animal à l’écart et d’appliquer des mesures de prévention. Dans le cadre de l’isolement et de la quarantaine, l’observation doit faire l’objet d’une vigilance accrue et être accompagnée de 2 prises de température quotidiennes.

Situation normaleSituation anormale
ComportementCalme, curieux, intéressé,
mange…
Nerveux, apathique, isolé,
immobile, perte d'appétit…
OeilVif et propre…Terne, larmoyant, enfoncé…
CrottinsBien moulés, humides…Liquides, malodorants...
Appareil respiratoireAbsence de jetage, de toux...Présence de jetage, toux,
respiration difficile...
MuqueusesRoséesJaunes, rouges, blanches,
violettes
Outils d’aide à la précision du statut sanitaire

L’analyse des données de traçabilité, sanitaires et épidémiologiques existantes permet d’affiner le statut sanitaire, d’écarter certains risques et d’adapter la surveillance aux risques potentiels :

Ces informations seront utiles à votre vétérinaire pour mettre en place un protocole de prévention efficace :

  • Visite clinique
  • Administration d’un antiparasitaire
  • Vaccinations
  • Antimycosique/antiparasitaire externe

En cas de confirmation d’une maladie contagieuse, à l’aide de tests de dépistage, les mesures de prévention seront renforcées et/ou complétées, on parle alors de mesures de lutte.

Durée de l’isolement ou de la quarantaine

Il s’agit de déterminer la durée pendant laquelle le cheval ne pourra pas entrer en contact avec d’autres équidés et devra faire l’objet d’un isolement et de différentes mesures sanitaires, c’est-à-dire le nombre minimum de jours nécessaires pour que l’animal suspect ou contaminé ne présente plus de risques de contagion.

Quarantaine : minimum 21 jours

Si le statut sanitaire de l’animal entrant est inconnu et que les éléments en votre possession ne sont pas suffisants pour écarter certains risques, la quarantaine stricte des animaux doit durer au minimum 21 jours. Cela correspond à la durée minimale d’incubation des principales maladies contagieuses, pour s’assurer de l’absence d’apparition de signes cliniques évocateurs d’une maladie contagieuse.

Isolement : durée de la contagiosité de la maladie

Lors d’une maladie déclarée et identifiée, la durée de l’isolement correspond à la durée de la contagiosité. Selon la maladie : disparition des signes cliniques, guérison, post-guérison… L’estimation de cette durée doit se baser sur les données scientifiques concernant le temps d’incubation, de contagiosité et d’évolution des maladies contagieuses.

En savoir plus sur nos auteurs
  • Cathy MENARD Ingénieur de développement IFCE
  • Marie DELERUE Docteur vétérinaire - ingénieur de développement IFCE
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 05 08 2020
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