L’asthme équin

Les inflammations chroniques des voies respiratoires profondes, regroupées aujourd’hui sous la dénomination d’asthme équin, représentent un coût économique important pour la filière équine. Il s’agit de la 2ème source de contre-performance après les affections locomotrices chez les chevaux de sport et de course. Chez le cheval plus âgé, ces affections peuvent altérer considérablement leur bien-être. Il est important de les reconnaître rapidement afin de proposer aux équidés atteints un environnement adapté.

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par Marie DELERUE - Pauline DOLIGEZ - Marie ORARD - | 13.12.2019 |
Niveau de technicité :
Asthme équin : comment l'éviter et le soigner ?
Sommaire

Qu’est-ce que l’asthme équin ?

Le terme d’asthme équin a été proposé afin de décrire sous un même nom l’inflammation des voies respiratoires profondes (Inflammatory Airway Disease ou IAD) et l’obstruction récurrente des voies respiratoires profondes (Recurrent Airway Obstruction ou RAO). Ce terme permet une meilleure compréhension entre les communautés scientifiques, vétérinaires et médicales.

Ce syndrome inflammatoire respiratoire est notamment favorisé par un environnement poussiéreux, riche en particules organiques et inorganiques. L’asthme atteint l’appareil respiratoire profond, constitué de la trachée, de l’arbre bronchique (bronches et bronchioles) et des alvéoles pulmonaires au sein des poumons.

Le syndrome d’asthme équin regroupe plusieurs maladies d’intensité plus ou moins sévère : 

Nom actuel de la maladieAsthme équin modéré (AEM)Asthme équin sévère (AES)Asthme équin sévère associé au pâturage
Nom anciens de la maladie 
  • Maladie inflammatoire des voies respiratoires profondes (MIVRP) 
  • Inflammatory airway disease (IAD)
 
 
  • Bronchopneumopathie obstructive chronique (BPOC) 
  • Maladie obstructive des voies respiratoires profondes (MOVRP)
  • Recurrent airway obstruction (RAO) 
  • Emphysème
  • Pousse
 
 
  • Maladie obstructive des voies respiratoires profondes associée au pâturage
  • Summer pasture-associated obstructive pulmonary disease (SPAOPD)
 
Inflammation de l'appareil resporatoire+++ à +++
Altération de la fonction respiratoire+/-+ à +++

L’asthme équin modéré (AEM)

Il peut toucher les chevaux de tous âges même s’il est plus fréquent chez les jeunes chevaux. C’est une affection commune qui toucherait environ 20% des chevaux. Il s’agit d’une cause fréquente de contre-performance. Une étude menée en France a mis en évidence que plus de 60% des trotteurs référés en consultation pour contre-performance présentaient de l’AEM (Richard et al., 2010).

L’asthme équin sévère (AES)

Il est également une maladie commune chez le cheval. C’est la pathologie chronique la plus fréquente chez des chevaux hébergés à l’intérieur. Cette affection touche principalement les chevaux de plus de 7 ans. Une enquête réalisée auprès des détenteurs d’équidés au Royaume-Uni a mis en évidence une prévalence de 14% (% de chevaux malades sur la population totale d’équidés), celle-ci augmentant avec l’âge du cheval (Hotchkiss et al., 2007).

Il n’y a cependant pas de lien direct établi entre ces deux maladies : un cheval ayant fait dans son jeune âge des épisodes d’AEM ne développera pas forcément un AES plus tard.

Les chevaux atteints d’asthme sévère associé au pâturage sont allergiques à des allergènes présents dans les pâtures. Ils présentent des signes cliniques notamment au début de l’été et en automne. 

Quels sont les signes cliniques des formes de l’asthme ?

Signes cliniques de l’asthme équin modéré

L’asthme équin modéré se caractérise de manière chronique (les signes cliniques durent plus de 4 semaines) par : 

  • Une toux occasionnelle, liée ou non à l’exercice
  • Une intolérance modérée à l’effort pouvant se traduire par un défaut et/ou une baisse de performance, une récupération plus longue après l’effort
  • Parfois un jetage muqueux bilatéral (accumulation de mucus dans la trachée consécutive à l’inflammation) 

La maladie peut régresser spontanément ou suite à un changement d’environnement ou un traitement. La récurrence de la maladie est faible : un cheval ayant fait un épisode d’AEM n’a pas plus de risques de faire un nouvel épisode qu’un autre cheval hébergé dans les mêmes conditions. 

Signes cliniques de l’asthme équin sévère

Dans le cas de l’asthme équin sévère, on observe comme pour l’AEM, une toux, une intolérance à l’effort et parfois un jetage muqueux. Cependant, ces signes cliniques sont, le plus souvent, plus marqués. L’AES est notamment caractérisé par une hyperréactivité des bronches (celles-ci répondent de manière exagérée en réponse à un stimulus) à l’origine d’une bronchoconstriction (diminution du diamètre des bronches). Cette bronchoconstriction, associée à l’accumulation de mucus, rend difficile le passage de l’air. 

On observe également des signes de difficulté respiratoire (dyspnée) au repos, notamment lors de l’expiration. Cette expiration est forcée et non plus passive. Les muscles abdominaux se contractent fortement pour expulser l’air, laissant apparaitre une ligne de pousse au niveau de l’abdomen (diagonale allant de la pointe de la hanche jusqu’au bord inférieur des côtes). On peut aussi observer une augmentation de la fréquence respiratoire au repos (> 16 mouvements par minute) et une dilatation des naseaux. Ces signes sont cependant plus ou moins marqués en fonction de la sévérité de la maladie et de l’environnement du cheval. Les signes cliniques peuvent diminuer fortement lors des périodes de rémission. Si le cheval est atteint depuis longtemps, cette maladie peut être associée à un amaigrissement chronique. 

Enfin, l’AES se caractérise par une succession de phases de rémission et de crises. C’est une maladie évolutive qui ne peut être guérie. En effet, au fil des crises, la structure des voies respiratoires profondes se modifie de manière irréversible et leur paroi devient plus épaisse, rendant de plus en plus difficile le passage de l’air. 

Quels sont les facteurs de risque de l'asthme ?

L’asthme est un syndrome multifactoriel. Le principal facteur de risques est l’exposition des équidés à : 

  • La poussière, aux acariens, aux moisissures, majoritairement présents dans les litières et les fourrages
  • Des endotoxines (constituants de la paroi cellulaire des bactéries), des particules fines à ultra-fines, des micro-organismes, des gaz toxiques ou irritants, notamment l’ammoniac qui se dégage de l’urine, chez les chevaux confinés à l’intérieur

Certaines de ses molécules peuvent avoir un effet synergique. Deux molécules associées ont un effet supérieur à la somme de leurs effets pris séparément.

De plus, certaines études ont montré que l’AES pourrait également avoir une composante héréditaire, mais les données restent à confirmer (Jost et al., 2007 ; Schnider et al., 2017).

Les chevaux atteints d’asthme équin associé au pâturage présentent des signes cliniques principalement en début d’été et en automne lorsque les pollens de graminées et les spores de moisissures sont les plus abondantes dans les pâtures, et lorsque la température et l’humidité augmentent. Les chevaux hébergés à l’extérieur sont donc plus souvent atteints que les chevaux hébergés à l’intérieur.

Comment diagnostiquer les formes d’asthme ?

Chez un cheval âgé atteint d’asthme sévère, le diagnostic clinique associé à l’historique du cheval (âge, hébergement, situations exacerbant ou diminuant les signes cliniques…) peut suffire. 

Concernant les cas d’AEM et d’AES en début d’évolution, il est conseillé de réaliser des examens complémentaires :

  • Une endoscopie de la trachée afin d’observer et de quantifier la présence de mucus
  • Une cytologie suite à un lavage broncho-alvéolaire : Cet examen consiste à injecter un liquide stérile dans les poumons puis à le ré-aspirer en récupérant par la même occasion les cellules qui tapissent la muqueuse des voies respiratoires profondes. La cytologie consiste à observer et quantifier ces cellules au microscope, en particulier les cellules inflammatoires. 

La présence ou l’absence de dyspnée au repos ainsi que l’intensité de l’inflammation mise en évidence par les examens complémentaires permettront de différencier entre les différentes formes d’asthme et ainsi d’établir un pronostic.

Comment prendre en charge les chevaux asthmatiques ?

La modification des conditions environnementales associée éventuellement à un traitement médical a pour but d’aider à la guérison de l’AEM. En revanche, l’AES est une maladie évolutive. Sa prise en charge permettra de diminuer les signes cliniques et de soulager le cheval mais pas de le guérir.

Mesures environnementales

La meilleure façon d’améliorer les signes cliniques d’un cheval atteint d’asthme est de réduire la quantité de particules présentes autour de ses naseaux.

L’hébergement
A éviterA favoriser
Type d'hébergement 
  • Hébergement à l'intérieur
 

Hébergement au pré en privilégiant les prés correctement enherbés (+++)

  • Pâturage tournant : favorise une couverture en herbe homogène et évite le surpâturage
  • Pas d’utilisation des prés d’hivernage 
  • Déplacement régulier des zones de piétinement (zones d’abreuvement et d’alimentation)

Ou hébergement au paddock (plus poussiéreux) (+)

Hébergement à l'intérieurLitière 
  • Paille (trop poussiéreuse)
  • Matelas (accumulation d’urine et donc d’ammoniac en-dessous)
 
 
  • Litières alternatives à la paille, pauvres en poussières / dépoussiérées : copeaux de bois, lin, riz 
  • Utilisation d’assainissants et asséchants pour litières
  • Augmentation de la quantité de litière aux endroits plus fréquemment souillés par le cheval
 
Entretien 
  • Utilisation d'un souffleur
 
 
  • Sortie des équidés lors du curage/balayage des écuries et de la distribution de foin pour éviter une exposition à la poussière et à l’ammoniac, jusqu’à 1h après (dépôt de la poussière)
  • Humidification des allées avant balayage
  • Balayage du box vers l’extérieur (et non inversement)
  • Nettoyage régulier des écuries pour enlever tout ce qui peut collecter de la poussière (toiles d’araignée)
  • Retrait des zones souillées par l’urine et les crottins 1 à 2 fois par jour
  • En cas d’utilisation de matelas, nettoyage régulier en-dessous
 
Ventilation 
  • Ecuries mal ventilées : accumulation d'ammoniac
  • Bâtiments fermés
 
  
Attention aux zones de piétinement poussiéreuses en été autour des râteliersUne litière propre en paille dans un boxPour les chevaux à l’intérieur, privilégier les boxes avec fenêtre sur l’extérieur

Les fourrages
A éviterA favoriser
Type de fourrages 
  • Foin poussiéreux et/ou moisi 
  • De manière générale, le foin sec même de bonne qualité doit être évité
 
 
  • Enrubanné (+++)
  • Foin traité à la vapeur : diminution significative de la poussière et des moisissures  (+)
  • Foin trempé pendant 30 minutes à 1h : diminution de la poussière mais aussi de la qualité nutritive (+)
  • Foin dépoussiéré conditionné sous plastique ou granulés de foin. Ces solutions ne sont cependant pas idéales d’un point de vue environnemental (+/-)
     
 
Distribution 
  • Filets à foin suspendus / râteliers en hauteur : favorisent l’entrée de débris dans les naseaux du cheval et empêchent le drainage des voies respiratoires
  • Distribution favorisant le fait que le cheval mette la tête dans le foin. Par exemple : roundballer entier dans un pré.
 
 
  • Au sol : favorise le drainage des voies respiratoires
  • Fractionnement de la distribution, petites bottes au pré 
  • Utilisation de slow feeder : évite que le cheval ait la tête dans le foin, attention cependant à l’accumulation de poussière en dessous.
 
Stockage 
  • Dans l’écurie 
  • A même le sol 
  • A l’extérieur, sans abri
 
 
  • A l’extérieur de l’écurie 
  • A l’abri de l’humidité
  • Pas en contact avec le sol 
 

 

Cheval nez dans le foin, dans un compartiment clos. Augmente le risque d'asthme équin


Contrairement aux autres formes d’asthme, les chevaux atteints d’asthme associé au pâturage devraient être rentrés à l’intérieur avec les portes du box ou de l’écurie fermées, lorsque les concentrations en pollens et moisissures dans l’air sont élevées. Une surveillance est notamment réalisée par le réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA). Cependant, une diminution de l’exposition aux poussières est également conseillée pour ces chevaux. 

Privilégier des aires de travail bien arrosées ou peu poussiéreuses pour limiter le développement de l'asthme équinAutres bonnes pratiques 
  • Utiliser des sols de manège/carrière peu poussiéreux ou correctement arrosés
  • Éviter de mettre un filet à foin pendant les transports
  • Mettre au repos les chevaux atteints d’AEM ou en période de crise d’AES

Complémentation en acides gras oméga-3

Une supplémentation des équidés asthmatiques en acides gras oméga-3 est recommandée du fait de leurs propriétés anti-inflammatoires. Une étude a montré que la supplémentation d’équidés atteints d’AES et AEM avec une dose journalière de 1,5g d’acide docosahexaénoïque (ADH) pendant 2 mois, en association avec un environnement pauvre en poussières, avait significativement amélioré les signes cliniques et diminué l’inflammation respiratoire par rapport à un environnement pauvre en poussières seul (Nogradi et al., 2015). Cette supplémentation en acides gras oméga-3 (exemple : huile de lin) devrait donc être concomitante à une modification de l’environnement du cheval pour montrer une efficacité.

Traitement médical

Traitement par inhalation de l'asthme équinPour compléter si besoin en période de crise et/ou pour soulager un cheval rapidement, des corticoïdes (pour lutter contre l’inflammation) et des bronchodilatateurs (lors d’asthme sévère) peuvent être utilisés par voie locale (inhalation) ou générale. Les bronchodilatateurs doivent être utilisés de manière concomitante aux corticoïdes. Utilisés seuls, ils perdent leur efficacité après plusieurs jours d’utilisation. Ce traitement médical seul a peu d’intérêt et doit être accompagné de la mise en place de mesures environnementales.

Ce qu'il faut retenir

  • L’asthme équin est un syndrome respiratoire inflammatoire chronique fréquent chez le cheval.
  • L’asthme représente un coût économique majeur pour la filière équine. Il est à l’origine de baisses de performance et altère le bien-être des chevaux.
  • Des mesures environnementales, qui peuvent être contraignantes, doivent être mises en place pour améliorer les signes cliniques.
  • Un hébergement des chevaux à l’extérieur est conseillé, à la fois en préventif et en curatif.
En savoir plus sur nos auteurs
  • Marie DELERUE Docteur vétérinaire - ingénieur de développement Ifce
  • Pauline DOLIGEZ Ingénieur de développement Ifce
  • Marie ORARD Chargée de projets au Pôle Hippolia, PhD
Bibliographie
Pour retrouver ce document: www.equipedia.ifce.fr
Date d'édition: 30 03 2020
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