Qualité de l’air/ambiance/confort à l’écurie : bonnes pratiques

Une réflexion sur la conception des écuries, notamment en matière de gestion de la circulation et du renouvellement de l’air ambiant, est un préalable indispensable à une bonne qualité de vie des équidés qui y sont hébergés. Une bonne isolation des structures permet aussi de limiter les variations brutales de températures au sein des bâtiments. En outre, les pratiques quotidiennes ont un impact non négligeable sur l’ambiance des écuries. Pistes de réflexion.

 

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par Laetitia MARNAY-LE MASNE - Nelly GENOUX - | 13.08.2020 |
Niveau de technicité :
Cheval regardant à l'intérieur d'une écurie
Sommaire

Conception et gestion de la structure

Dès sa conception/construction, puis au cours de sa gestion quotidienne, de nombreux paramètres vont influer sur la qualité de l’air et l’ambiance de l’écurie, donc sur le confort et la santé des équidés.

 

Réfléchir à l’implantation du bâtiment en amont

 

L’implantation d’une écurie doit être soigneusement réfléchie en amont de sa construction, notamment en matière de localisation (fond de vallée, plaine, altitude…) et d’orientation par rapport aux vents dominants. Localisée en fond de vallée, une écurie sera par exemple plus facilement humide. Le sol devra certainement être drainé au préalable pour éviter d’éventuelles résurgences.

 

Mettre en place un bon système de ventilation

 

La ventilation a pour rôle d’assurer le renouvellement de l’air, afin de garantir une bonne qualité de l’air et de réguler l’humidité ambiante. Cela limite le développement d’agents pathogènes (microbes, particules en suspension dans l’air…) néfastes à la santé des équidés. Point clé dans une écurie, le système de ventilation doit donc être réfléchi dès la conception du bâtiment, puis mis en œuvre au quotidien par la suite (exemple : ouverture des portes ou autres entrées d’air).

 

Penser l’agencement des infrastructures avec logique

 

Limiter les sources d’humidité

 

La présence d’une aire d’évolution (manège, carrière, rond d’Havrincourt…) régulièrement arrosée ou d’une douche adossée à (ou au sein de) l’écurie génère un air plus humide à l’intérieur du bâtiment, surtout l’hiver, lorsque l’évaporation naturelle est réduite par les basses températures. De même, en été, un air chaud et humide est très mauvais pour le bien-être et la santé des chevaux (coup de chaud…).

 

Limiter les sources de poussière

 

A l’inverse, des aires d’évolution peu arrosées ou la présence de paddocks (en sable/terre ou surpâturés) à proximité de l’écurie sont source de poussières, notamment par temps sec à la belle saison. Il est recommandé de prévoir l’emplacement de la graineterie, du hangar de stockage des fourrages et de la fumière à un endroit suffisamment éloigné du bâtiment où sont hébergés les chevaux.

 

Penser aux petits détails dans l’environnement autour du bâtiment

 

Certains détails devront également être pris en compte lors de la conception/construction des bâtiments :

  • Implantation de la fosse à fumier par rapport aux bâtiments.
  • Présence d’un cours/point d’eau sur l’installation, qui attirera potentiellement divers insectes à la belle saison.
  • Présence de végétaux divers à proximité de l’écurie :
    • Gare aux intoxications végétales ! de nombreuses plantes d’ornement utilisées dans les pare-terres, haies et jardins sont toxiques.
    • Production massive de pollen à certaines périodes de l’année susceptible d’envahir l’écurie (peuplier par exemple) ou de provoquer des allergies.
  • Présence d’une prairie de fauche ou d’un champ de culture à proximité directe du bâtiment : production de poussières à la fenaison et à la période des moissons, épandage d’engrais ou de pesticides...

En pratique : Bien étudier le projet de construction en amont de l’installation et s’entourer de professionnels (Chambres d’agriculture et conseillers IDELE, architectes…) pour bien prendre en compte tous ces paramètres.

Choix et entretien de la litière

Les particules en suspension dans l’air d’une part et la chaleur, l’humidité, le dégagement de gaz toxiques et irritants liés à l’accumulation de fumier dans les boxes d’autre part, sont autant de facteurs de risque pour le développement de pathologies diverses. Le choix de la litière et la fréquence d’entretien influent sur le confort de l’animal, donc son bien-être, mais aussi sur la santé de son :

  • Appareil respiratoire : asthme équin
  • Appareil locomoteur : diverses pathologies du pied comme l’échauffement/pourriture de la fourchette, les abcès, les fourmilières…

 

Curer/repailler régulièrement, en quantité suffisante

 

Il paraît donc nécessaire de rappeler que les boxes doivent être régulièrement curés et regarnis de litière propre et sèche en quantité suffisante. Le sol ne doit pas être visible. Ne pas hésiter à être généreux lors du repaillage, en particulier sur les bords du box et dans les coins (paillage en bateau) pour éviter que la litière ne se souille trop vite.

En pratique : Penser à sortir les chevaux des boxes et à aérer le bâtiment autant que possible durant le curage/repaillage.

 

Choisir un type de litière adapté à chaque cheval

 

Paille, copeaux de bois dépoussiérés, lin ou autres litières en pellets… tous les types de litière ne génèrent pas la même quantité de poussières. On évitera autant que possible les pailles à brins courts, récoltées dans de mauvaises conditions ou moisies, les copeaux non dépoussiérés ou issus de bois traités, particulièrement allergisants pour les chevaux fragiles des voies respiratoires et pouvant aboutir à des intoxications chroniques difficiles à détecter.

C’est surtout l’état de santé des équidés qui déterminera le choix du type de litière :

  • Paille à éviter pour les chevaux en surpoids ou qui se « gavent » pour limiter les risques de coliques.
  • Copeaux dépoussiérés pour les chevaux sensibles au niveau des voies respiratoires…

 

Grouper les chevaux suivant leur mode de gestion

 

Mettre un cheval fragile des voies respiratoires sur copeaux et lui distribuer du foin étuvé, c’est bien. Mais si ce dernier est hébergé au milieu de chevaux sur paille nourris avec du foin sec, les mesures prises pour préserver sa santé peuvent vite être réduites à néant. Pour éviter cela, penser à regrouper les chevaux au maximum en fonction de leur mode de gestion (sur copeaux, foin étuvé…) dans l’écurie, voire à leur réserver un bâtiment à part quand cela est possible. Cela facilitera aussi le travail du personnel.

 

Entretien de l’écurie régulier et réfléchi

Lors de l’entretien de l’écurie, la priorité doit être de préserver au maximum les chevaux des poussières.

 

Balayer de façon raisonnée

  • Prendre le temps d’humidifier les sols au préalable avant balayage, au moyen d’un petit arrosoir par exemple.
  • Eviter ensuite d’envoyer les poussières et déchets vers l’intérieur des boxes. Préférer un ramassage manuel dans les couloirs, puis les évacuer dans la fumière.
  • Prohiber l’utilisation de la soufflette, surtout dans une écurie fermée !
  • Sortir les chevaux autant que possible pendant les opérations de balayage !

 

Nettoyer régulièrement les locaux et équipements

  • Enlever les toiles d’araignées poussiéreuses au moyen d’un balais ou d’une tête de loup. Les nouvelles joueront d’autant mieux leur rôle de pièges à insectes.
  • Assurer un dépoussiérage régulier des surfaces horizontales (bords de fenêtres, haut des cloisons des boxes…) où s’accumulent les dépôts (poussières stagnantes, résidus de litière et de fourrage, poils, crottins…).
  • Penser à secouer régulièrement les couvertures où la poussière a tendance à s’accumuler, mais toujours à l’extérieur du bâtiment.
  • Le stockage du matériel à sécher (tapis, couvertures d’écurie ou de paddock mouillées…) dans l’écurie va augmenter l’humidité ambiante. Préférer un local séparé ou un séchage à l’air libre, à l’extérieur, quand le temps le permet.
  • Attention à nettoyer régulièrement les mangeoires et abreuvoirs (qui doivent être individuels).

Types d’aliments et leur mode de distribution

Suivant leur nature et leur mode de distribution, les aliments peuvent eux aussi être source de poussières.

 

Distribuer un fourrage de qualité, de préférence au sol

 

Le premier point consiste à distribuer un fourrage de bonne qualité sanitaire, c’est-à-dire sans poussières, moisissures et autres agents pathogènes (bactéries, pollens…). Pour les chevaux sensibles au niveau des voies respiratoires, le foin peut être mouillé/trempé/étuvé. Attention, le type de traitement choisi peut cependant également jouer sur les valeurs nutritives du fourrage.

 

L’utilisation d’enrubanné qui, s’il est récolté tôt, bénéficie également de valeurs nutritives plus élevées (notamment en protéines), peut aussi être intéressante pour les chevaux présentant une sensibilité respiratoire. Récolté plus précocement (avant le stade épiaison des graminées) que le foin et caractérisé par un taux de matière sèche moins élevé, ce type de fourrage présente l’avantage d’être moins poussiéreux (végétaux moins altérés par la dessiccation, absence de pollens…).

 

Le fourrage sera de préférence placé au sol pour respecter la position naturelle de l’encolure du cheval lorsqu’il broute. Ceci permet une meilleure filtration/élimination mécanique des poussières inhalées au niveau de sa trachée (par expectoration) et évitera la chute de poussière et de fourrage dans ses yeux. Préférer une distribution plutôt au fond du box, à proximité de l’abreuvoir.

 

Eviter les concentrés poussiéreux

 

Une distribution dans une mangeoire proche du sol et une quantité modérée de concentrés apportée en plusieurs repas diminue le risque de bouchons œsophagiens par gloutonnerie et d’ulcères liés aux excès d’amidon. En terme de « poussière », une attention toute particulière devra être portée aux céréales, notamment aplaties, et aux compléments alimentaires en poudre.

 

Préférer les céréales dépoussiérées, les floconnés et les compléments en granulés.

 

Gestion sanitaire des équidés

La gestion des équidés peut jouer sur la circulation des maladies.

 

Constituer des piquets de chevaux

 

Même au sein d’une écurie où la qualité de l’air est optimisée par de bonnes installations et des mesures préventives, la gestion des différents piquets d’animaux peut avoir un impact sur leur santé via une pression microbienne différente. Eviter de mélanger les piquets (chevaux qui sortent en concours, jeunes chevaux, chevaux d’élevage) et cela, d’autant plus s’il y a possibilité de contact entre chaque box (fenêtre ouverte ou avec grilles/barreaux…). Respecter le principe de la marche en avant, en commençant toujours par les animaux les plus sensibles, pour finir par les animaux moins sensibles/malades.

 

Enfin, assurer un bon suivi de la prophylaxie (vaccination, vermifugation ).

 

Prévoir une zone d’isolement/quarantaine

 

Une zone d’isolement/quarantaine (minimum un voire plusieurs boxe(s)) permet de :

  • Isoler les nouveaux arrivants, dont le statut sanitaire doit être vérifié, afin de s’assurer que ces animaux ne représentent aucun danger pour le reste du cheptel.
  • Isoler les chevaux suspects/malades du reste du cheptel le temps de les soigner.

 

L’objectif est de à chaque fois de limiter les risques de transmission d’une affection contagieuse.

 

Eviter de changer les chevaux de box autant que possible, surtout entre deux curages. Préférer un changement juste après le curage, après avoir soigneusement nettoyé et désinfecté le sol, les parois, la mangeoire et l’abreuvoir.

 

Pansage et soins aux chevaux

Là encore, l’objectif est de limiter la poussière et l’humidité ambiante dans l’écurie.

 

Utiliser des zones de pansage dédiées

 

Une partie des poussières présentes sur le cheval lui-même est constituée de squames de peau, ainsi que de particules de litière et de fumier desséché. Eviter dans la mesure du possible de réaliser le pansage des chevaux au box et de poser des brosses dans la mangeoire. Plutôt privilégier l’utilisation d’une zone dédiée pour le pansage et les soins. De même, ne pas tondre le cheval dans son box.

 

Toujours rentrer le cheval propre et sec au box

 

Les chevaux qui rentrent directement au box alors qu’ils sont encore mouillés de sueur ou juste après la douche engendrent une augmentation de l’humidité de l’air dans le bâtiment. Prendre le temps de les faire sécher au solarium ou dans une pièce dédiée, avant de les rentrer à l’écurie. Outre l'ambiance de l'écurie, il en va aussi de leur santé !

 

Ce qu’il faut retenir

Un agencement réfléchi des infrastructures et de nombreux petits gestes très simples au quotidien permettent d’améliorer la qualité de l’air, l’ambiance et le confort des chevaux dans l’écurie.


Ventilation, entretien des bâtiments et du matériel, gestion des chevaux et soins qui leur sont apportés, choix et entretien de la litière, type et mode de distribution des aliments… rien ne doit être laissé au hasard. En étant organisé et en y pensant en permanence, cela ne demande pas forcément beaucoup plus de temps mais fait une vraie différence pour la santé et le confort des chevaux.

En savoir plus sur nos auteurs
  • Laetitia MARNAY-LE MASNE Ingénieur de développement IFCE
  • Nelly GENOUX Ingénieur agronome - IFCE
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 19 09 2020
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