Hivernage des animaux

Avec l’arrivée de l’hiver vient la question de l’hivernage pour les chevaux qui vivent au pré la majeure partie de l’année. Maintien des animaux en bonne santé, besoin d’exercice quotidien, préservation des prairies en vue du printemps suivant... la période hivernale est contraignante mais ne rime pas forcément avec rentrée des animaux en bâtiment. Un hivernage à l’extérieur est possible, au moins en partie, à condition d’adapter la gestion des équidés aux surfaces en prairies disponibles et d’apporter aux animaux une attention particulière, notamment lorsque les conditions climatiques sont défavorables.

2

par Pauline DOLIGEZ - Nelly GENOUX - | 12.11.2019 |
Niveau de technicité :
Haflinger sous la neige
Sommaire

Préserver les pâtures durant l’hivernage

Garder ses chevaux en extérieur pendant la période hivernale, c’est possible… mais cela suppose toutefois d’adapter la conduite du pâturage afin de préserver la qualité des prairies en vue du printemps suivant.

Faire pâturer tant que le sol est portant

La portance du sol est un bon critère pour savoir si les chevaux peuvent ou non être laissés en extérieur sans porter atteinte aux prairies.

Chevaux en extérieur en période hivernalePâturage tournant

Tant que le sol est portant, une rotation sur plusieurs pâtures permet de maintenir le pâturage des chevaux sans ou avec un apport modéré de fourrages entre la mi-novembre et fin janvier. Les animaux sont changés de parcelle dès que celle-ci est consommée (minimum 5-6 cm d'herbe restante) ou que le couvert se dégrade de trop (en fonction de la pluviométrie).

Pâturage continu dans le cas de grandes surfaces en herbe

Lorsqu'une grande surface en herbe est disponible, un pâturage extensif (par exemple 0,5 à 1 ha/cheval selon la portance du sol et les conditions météo) peut être pratiqué.

Penser à surveiller l'état des clôtures. Les haies étant moins denses en hiver, les clôtures barbelées éventuellement présentes sont plus apparentes.

Respecter un temps de repos de minimum 2 mois

Herbe qui repousseDans tous les cas, il est essentiel de laisser un certain temps de repos aux prairies durant la période hivernale pour favoriser une bonne repousse du couvert végétal au printemps suivant et ainsi garantir la pérennité des prairies. Une période minimale de 2 à 3 mois sans animaux dans les parcelles permet de faire reposer les végétaux. Ils ne seront alors ni piétinés, ni rasés jusqu'aux racines, comme les chevaux peuvent le pratiquer en hiver.

Une pause en janvier-février dans le cas du pâturage tournant

Au moment de la période la plus humide, de janvier à février, la rotation s'interrompt pour occuper uniquement une parcelle d'affouragement « sacrifiée » et faire bénéficier les autres parcelles affectées au pâturage printanier de 2 à 3 mois de repos.

Une pause avant la pousse de l’herbe dans le cas du pâturage continu

Le repos de 2 à 3 mois avant le redémarrage de la végétation dans les parcelles prévues pour le pâturage printanier est primordial. Cependant, si la parcelle n'est pas utilisée avant la fin du printemps (parcelle destinée à la fauche par exemple), le pâturage hivernal peut être pratiqué jusqu'à la fin de l'hiver.

Il est bénéfique de faire pâturer l'herbe d'automne pour obtenir un couvert végétal court et homogène en hiver. Cela favorisera une meilleure repousse printanière des graminées. Un automne doux (jusqu'aux premières gelées) permet en effet à l'herbe de continuer à pousser. Cette dernière représente une ressource alimentaire suffisante pour les équidés à besoins faibles ou modérés. Attention cependant à ne pas pratiquer le surpâturage (pas en-dessous de 5-6 cm) pour ne pas porter préjudice à la repousse printanière.

Choisir le mode d’hébergement en fonction des surfaces disponibles

L’idée selon laquelle les chevaux doivent absolument être rentrés en hiver est fausse. Beaucoup plus résistants au froid que ce que l’on pourrait penser, les chevaux pourraient en fait rester dehors une grande partie (voire la quasi-totalité) de l’année. En réalité, ce sont les surfaces en pâtures disponibles qui déterminent le choix du mode d’hébergement.

Stabulation ou aire stabilisée avec abri si surfaces en herbe insuffisantes

Le logement collectif en stabulation ou aire stabilisée avec abri est la solution couramment choisie lorsque les surfaces fourragères ne sont pas suffisantes par rapport au nombre de chevaux à héberger. Cela permet de préserver l'intégralité des prairies pendant l'hiver et de maintenir les animaux à l'abri et au sec. L'activité locomotrice des équidés est possible, mais reste toutefois limitée. Plusieurs recommandations en m²/cheval sont recensées : il faut compter en moyenne 6 à 10 m²/cheval.

Par temps de gel en profondeur, il est possible de sortir les chevaux sous réserve que le couvert n'ait pas été défoncé pendant les périodes de pluie (risque de fracture, entorse, abcès au pied…).

Plein air intégral si surfaces en herbe suffisantes

Troupeau de juments en hiver sous la neigeL’hivernage en plein air intégral est possible, à condition de disposer de suffisamment de surfaces en herbe. Une zone d'affouragement avec râtelier(s) peut être aménagée pour pouvoir complémenter les chevaux en fourrages lorsque l’herbe se raréfie. Il faudra au préalable décaisser la terre végétale, puis y apporter du calcaire ou des plaquettes de bois sur un rayon de 10 m autour du râtelier. Cela évite le défoncement du sol par piétinement et donc l’apparition de zones boueuses ; les chevaux peuvent s’alimenter au propre, sans stagner dans la boue jusqu’aux genoux. La parcelle restreinte affectée à l'affouragement, appelée parcelle de « blocage », est alors sacrifiée.

Affourager et surveiller l’accès à l’eau à volonté

Suivant la quantité d’herbe présente et les conditions météo, il est bien souvent nécessaire de complémenter l’alimentation avec des fourrages. L’accès à l’eau à volonté, surtout en période de gel, doit également faire l’objet d’une attention particulière.

Affouragement

Le fourrage (foin, enrubannage et ensilage) est le principal aliment nécessaire au cheval entretenu en plein air lorsque la ressource en herbe se raréfie. Il constitue également l’essentiel de l’alimentation des chevaux hébergés en stabulation ou sur aire stabilisée avec abri, à l’entretien ou se dépensant peu.

adaptation au froidQuand affourager ?

Lorsque les conditions météorologiques se dégradent et que la ressource en herbe s’appauvrit, le fourrage peut être apporté à volonté. Il sera d'autant plus apprécié par les chevaux lorsque le temps est très humide, en période de neige ou de gel. L'apport de foin limitera le report vers d'autres végétaux susceptibles d’être « attaqués » mais que l'on souhaite préserver (arbres, haies). De plus, certains de ces végétaux divers peuvent être source d'intoxications alimentaires.


Filet à foin antigaspillageComment affourager ?

Les fourrages de qualité, c’est-à-dire récoltés précocement, plus riches, seront réservés aux chevaux d’élevage à forts besoins (poulinières gestantes, poulains en croissance…) et aux chevaux ayant une activité physique régulière. Les chevaux à faibles besoins, c’est-à-dire à l’entretien ou se dépensant peu, se contenteront quant à eux de fourrages moins riches, récoltés tardivement.

Le râtelier approvisionné par l'extérieur est l'idéal pour limiter la formation d'ornières dans la pâture.

Affourager à même le sol engendre plus de gaspillage, mais donne l'avantage de pouvoir changer aisément l'emplacement et limiter le défoncement du sol.

Par mesure d'économie, la balle peut être couverte par un filet à petites mailles pour limiter l'étalage du foin au sol.

Il faudra bien veiller à offrir des places d'affouragement pour tous les animaux, notamment les dominés, en espaçant et multipliant les zones d'affouragement.

Apporter des concentrés ?

Les chevaux à l'entretien ou au travail léger peuvent être nourris essentiellement à l'herbe et aux fourrages en hiver. L'apport de concentrés sera réservé aux animaux à forts besoins (poulains en croissance, juments en fin de gestation ou début de lactation, vieux chevaux sujets à l'amaigrissement).

Source de conflit entre les animaux, l'apport de concentrés au sein d'un groupe de chevaux devra être évité ou bien géré avec soin, et ce d’autant plus lorsque quelques chevaux non dominants doivent être complémentés au sein du groupe. Le cas échéant, il faudra prendre soin de les isoler afin de les nourrir individuellement et d’éviter toute agressivité de la part des autres chevaux du groupe. La gestion des équidés est facilitée par la constitution de lots d'animaux homogènes (mêmes besoins alimentaires).

Abreuvement et minéraux

Eau

Bac dont la glace est percée pour boireLors d'affouragement sec (foin, enrubanné), les besoins en eau sont accrus. Quoiqu’il en soit, un système d'abreuvement opérationnel à proximité de la zone d'alimentation est indispensable (abreuvoirs automatiques, systèmes antigel...). Lors de périodes de basses températures :

  • Anticiper le gel en remplissant au préalable les bacs non-automatiques pour éviter d'apporter de l'eau au bidon lorsque les tuyaux sont gelés ;
  • Lorsqu’il a gelé, mieux vaut casser la glace sur une zone localisée de la surface du bac plutôt que de retirer entièrement le bloc de glace à chaque fois. Plus la quantité d'eau est faible dans le bac et plus la pellicule de glace sera importante. La mise en place d'un bâton en travers dans l'eau (à condition que les chevaux n'y touchent pas) limite la prise en masse de glace ;
  • Fermer et vidanger les arrivées d’eau automatiques pour éviter que le gel ne les détériore.
Minéraux

Un bloc de sel en libre-service sera placé de préférence en hauteur (poteau, intérieur de l'abri) pour limiter sa dissolution au sol.

Penser à certains points de vigilance dans la conduite des équidés en hiver

Outre l’hébergement et l’alimentation, d’autres points de vigilance concernant la gestion des équidés sont à prendre en considération en hiver.

Appréciation de l'état corporel

Les longs poils de la robe peuvent conduire à des erreurs d'appréciation visuelle de l'état d'engraissement de l'animal. Il est important de bien apprécier l'épaisseur de tissu gras par pression de la paume de la main bien ouverte et sous les doigts au niveau des côtes, du garrot et du chignon. Ainsi, il sera plus aisé d'interpréter la note d'état corporel (NEC). Comme le reste de l’année, le suivi de l’état corporel doit être régulier afin d’adapter, si besoin, l’alimentation de l’animal.

Un cheval ou poney adulte à l'entretien peut tout à fait maigrir en hiver (2 ≤ NEC ≤ 2,5) pour reprendre de l'état à la pousse de l'herbe (3,5 ≤ NEC ≤ 4). Il fait alors « l'accordéon » sans porter préjudice à sa santé.

Surveillance accrue des animaux sensibles

En hiver, il faudra apporter une attention particulière aux jeunes et vieux équidés, plus sensibles que les adultes. Souvent dominés, ces chevaux n'ont pas toujours accès à volonté à la nourriture à disposition. Aussi, leur protection immunitaire contre les maladies n'est pas acquise (jeunes) ou est déclinante (vieux chevaux).

Inspecter régulièrement les membres et le corps

dermatophiloseLes membres des équidés sont sujets à des infections lorsque la boue ou l'humidité est excessive. On contrôlera régulièrement l'absence de crevasses et/ou croûtes au niveau des boulets et pâturons, principaux signes de dermatophilose ou gale de boue. Cette surveillance sera d'autant plus importante chez les chevaux possédant des balzanes blanches, pour lesquelles la peau est plus sensible. Le bout de la queue pourra être coupé juste en dessous du jarret pour limiter l'agglomération de boue dans les crins, engendrant un frottement humide le long des membres.

Les pieds devront être vérifiés et entretenus régulièrement (état de la corne, état des fers chez les chevaux ferrés…). En effet, les abcès provoquant des boiteries fortes sont plus courants en période hivernale. Ennemi du pied, l’humidité peut également être à l’origine de divers problèmes.

Pour les chevaux portant une couverture, l'absence de blessure au niveau des zones de frottement sera régulièrement vérifiée (garrot, pointes des épaules, passage des sangles à l'intérieur des cuisses) en retirant complètement la couverture. Il en sera de même pour l'étanchéité au niveau des reins et des coutures de la couverture.

Mieux vaut un cheval non couvert qu'un cheval mouillé sous sa couverture !

Si besoin, aider certaines catégories d’équidés à supporter les basses températures

gestion pratique du vieux chevalLes besoins d'entretien correspondent à la quantité d'énergie nécessaire à la vie du cheval et à son activité lorsqu'il n'assure pas de production (lactation, gestation, travail) pour se maintenir à poids constant dans sa zone de neutralité thermique. Sous des climats tempérés, la zone de confort thermique, plage à laquelle l'organisme n'a pas de dépense d'énergie supplémentaire à fournir pour maintenir la température interne du corps, est située entre +5°C à +25°C. Pour les chevaux adultes adaptés à des conditions climatiques froides, cette plage est comprise entre -10°C et +16°C. Ainsi, les équidés sont largement capables de supporter des températures basses en hiver, sans l’intervention de l’homme. Voilà pourquoi ils peuvent très bien être hébergés toute l’année en extérieur, ceci à la condition qu'ils puissent s'abriter des vents dominants (abri naturel composé d’arbres, de haies, de bosquets) et de la pluie (abri artificiel), qui augmentent les effets des basses températures.

Le port de la couverture sera réservé aux animaux les plus susceptibles de perdre de l'état (vieux chevaux) ou ceux pour lesquels on souhaite maintenir une robe propre (chevaux au travail par exemple).

On évitera de couvrir les équidés dont le surpoids est installé afin de profiter de l'hiver pour les faire maigrir avant la prochaine saison de pâturage.

En savoir plus sur nos auteurs
  • Pauline DOLIGEZ Ingénieur de développement Ifce
  • Nelly GENOUX Ingénieur agronome - Ifce
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 13 12 2019
Fiche réalisée avec nos partenaires
Chambre d'agricultureFEADER NormancieRégion Normandie
Cette fiche vous a-t-elle été utile ?