Comment organiser et gérer les groupes de chevaux ?

Il est connu et reconnu que le bien-être des chevaux est conditionné par la possibilité de bénéficier de contacts sociaux, pleinement offerts par la vie en groupe. Cependant, pour bien fonctionner, un groupe doit être stable. D'autres facteurs, comme l'espace, les ressources disponibles, la composition et la taille des groupes, doivent être pris en compte pour les constituer et les gérer en fonction des besoins de l'élevage ou de la structure équestre quelle qu'elle soit.

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par Christine BRIANT - | 01.07.2016 |
Niveau de technicité :
pâturage
Sommaire

Quelques notions d'éthologie

Pour réussir la conduite de chevaux en groupe, il est important de tenir compte du comportement des chevaux dans les conditions naturelles.

Ainsi, la famille est constituée d’un étalon adulte, d’une à trois juments non-apparentées et de leurs jeunes pré-pubères. Elle constitue donc un environnement social riche, entourant le jeune lors de son développement. Les chevaux non socialisés pendant le jeune âge, n'ont pas acquis ces compétences sociales.

poulainLe poulain prend progressivement son indépendance bien avant le sevrage, en interagissant avec les autres poulains - notamment par le jeu et le toilettage mutuel (= grooming) - et avec les adultes, envers lesquels ils effectuent le snapping (c'est un comportement caractéristique au cours duquel le poulain mâchouille, encolure tendue vers un congénère). Plusieurs interprétations en sont faites : soumission envers les adultes, tétée redirigée et peut être apaisement.


Les relations de dominance entre les jeunes chevaux sont peu claires. La présence d'adultes dans un groupe de jeunes est importante, car plus le nombre d'adultes est bas par rapport au nombre de jeunes, plus la manifestation des comportements d'agressivité entre jeunes est forte, montrant le rôle « modérateur » des adultes.

La stabilité de la famille repose essentiellement sur les liens créés par les femelles et le rassemblement constant de ses juments par l’étalon. Les relations entre femelles sont principalement caractérisées par le maintien de leur rang hiérarchique lors d'interactions agonistiques (= d'agressivité) faibles et par les relations de toilettages mutuels. Au sein du groupe, les chevaux ont en général un à trois partenaires préférentiels, à côté desquels ils sont observés plus souvent, ou avec lesquels ils effectuent plus de toilettages mutuels.

Comment gérer les groupes de chevaux ?

Offrir un espace suffisant par rapport à la taille du groupe

organisation et gestion des groupes de chevauxLe budget temps reflète la proportion des comportements ou groupes de comportements exprimés sur une période de 24h. Une modification du budget temps, par rapport à celui exprimé en conditions naturelles, est observée lorsque des chevaux sont hébergés dans un espace trop réduit avec :

  • Modification des proportions relatives des différents comportements observés ;
  • Disparition de certains comportements du répertoire.

Ceci est interprété comme une altération du bien-être. De plus, les relations sociales sont perturbées, avec augmentation des comportements d'agression ou d'évitement au dépend des comportements sociaux positifs (= affiliatifs).

Ainsi, sur un troupeau de juments détenues dans des paddocks de haute densité (44 juments avec 50m² par jument) et où le fourrage n'est pas disponible à volonté, certains comportements, comme  se coucher, se rouler et le grooming mutuel ne sont jamais observés. Le comportement le plus observé est la locomotion : 27% du temps, dont 18% de marche active, ce qui est beaucoup par rapport à des troupeaux observés en conditions naturelles. Par contre, le temps passé à manger est réduit : 26% (54 à 69% en conditions normales). En ce qui concerne les relations sociales, seules des relations sociales négatives (= agonistiques) sont observées (2,5/jument/heure) et aucune relation sociale positive.

Lorsque la taille de l'enclos est légèrement augmentée (85m² par jument), quelques relations sociales positives apparaissent, notamment le grooming mutuel (moins de 1 fois/jument/heure), mais le nombre de comportements agonistiques reste important.

Lors de l'utilisation d'enclos plus grands, à partir de 300m² par cheval, il n'y a quasiment plus d'agression.

La taille de l'abri doit également être adaptée au nombre de chevaux, afin que tous puissent s'y coucher, y compris les plus dominés. La taille minimale par cheval est différente, selon qu'il s'agit de normes réglementaires (exemple : 7m² pour un cheval de 1,65m dans l'ordonnance Suisse) ou de recommandations issues de la recherche (11 à 16m² pour un cheval de même taille).

Fournir des ressources en quantités suffisantes

La meilleure solution est que les chevaux aient accès au fourrage de façon illimitée : herbe ou foin. En effet, la limitation des ressources provoque une augmentation des relations agonistiques, d'autant plus que la durée de disponibilité du fourrage diminue. L'agressivité augmente également selon le type de distribution du fourrage, et serait plus importante lors de distribution au sol que dans des filets ou des logettes.

organisation et gestion des groupes de chevauxLa disponibilité des ressources permet également de se rapprocher d'un budget temps plus « naturel ». C'est ce qui a été observé dans les paddocks haute densité. Les juments qui avaient du foin à disposition ont passé moins de temps à se déplacer que celles qui n'avaient pas de foin, plus de temps à manger, moins de temps debout immobiles et moins de temps en alerte. Elles ont montré moins d'interactions agonistiques et plus d'interactions affiliatives. Enfin, elles ont été observées couchées et faisant du grooming mutuel, contrairement aux juments n'ayant pas de foin.

Il faut également veiller à la disponibilité des ressources pour les chevaux bas dans la hiérarchie, qui peuvent ne pas satisfaire leurs besoins nutritionnels, et en tenir compte en augmentant la place d'alimentation disponible par animal.


Organiser la composition des groupes

Là encore, il faut essayer de se rapprocher des conditions naturelles, où la cohésion est donnée par la structure familiale et où les taux d'agression sont les moins élevés dans les harems permanents. Or, dans les conditions d'élevage en général, des groupes différents sont constitués pour les juments avec poulains, les jeunes, les étalons sont isolés, les juments et hongres sont séparés pour éviter les comportements sexuellement apparentés.

Les recommandations sont donc d'intégrer des adultes aux groupes de jeunes afin de favoriser l'apprentissage social et la reconnaissance de la hiérarchie. Ceci enrichit le répertoire comportemental, favorise les interactions positives et diminue les négatives.

Élever un poulain seul avec sa mère n'est pas optimal car elle sera naturellement plus tolérante. Pour l'organisation d'une structure équestre d'enseignement ou de pension, il est intéressant pour faciliter la gestion quotidienne de mettre ensemble des chevaux qui travaillent ensemble.

Adapter la taille des groupes

Qu'il s'agisse de chevaux domestiques ou sauvages, les taux d'agressivité et la locomotion sont plus élevés quand la taille du groupe augmente : pour les chevaux domestiques (8 chevaux versus 11 versus 23), pour les chevaux de Przewalski (4 versus 13). Une taille modérée de 4 à 6 chevaux est recommandée par certains auteurs.

Veiller à la stabilité des groupes

Dans un groupe stable, les niveaux d'agression, d'approches, retraits, et d'interactions totales sont constants sur une année. Au contraire, les changements fréquents de groupes, même entre chevaux qui se connaissent, sont associés à plus de comportements agonistiques de menaces, même s'il en résulte peu de blessures. Au fil des semaines, si les changements sont répétés, les chevaux ne s'habituent pas.

Comment introduire un cheval dans un groupe ?

Les premiers contacts entre chevaux non familiers conduisent souvent à l'agression, car cela perturbe la structure du groupe, les chevaux recherchant leur nouvelle place ou défendant l'ancienne dans la hiérarchie.

Les différents conseils que l'on peut trouver dans la bibliographie vont tous dans le même sens : il faut y aller progressivement. Quand il s'agit de mettre deux chevaux ensemble, il est proposé de les mettre dans deux boxes côte à côte, avec possibilité de contacts, puis dans deux paddocks adjacents avant de les lâcher ensemble. Lorsqu'il s'agit d'intégrer un nouveau cheval dans un groupe, différentes organisations ont été testées :

(1) Mettre le cheval à introduire et un cheval du futur groupe ensemble, dans un paddock voisin de celui du troupeau, pendant 1 à 7 jours avant introduction des deux ;

(2) Introduction immédiate du cheval ;

(3) Introduction du cheval après qu'il ait passé 1 à 7 jours dans le paddock voisin.

La première proposition est celle qui induit le taux d'agressions le moins élevé. Le rang social est déterminé très rapidement après introduction et reste stable.

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Comment procéder avec les étalons ?

L'expérience de mettre des étalons en groupe a été réalisée par l'équipe Agroscope du Haras national suisse d'Avenches. Les étalons, de race Franche Montagne et agés de 8 à 19 ans, ont été préalablement mis dans des boxes mitoyens pendant 2 semaines, où ils pouvaient interagir par des cloisons ouvertes. Après déferrage, les étalons ont été mis ensemble par groupes de 4 à 5, dans une grande pâture de 4ha. Le nombre d'interactions agressives a diminué progressivement au cours des 21 jours d'observation, pour passer de 20/étalon/heure à quasiment 0. En parallèle, le nombre d'interactions affiliatives (grooming mutuel et jeu) a augmenté de 0,2 à 0,4/étalon/heure. Les auteurs insistent sur le fait que des précautions doivent être prises : isoler les étalons des juments, installer une bonne clôture, déferrer les chevaux.

Une autre expérience a consisté à introduire un étalon dans un troupeau de 7 juments. L'étalon a tout d'abord été mis dans le pré des juments, seul pendant un mois, puis les 7 juments ont été réintroduites, 1 par 1, sur 2 mois. L'ordre d'introduction des juments a été choisi en fonction de leur tempérament, de leur position dans la hiérarchie, de leur centralité (nombre de juments avec lesquelles elles sont connectées) et de leur agressivité. La première jument était celle qui réunissait au mieux les critères suivants : plus de centralité, moins de grégarité, moins d'agressivité et moins de dominance.

Comment préparer la séparation du cheval de son groupe social pour l'entraînement ?

Ce moment représente un stress pour le cheval. Ceci a été mis en évidence par la mesure du rythme de cortisol sur des juments déjà débourrées, observées pendant 4 jours avant et 5 jours après leur transfert de leur groupe social vers un box individuel. Le matin du transfert, les taux de cortisol sont multipliés par trois et le rythme reste perturbé pendant les 5 jours suivants, même s'il se rétablit progressivement.

Une expérience récente a montré que l'isolement de jeunes chevaux de leur groupe social était moins stressant (mesuré par le rythme cardiaque) quand il était effectué avec un compagnon du groupe. Il peut donc être proposé de ne pas associer la mise en box à l'isolement, mais de gérer ensemble au moins deux chevaux du groupe d'origine, dans des boxes adjacents.

En savoir plus sur nos auteurs
  • Christine BRIANT Ingénieur de développement Ifce
Bibliographie
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Date d'édition: 26 04 2019
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